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laisser des populations privées de soins. Nous aurons alors quelque chose d'analogue à ce qui existe en Allemagne.

Robert Koch était autrefois médecin de 3o classe dans une petite commune. A la suite d'une communication réfutant, à tort, il est vrai, les théories pastoriennes concernant le vaccin charbonneux, il fut nommé à l'Office impérial de santé.

Les considérations que je viens d'exposer montrent que la vie est cruelle pour ceux de nos confrères qui ne possèdent pas quelque avance, leur permettant d'attendre que leur clientèle se forme et cet impérieux primum vivere suffit à expliquer bien des défaillances et à les atténuer dans une certaine mesure.

Il est certainement arrivé que les principes de la déontologie médicale ont subi quelque atteinte, au moins dans les devoirs des médecins vis-à-vis les uns des autres; les jeunes ont montré quelque indifférence envers les anciens; les anciens n'ont pas vu sans déplaisir les jeunes, imbus des idées nouvelles, venir s'installer à leur porte ; de là une situation tendue,

des dissentiments, des querelles ouvertes ou cachées, dans lesquelles les deux médecins ont tout à perdre et rien à gagner, et où tous deux ont trop souvent oublié le vieux précepte : « Ne faites pas à votre confrère ce que vous ne voudriez pas qu'il vous fît. »

C'est pour lutter contre le développement de ces mauvaises moeurs médicales que des hommes éminents ont créé un enseignement de la déontologie.

MM. Legendre et Lepage l'ont professé dans un des cours libres de la Faculté de Paris; ils ont fait paraître leurs conférences dans un volume dont je ne saurais trop recommander la lecture (1)

M. Lacassagne, à Lyon (2), a établi un parallèle entre la médecine d'autrefois et la médecine au XXe siècle.

Jusqu'à nos jours, les questions de déontologie médicale sont restées en discussion entre

(1) Legendre et Lepage, Le Médecin dans la société contemporaine.

(2) Lacassagne, La Médecine d'autrefois et la médecine au XXe siècle.

médecins ; mais, grâce à cette diffusion des problèmes médicaux, dont je parlais au début et sur laquelle j'aurai à revenir, le public se croit suffisamment autorisé et documenté pour mêler sa voix à la discussion ; je citerai en exemple le discours de rentrée de la Cour d'appel de Bordeaux, par M. Maxwell, substitut du Procureur général ; ce magistrat distingué a émis, sur certains points de l'exercice de la profession médicale, des théories que nous ne saurions admettre sans sérieuses réserves (1).

(1) Maxwell, De quelques cas de responsabilité médicale. (Annales d'hygiène publique et de médecine legale, 3 série, 1902, t. XLVII, p. 56). Voyez aussi Pinard, Du fæticide (Annales d'Hyg., 1902, tome XLVII, p. 234).

III. – ROLE DU MÉDECIN

IL Y A 40 ANS ET AUJOURD'HUI

Il y a quarante ans, alors que j'étais étudiant, il y avait dans la famille un seul médecin ; c'est lui qui mettait au monde les enfants, c'est lui qui recueillait le dernier soupir des vieillards. On ne le considérait pas comme un homme qui vient faire une visite et que l'on paye ; c'était un ami, un confident des peines et des joies ; il suivait la famille pendant plusieurs générations, la voyait grandir et se développer; ce n'était pas seulement un médecin, c'était, ainsi

que l'a désigné Lasègue, le medicus familiaris. Quand l'un des membres de la famille était atteint d'une affection réclamant l'in

BROUARDEL. La Profession médicale

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tervention d'un médecin spécialiste, c'était le médecin de la famille qui le choisissait, il accompagnait le malade à la consultation ou assistait à la visite. Comme il connaissait les antécédents héréditaires et personnels de son client, il lui était facile, avec l'aide du médecin spécialiste, de formuler un traitement rationnel.

Ce type de médecin de famille, si bien étudié par Balzac (1), a presque disparu.

Aujourd'hui ce n'est plus le médecin qui choisit le spécialiste, c'est la famille qui le lui impose.

Que de fois n'arrive-t-il pas que le malade va trouver le médecin, non pour lui demander une consultation, mais seulement pour réclamer le nom et l'adresse d'un bon spécialiste?

Assez souvent je reçois des lettres de personnes habitant la province qui m'avertissent, que, venant à Paris et souffrant d'une maladie quelconque, elles seraient désireuses que je leur envoie l'adresse d'un médecin spécialiste, et si je leur réponds que c'est à leur

(1) Balzac, Les Parents pauvres.

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