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ter. L'antisepsie était trouvée, vous savez quels merveilleux résultats elle a donnés.

La transmissibilité de certaines maladies par des agents figurés avait déjà été signalée. Davaine avait appelé l'attention sur certains agents de contagion, charbon, maladie des fruits (1) et Tarnier avait déjà dit que chaque année il mourait à Paris 1600 femmes en couche de trop, faute des précautions nécessaires. Il avait fait construire le pavillon d'isolement des femmes en couches à la Maternité.

Je me souviens, qu'alors que je remplaçai Hervieux comme médecin de la Maternité, je tombai en pleine épidémie de fièvre puerpérale et on perdait de 33 à 50 pour 100 des nouvelles accouchées, toutes étaient emportées par la septicémie, ainsi

que le tiers des nouveau-nés. Lorsque Tarnier prit le service d'accouchements, et qu'il eut fait construire son pavillon d'isolement, sans aucune antisepsie, puisque la méthode était encore inconnue, il arriva à faire tomber la mortalité à 5 et 6 pour 100.

(1) Davaine, L'Euvre de Davaine, Paris, 1889.

Le grand mérite de Pasteur a été non pas seulement de découvrir ces agents de contagion, mais de les cultiver, de préciser leurs modes d'évolution, enfin de les faire agir comme agents vaccinateurs.

Nous raisonnons maintenant sur des faits connus, indiscutables, nous avons relégué dans un passé déjà oublié par les jeunes générations,

, les discussions, qui ont duré des siècles, sur la spécificité, la spontanéité morbides.

Les théories pastoriennes semblèrent tout d'abord devoir être surtout applicables en chirurgie, mais les travaux des médecins sur les maladies épidémiques, notamment ceux de Villemin, sur la contagion de la tuberculose (1), complétés par la découverte du bacille producteur de la maladie par Robert Koch, prouvèrent qu'il existe en médecine toute une catégorie de maladies transmissibles dont il est possible, moyennant quelques précautions, de se garantir.

Aujourd'hui le peuple sait qu'il est des ma

(1) Villemin, Etude sur la tuberculose, Paris, 1868.

ladies évitables (1), et puisque nous avons émis cette affirmation, nous avons implicitement pris l'engagement de les faire disparaître. Nous devons faire honneur aux promesses de la science. Mettre en garde nos concitoyens contre les dangers qui les menacent, leur permettre d'éviter les maladies, soit exotiques, soit autochtones, n'est-ce pas là l'ouvre la plus désintéressée et la plus noble qui puisse être l'idéal du médecin ?

(1) Brouardel, Les Maladies evitables, variole, fièvre typhoide (Acad. de méd., 11 nov. 1890 et Ann.d'hyg., 1891, tome XXV, p. 43).

IV. — INTERVENTION DE L'ÉTAT

Il serait inexact de dire que l'Etat n'a marqué,

, par son intervention, son souci de l'amélioration de la santé générale qu'après 1848.

Au commencement du siècle, le législateur avait tout d'abord réglé l'état civil des citoyens par les articles du Code qui visent les naissances et les inhumations. Incidemment, par le décret de prairial, il avait touché à des questions d'hygiène.

C'était aussi d'une façon indirecte qu'il avait agi dans ce sens, quand il avait constitué le corps de santé de l'armée, celui de la marine, les médecins des lycées, etc. Le but était plus curatif que prophylactique. Mais partout où l'Etat plaçait un médecin, il plaçait également un gardien de la santé publique; le médecin a tou

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jours revendiqué ce rôle, et l'on peut dire que toutes les lois concernant l'hygiène, qui ont amené une amélioration dans la santé publique, ont été provoquées par les médecins.

Dans le milieu du xixe siècle, on accusait les médecins de professer des idées très avancées, le fait était vrai et s'explique parce que le médecin pénètre dans l'intimité des familles ouvrières, connaît les causes de leurs misères, notamment de celle qui suit la maladie, surtout la maladie du chef de famille.

Le rôle du médecin s'est donc singulièrement modifié pendant la dernière moitié du xixe siècle.

La médecine était presque exclusivement curatrice, elle est devenue essentiellement préservatrice.

I. - DE 1848 A 1850

La première intervention directe du législateur pour améliorer la santé du peuple date de 1848.

Les hommes de 1848, honnêtes, dévoués à la cause du peuple, mais peut-être un peu trop

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