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des fois ; mais c'est parce qu'ils ne sonc pas affez obeïf-mm sants ni affez tranquiles pour coûtenir l'operation.

Si par les remedes on peut guérir

. la Cataracte naissante non confirmée

, da se on peut la prévenir? CHAPITRE X.

des,

L

A plûpart de nos Auteurs proposent des reme

, pour empécher la cataracte de se former lorsquelle commence, ou pour la guérir quand elle n'est

pas encore confirmée. Ces remedes felon eux x, sont generaux, ou particuliers. Par les generaux ils tendent dabord à subtiliser & attenüer les humeurs , par l'usage des six choses non-naturelles qu'ils disent devoir pancher vers une temperature chaude & seiche, & par celui de quelques autres remedes qu'ils croyent spécifiques. Quand ils ont ainsi préparé les humeurs, ils les purgent avec d'autres spécifiques dont la base est presque toûjours laloës : ils mettent en usage les gargarifmes, mafticatoires , sternutatoires , cauteres & autres remedes pour dégager le cerveau, ou pour dériver l'humeur qui cause la cataracte. Enfin ils viennent aux remedes particuliers , qui consistent dans plusieurs especes de collyres, liquides ou fecs, préparez avec des fiels d'animaux , gommes , sucs , &c. Je n'entre point dans le détail de tous ces remedes , puisque je n'ay pas deffein de les proposer, mais seulement d'examiner , fi par cette conduite, on peut guérir ou prévenir les cacaractes naissantes ou non-confirmées,

Quand fans

les pores

Quand je consideré que la cataracte est une altération entiére du cristallin , qui lui fait, perdre la transparence : que cette altération est causée par une humeur que j'ay suposée, avec quelque fondement, être acide, qui, s'insinuant dans les pores du cristallin, disfoût fon ferment radical, unit ensemble les particules molles & gommeuses qui composent chacune de ses fibres , les endurcit, les desseiche, & changeant la disposition naturelle de ce corps, le met hors d'état de se pouvoir nourrir. Quand je confidere encore que toutes ces choses ne se peuvent faire , que du cristallin qui donnent passage à la lumiére ne soient détruits, qu'il ne perde par consequent la transparence, qu'il ne blanchisse, ou prenne les autres couleurs dont j'ay parlé, suivant que cette humeur acide agit plus ou moins vivement ou plus long-tems, ou quelle est pure , ou meslée d'autres humeurs suivant la diverse temperature des malades ; je ne sçaurois m'imaginer comment un cristallin en cet état , qui est un corps étrange, inutile, nuisible , pourroit se rétablir

par

les remedes.

Les remedes generaux peuvent digerer , attenuer & subtiliser les humeurs : ils peuvent les détourner & les diminuer, en les évacuant sensiblement ou insensiblement : ils peuvent dégager les parties , y rétablir le mouvement circulaire s'il y étoit empéché, & ainsi prévenir quantité de maladies futures, ou guérir celles qui seroient arrivées. Les remedes particuliers peuvent aussi agir à peu prés de la même maniére sur les parties malades sur lesquelles on les aplique , même

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ils adoucissent, digerent, résolvent , consomment , absorbent & desseicbent plus puissamment. C'est ainsi que les uns & les autres dissipent les inflammations, les érésipeles & autres maladies intérieures ou extérieures; qu'ils conduisent à fupuration les apoftemes , qu'ils procurent la réunion des playes & des ulceres, qu'ils facilitent l'exfoliation des os, qu'ils arrêtent les gangrenes & hâtent la séparation des parties mortifiées : mais ils ne peuvent ni les uns ni les autres, remettre dans le même étar les parties dont la disposition naturelle est changée ou détruite ; la nature même qui est la souveraine medecine des maladies ne le peut : la réünion des parties ne se fait que par une seconde intention ; dans les parties molles il se forme une cicatrice ; dans les parties dures un callus : ce n'est plus la même disposition, ce ne sont plus les mêmes parties : comment donc rétabliront-t'ils en son premier état , un cristallin alteré , un cristallin corrompu ?

On dira peut être , qu’on demeure d'accord que quand le cristallin est entiérement alteré & corrompu, il ne peut se rétablir : mais que lorsque l'humeur ne fait que commencer à fiier , quelle n'a alteré que la superficie de ce corps, & qu'il n'a encore perdu que peu

de la transparence , du moins pourroit-t’on par les remedes empécher cette humeur d'y füer davantage, résoudre celle qui seroit füée, rétablir cette legere altération , ou au moins empécher son progrés , & rendre ainsi la transparence à ce corps , ou entretenir dans le même état celle qui lui reste encore. Je repondray, que quand il seroit poslible d'empécher l'humeur de füer, & de résoudre celle qui seroit déja füée , comme peut être cela se pourroit faire par les remedes administrez suivant les régles prescrites par nos Auteurs : il seroit cependant impossible , d'arrêter le progrés de l'altération du cristallin, bien loin de rétablir ce corps ; parceque le cristallin étant séparé de toutes parts de la membrane qui l'embrasse. il ne reçoit point sa nourriture de même que les autres parties de notre corps, comme je l’ay dit au chapitre 14, de la description de l'æil, mais par

imbibition : deforte que

l'humeur qui cause la cataracte, s'épanchant entre ce corps & la membrane, en altére toute sa superficie ; & cette altération si legere quelle puisse être, ne se pouvant faire sans

que
les

pores superficiels de ce corps, qui donnent passage à la nourriture ne soient détruits ; il s'ensuit que quand l'humeur qui cause la cataracte pourroit cesser de flüer , & celle qui seroit füée se résoudre , l'humeur alimentaire ne pourroit pas pour cela pénétrer cette superficie : ainsi tout le cristallin , faute de nourriture, se desfeicheroit & la •Cataracte deviendroit mixte , & de la nature de celle dont je parleray au chapitre 16.

De prévenir la cataracte , se seroit une chose bien difficile, quand cela se pourroit , il n'y a point de figne qui précéde la fluxion de l'humeur qui la cause, & même les premiers signes sont si équivoques, qu'on ne juge certainement que la cataracte se forme , que lorsque la vüe est fort diminuée , & qu'on commence à apercevoir quelques nuages, dans lequel tems toutes les précautions que l'on pourroit prendre seroienç

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inutiles , comme je le viens de montrer : ainsi aquoi bon travailler les malades par des remedes ?

Je diray de plus que l'expérîence ne s'accorde point aux promesses que nos Auteurs nous font de la vertu de leurs remedes : on n'a point vû encore de cataracte guérir par leur moyen. Je veux bien croire que parmi ces Auteurs, il y en a beaucoup.qui n'ont pas eu dessein de nous tromper , ils se sont trompez les premiers en suivant trop aveuglément ceux qui les ont précédez ; & l'opinion qu'ils tenoient touchant la nature de. la cataracte, les a confirmé dans leur erreur: aussi nous ont-ils proposez leurs remedes de bonne foy, & suivant les régles de la Medecine. Ils auroient cependant mieux agi , s'ils ne l'avoient fait que problematiquement, cela auroit donné lieu à ceux qui lisent leurs écrits de douter de leur doctrine & de s'en éclaircir par des expériences de pratique. Si même ils avoient eu autant de soin de consulter Galien, qu'ils en ont eu à proposer leurs renedes , ils auroienr reconnu que cet Auteur, quoiqu'il crût aussi bien qu'eux que la cataracte fût une humeur épaissie & congelée, se donnoit bien de garde de donner fa hyere , que lorsqu'il jugeoit que les imaginations , signes incertains de cataractes, n'étoient que passagéres ; & que quand on le consultoit

des fuffusions naissantes , il avoit soin avant que d'envoyer ses remedes, de s'informer de toutes les circonstances qui pouvoient l'affûrer que ces indispositions ne provenoient que des impuretés de l'estomach, comme on le peut voir en lisant le chapitre 2. de fon 4. livre des Lieux malades : ils au

par lettres pour

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