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prendre les mesures administratives

pour remédier à l'insalubrité du local appartenant à un de ses concitoyens, et comme cet homme est un électeur, le maire préfère laisser de côté l'avis de la Commission et ne pas risquer de mécontenter un de ses administrés.

Enfin, en cas de poursuites, la lenteur de la procédure est telle que les délais arrivent à être parfois destructifs de la loi elle-même. On a cité une affaire, devenue classique en l'espèce, qui, introduite en 1876, est venue cinq fois devant la Commission des logements insalubres, quatre fois devant le Conseil de préfecture, une fois devant le Conseil d'état et était encore pendante en 1882 devant le Conseil de préfecture (1).

Quand les poursuites aboutissent, le délinquant est condamné à une amende de 16 à 100 francs, qui, s'il existe des circonstances trouvées atténuantes, peut être réduite à un franc.

Mise à exécution laissée au bon plaisir des autorités municipales, insuffisance de sanction,

(1) Peschaud, loc. cit., p. 321.- Fillassier, De la détermination des pouvoirs publics en matière d'hygiène, 1899.

telles sont les deux causes principales de l'inefficacité de la loi de 1850.

Dans toutes les questions qui touchent à l'hygiène, la difficulté n'est pas de faire une loi, mais de l'élaborer de telle façon que l'application en soit aisée et qu'elle soit acceptée sans récriminations.

Lorsqu'en 1852, J.-B. Dumas, alors Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, réorganisa le Comité consultatif d'hygiène, il eut la perception très nette de ce défaut capital. Il est certain que c'est dans une réunion de savants que peuvent être discutés utilement les principes scientifiques qui régissent les questions d'hygiène, les origines d'une épidémie, les moyens à lui opposer, mais tout reste en l'état, parce que ces remèdes lèsent des intérêts considérables, dont médecins, hygiénistes, chimistes ignorent parfois l'existence. Pour remédier à ces inconvénients, Dumas fit entrer dans la constitution du Comité consultatif d'hygiène de France des personnes étrangères aux sciences pures, des administrateurs, des industriels pouvant donner des avis sur les modes d'application des avis formulés par les hygiénistes.

Ainsi, lorsqu'en 1897 le Comité eut à élaborer un règlement concernant les communications commerciales avec les pays d'où proviennent les maladies exotiques, nous fimes appel au concours de M. Delaunay-Belleville, alors Président de la Chambre de commerce de Paris et membre du Comité, lui disant : « Voilà ce que comme hygiénistes nous demandons, voyez et rectifiez, de manière à concilier les besoins de l'hygiène avec ceux du commerce. » M. Delaunay-Belleville nous fit modifier quelques articles, qui, par leur forme, prescrivaient des mesures vexatoires pour le commerce et nous proposa de nouvelles rédactions qui donnaient toute satisfaction à l'hygiène et rendaient l'application de ces mesures pratique et presque

indifférente au commerce.

Ce règlement fut traduit et accepté presque sans modification en Allemagne et, ce qui en montre bien toute la valeur, en Angleterre où l'on n'accepte cependant guère une entrave, si légère soit-elle, à la liberté du commerce, ThorneThorne, chef du Board local government, déclara qu'il pouvait servir de modèle.

Les hommes de 1848 étaient un peu trop théoriciens; ils ont eu des illusions. Ils ont cru qu'il suffirait de signaler le danger pour que toutes les énergies s'emploient à le combattre ; ils ont cru que du moment que l'on donnait la faculté de faire le bien, le bien suivrait fatalement, enfin ils ont cru à la possibilité du dévouement perpétuel et gratuit de tous.

Certes, et c'est un honneur pour notre profession, le médecin sait se dévouer, il a fait ses preuves et vienne une épidémie, on le voit à l'oeuvre. Mais il est une grande différence entre le courage, le dévouement absolu, mais temporaire, que peut montrer le médecin en face du danger et le dévouement obscur, indéfini, de tous les instants, que l'on pensait pouvoir obtenir de lui. Une épidémie ne dure qu'un temps, c'est un accident dans la vie du médecin et il peut, si l'occasion se présente, livrer sans compter, sans espoir de gain, son savoir, ses forces et même sa vie. Mais, le médecin est généralement peu fortuné, il a une famille qui a des besoins impérieux et dont il lui faut péniblement gagner le pain quotidien. C'est pourquoi compter établir la pérennité d'une institution sur un dévouement de tous les instants, sans aucune rémunération, était une utopie, une vue de l'esprit irréalisable.

Or, en France, toutes les fonctions confiées aux hygiénistes sont absolument gratuites. Elles nécessitent des déplacements, pour lesquels aucune allocation n'est inscrite dans les différents budgets; lorsqu'une enquête s'impose, elle cause au médecin une perte de temps matérielle, des recherches dans des règlements qui lui sont peu familiers, la rédaction d'un rapport dont les conclusions seront contestées par les intéressés. De sorte que peu d'entre nous s'engagent sans regret dans ces difficultés. Seules quelques personnes passionnées pour l'hygiène consentent, si leur position de fortune les rend indépendantes, à les affronter.

II. - DE 1874 A 1902

Depuis 1874, un mouvement humanitaire analogue à celui de 1848 a entraîné le Parlement,

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