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fet ; le bénéfice qu'il en retire est minime, mais sa responsabilité peut se trouver parfois sérieusement engagée. Si la mortalité des nourrissons semble trop considérable, on accuse le médecin de négligence, sa responsabilité est engagée visà-vis de l'administration; de plus, le médecin peut se trouver compromis, sans qu'il y ait aucune faute de sa part, notamment dans les cas d'hérédosyphilis.

Les manifestations de la syphilis héréditaire ne paraissent pas toujours au moment de la naissance et d'après une statistique de Diday, les accidents se produiraient 50 fois sur 100 dans le premier mois, 30 fois sur 100 au cours du second et 20 fois entre le second et le quinzième. Les statistiques les plus récentes donnent à ce délai une durée encore plus longue. Le diagnostic est parfois difficile et ne peut être fait qu'à la suite de plusieurs examens. Je puis rapporter un exemple typique.

Le 5 avril 1886, je fus commis, avec MM. Fournier et Vibert, à l'effet de dire « si, d'après les do cuments de la cause et les données de la science, il peut être affirmé que l'enfant remis à la femme Font-Renaud, le 5 janvier 1883, portait dès ce jour les signes révélateurs de la syphilis ou tout au moins des indices pouvant faire craindre l'existence de ce mal; si notamment le muguet et le coryza dont il était atteint étaient de nature à éveiller l'attention des médecins ou s'ils constituaient, au contraire, un obstacle à la constatation du mal, si enfin un examen attentif et consciencieux eût dû déterminer l'homme de l'art à interdire, provisoirement ou définitivement l'allaitement, par une nourrice saine et eût ainsi prévenu la contagion ».

Or, cet enfant avait été examiné le 2 janvier 1883 par Parrot, alors médecin en chef de l'hospice des Enfants assistés, homme très consciencieux, qui avait écrit de nombreux travaux sur la syphilis héréditaire et était par conséquent très compétent en cette matière ; il ne découvrit aucun stigmate d'hérédo-syphilis.

L'enfant, envoyé en nourrice, est examiné le 3 janvier par le médecin inspecteur des nourrissons. L'enfant est noté comme chétif et présente un peu de coryza qui semble dû à un refroidissement survenu au cours du voyage. Quelques jours plus tard, le médecin constate la présence d'une plaque de muguet sur la langue; mais ce n'est que le 21 janvier qu'il découvre des signes évidents de syphilis héréditaire.

La nourrice prit la syphilis, la transmit à son mari, et un enfant né peu après succomba à la syphilis héréditaire.

Des poursuites furent engagées et on nous demanda de rechercher dans notre enquête quelle pouvait être la responsabilité du médecin.

Le médecin fut mis hors de cause et les indemnités réclamées furent payées par l'Assistance publique.

La question de la protection des enfants du premier âge est des plus intéressantes, puisque l'on peut estimer que chaque année il meurt 150,000 enfants de 0 à 1 an. D'après une statistique établie par MM. Balestre et Giletta SaintJoseph, portant sur les décès s'étant produits dans 681 villes principales de France pendant six années de 1892 à 1897, sur 1000 décès il y a en moyenne, 167 décès de 0 à 1 an. Le chiffre le plus élevé est fourni par le département du Nord, 283,67 décès de 0 à 1 an sur 1000 décès de tout

âge, 151,15 dans la Seine et 80,51 dans le Gers(1).

Sur 100 décès de 0 à 1 an, 38,5 sont en moyenne occasionnés par la diarrhée et pendant les mois de chaleur, juillet et août, cette moyenne monte jusqu'à 60 p. 100.

Cette intéressante question vient d'être reprise par MM. Girard et Bordas. Il résulte de leurs recherches que la proportion des décès d'enfants de moins d'un an est la suivante (2).

Lille, 1 décès d'enfant de moins de 1 an sur 3,3 décès Dunkerque

4 Rouen

4,5 Reims

5,53 Lyon

8 Paris

8 Berlin

4,34 Londres

6,2 Berne

6,1 Amsterdam

5,9 Stockholm

7

(1) Balestre et Giletta de Saint-Joseph, Étude sur la mortalité de la première enfance dans la population urbaine de la France de 1892-1897, Paris, 1901.

(2) A. Girard et F. Bordas, Le lait et la mortalité infantile dans les principales villes de France (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 3. série, t. XLVIII, 1902, p. 139).

Or le taux de la mortalité infantile est en grande partie sous la dépendance de l'alimentation. C'est ainsi qu'à Lille, une des rares villes où la mortalité infantile atteint plus du quart des décès, la qualité du lait est particulièrement mauvaise. La statistique de l'Office sanitaire de Lille montre qu'en 1900 sur 694 échantillons examinés au Laboratoire 16 seulement furent reconnus bons. La richesse en beurre des 694 échantillons était la suivante :

21,4 p.. 100 contenaient moins de 1 gr. de beurre par litre (1). 20,4 p. 100 contenaient 1 gr. à 1 gr. 5 14,9

1

gr. 12,1

à 2 gr. 5 10,8

2 gr. 5 à 3 gr. 11,3

à 3 gr. 5 4,9

3 gr. 5 à 4 gr. 1,7

4 gr. à 4

à 4 gr. 5. Pour les enfants assistés, la mortalité des enfants mis en nourrice est de 30 pour 100 enfants dans la première année.

5 à 2 gr.

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2 gr.

3 gr.

(1) La quantité de beurre normalement contenue dans le lait est de 40 à 45 grammes.

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