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blanc grisâtre ou cendré, les pupilles se dilatants & resserrants ni trop vîte , ni trop lentement , & ayant eü auparavant tous les signes avant-coureurs de cataractes vrayes, cependant quand mon éguille fut dans l'æil droit, & que j'eus touché la cataracte ; je vis filer un pus grossier dans une mediocre quantité qui ne troubla point l'humeur aqueuse, ensuite la cataracte se sépara sans peine & fe précipita à l'ordinaire , mais il resta une tache blanche à l'endroit que le cristallin occupoit, de la grandeur à peu prés de la quatriême partie de la prunelle, & se trouvoit située presque au milieu,

La cataracte de l'ạil gauche étoit la derniére formée, elle étoit aussi un peu moins confirmée , étant plus blanche

que

celle de l'æil droit. Quand j'eus introduit mon éguille dans l’æil & que j'eus touché la cataracte , je vis aussi filer un pus , mais moins groffier

que la premiére , à peu prés dans la même quantité, & qui broüilla un peu l'humeur aqueuse , jeus à cause de cela plus de peine à séparer & abaisser la cataracte , j'en vint cependant about ; & comme l'humeur aqueuse étoit un peu brouillée , je ne pus voir ce qui étoit au delà.

Quelques jours apres j'allay voir ce malade ; je trouvay la tache de l'ail droit un peu diminuée, l'ail gauche éclairci, & au fond un nuage qui étoit presque de l'étendue de la prunelle. Dans la suite la tache de l'ail droit se diminua tellement ; quelle ne paroissoit que comme un nuage fort superficiel , & le nüage de l'ail gauche disparut presque entiérement. Le malade eut

dans

peine pendant quelque tems à souffrir le grand jour, il ne cessa point de voir quelques nüages des deux yeux, & voyoit assez pour fe conduire, & pour

discerner tous les objets communs. Je me crois obligé d'avertir ici

que

dans ces fortes de cataractes, quoi qu'on ait bien réüsli , que les

yeux se soient éclaircis , & que les malades voyent ensuite de l'operation, on n'est pas toûjours sûr que l'æil demeure en cet état : souvent il se corrompt & fe perd, pour l'abondance ou la mauvaise qualité du pus, comme je l'ay dit ci-devant : ce qu'on attribuë souvent à l'imperitie du Chirurgien Oculiste, nuais à tort, il n'y' à point de fa faute ; & il lui est impossible d'éviter ces sortes de désordres, non plus que ceux qui arrivent enfuite d'un grand épanchement de fang au dedans de l'æil, & beaucoup d'autres qui ne dépendent pas de lui.

Du déplacement forcé du Cristallin.
CHAPITRE X X I.

Ette maladie forcée du cristallin se peut encore lo

ger au nombre des cataractes , puisque le cristallin acquiert souvent la même intemperie qui se remarque dans le Glaucoma, & qu'il empêche également la vie.

Cette espece extraordinaire de cataracte, est une altération qui arrive au cristallin , pour avoir été séparé de son lieu par quelque coup reçeu sur l'ail, au moyen dequoi il se desseiche , faute de nourriture , perd fa transparence, devient blanc , & ôte la vüe.

Il

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il est aisé de concevoir qu'un coup reçû sur l'ail, ébranlant avec violence toutes les parties intérieures de cet organe, rompt aisément la membrane délicate qui recouvre le cristallin, & que s'échapant de cette membrane, il est aisément poussé en devant par le corps tré sur lequel il est appuyé, & qu'en cet état ne pouvant plus recevoir de nourriture, il faut nécessairement qu'il s’altére & se desseiche.

Les lignes de cette maladie font tres apparents : on sçait déja la cause par le raport du malade. On regarde l'ail, si le coup est receut, on remarque souvent du sang extravasé au dedans, qui denote qu'il y a plusieurs parties intérieures interessées : 'on voit la pupille plus dilatée qu'à l'ordinaire, ce qui fait connoître que le cristallin eft appuyé contre l'uvée , comme je l'ay dit en parlant de la protuberance de ce corps, elle est le plus souvent sans mouvement , où s'il y en a il est tres obfcur, Dans le commencement comme le cristallin est encore transparent, les malades voyent , mais fort confusément, parceque le cristallin étant plus avancé en devant qu'il ne doit , les réfractions des rayons de lumiére doivent être fausses.

Tant que le cțistallin eft transparent on ne le peut distinguer, puisqu'on ne peut même le voir dans son état naturel : mais quand il commence à blanchir', on le distingue aisément & on le voit alors appuyé contre l'uvée : la blancheur augmente de plus en plus, & enfin en se desseichant il diminüe en grosseur & paroît sous la forme d'une cataracte , telle à peu prés que le glaucoma , si on ne considere que son altération, ou

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comme la protuberance, si on considere la situation & la dilatation de la pupille : alors les malades ne voient plus que comme ceux qui sont attaquez de vrayes cataractes , c'est-à-dire l'ombre des corps opaques lors qu'ils sont interposez entre leurs yeux & le grand jour,

Quand le cristallin est appuyé également sur l'uvée, son trou est plus ample & conserve sa figure ronde mais lorsqu'il est appuyé inégalement par quelqu'un de ses côtez , le trou de l'uvée devient oblong ou d'une autre figure.

Je ne sçais si quelqu'un a tenté l'opération de cette espece de cataracte : mais je sçais bien que nos Auteurs l'ont reconnue pour tres suspecte , & qu'ils deffendent même d'y toucher. Je ne me suis jamais hazardé de la faire dans la crainte que j'ay eüe.

que

le ne se trouvât des-rangé par

le
coup,

que d'autres parties ne fussent pareillement interressées, comme cela doit vrai-semblablement arriver, & qu’ainsi l'opération ne fûc inutile, quand bien même le cristallin auroit pû être abbaissé. Voici un exeniple d'une telle maladie.

OBSERVATIO N. Etant à Sezanne il y a quelques aạnées, un jeune homme m'y vint trouver, pour me demander conseil sur un accident qui lui étoit arrivé quelques jours auparavant , jouant à la longue paûme, il reçeut un coup de bale sur un de ses yeux ; aussi-tôt il perdit l'usage de cette partie , ne voyant que confusément la lumière. Il y eut une legere échinose au dessous de la cornée qui se dislipa bien-tôt, à la faveur d'une saignée

corps vitré

&

& de quelques legers deffensifs qu'on lui apliqua sur l'ail. Le cristallin qui étoit déja un peu trouble, me parut appuyé sur l'uvée dans une situation égale , la pupille étoit fort dilatée & ronde, & n'avoit plus qu'un mouvement fort obscur. Comme ce cristallin étoit encore un peu transparent, le malade voyoit la lumiéro sans pouvoir distinguer aucun corps. Je lui dis mon sentiment sur cet accident.

Quatre ou cinq mois apres étant retourné à Sezanne , il me vint encore trouver pour sçavoir si on ne pourroit point lui ôter cet obstacle qui l'empechoit de voir : je trouvay alors ce cristallin d'un beau blanc , assez semblabe à une cataràcte louable , l'uvée dans la même disposition que ci-dessus , & le malade ne voyoit plus que comme ceux qui sont travaillez de cataractes vrayes & confirmées : l'ail ne paroissoit ni plus gros, ni plus petit que l'autre , & la couleur en étoit bonne. Ei lui ayant dit qu'une telle maladie étoit trop suspecte pour en esperer un favorable succez, il se consola de la perte de son «il, sur la bonté de celui qui restoit , sans me prier davantage d'entreprendre une opération que j'aurois toûjours refusé de faire pour les raisons ci-dessus.

Il arrive aussi quelquesfois, ( mais cela est bien rare, ne l'ayant encore vû que deux fois , dont la derniére étoit en un Gentil-homme blessé aussi d'une bale en jouant à la paume ,) que le cristallin ensuite d'un

coup reçeu sur l'ail, se porte endevant, s'appuye sur l’uvée, dilate son trou, & diminuë si considerablement la vüe, que

le malade ne peut distinguer les objets , & cepeni,

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