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dant le cristallin ne perd point fa transparence dans la suite. Apparemment que dans cette rencontre le cristallin n’est point séparé du corps vitré, & qu'il reçoit sa nourriture à l'ordinaire : mais que cet accident vient de ce que le corps

vitré
ayant

été ébranlé par la violence du coup, il s'est fait solution de quelques-unes de ses fibres intérieures qui sont extremement délica

& particuliérement de celles dont j'ay parlé dans le chapitre onziême de la description de l'oeil, & que j'ay dit partir de differents endroits de fa membrane vers la partie postérieure, & s'unir ensemble vers la partie antérieure vis-a-vis le milieu de la partie postérieure du cristallin ; au moyen de laquelle solution, ce corps à plus de disposition à s'avancer en deyant, & faire avancer ainsi le cristallin.

J'ajoûteray encore ici avant que de finir ce chapitre, que j'ay vû quelques personnes travaillées de catarac tes vrayes, ausquelles j'ay fait l'opération assez heureusement, qui m'ont dit ne s'être apperçeuës de leur maladie qu'apres avoir reçeu un coup sur l'æil : cela

peut être. Il peut arriver qu'un coup reçeu fur l'æil afsez légérement ébranle le cristallin sans rompre fa membra

& sans des-ranger ou interresser considerablement aucune autre partie ; & qu'un cristallin ainsi ébranlé se trouve plus disposé à recevoir la fluxion de l'humeur qui cause la cataracte vraye , qui est même déterminée en quelque façon par le coup à couler plûtôt sur l'æil, à cause de la foiblesse qui y reste: de la même maniére que nous voyons qu'une humeur rhumatisante se jette plâtôt sur une partie qui a reçeu quelque coup, ou qui a souffert quelque extension. C'est ainsi qu'on peut concevoir la cause primitive des cataractes. Et comme elles ont les mêmes signes des autres cataractes yrayes , quelles se forment dans les mêmes tems , quelles le font effectivement, elles se traitent aussi de la même maniére.

ne,

&

Des taches du Cristallin , eo des Imaginations Perpetuelles.

CHAPITRE X XII.

1. Des Taches du Cristallin.

A

fouvent pour

Pres avoir traité des maladies qui altérent le crif

tallin en toute sa substance & que j'ay appellées cataractes, il ne me reste plus pour finir la description des maladies de ce corps, que de parler de cette altération particuliere ou d'une leule partie de la substance, que je nommeray Tache , & par occasion de dire quelque chose touchant certaines Imaginations, que j'apelleray Perpetuelles , que l'on prend souvent des avant-coureurs de cataractes.

Par Tache du Cristallin , j'entens une espece de cicatrice qui est le plus souvent blanche , qu’on remarque fur fa superficie, & qui blesse la vüe.

Elle est le plus souvent la suite d'un tres petit abcez ou pustule qui se forme sur la superficie du cristallin, dont l'humeur étant en tres petite quantité & benigne, se refoût & se consomme , sans causer d'autre altération au cristallin que celle du lieu ou cette petite pul

.

tule se trouve , & cet endroit du cristallin se cicatrise ensuite,

Dans son commencement on la connoît par un nüage fort leger qui paroît sur le cristallin , & par le raport du malade qui se plaint que la vie est brouillée: dans la suite ce nüage devient plus épais & ensuite il blanchit.

On ne peut cependant dans les premiers mois affûrer positivement que ce ne soit pas le commencement d'une cataracte , ou d'une ulceration ambulante du cristallin, parcequ'on ne peut juger de la nature de la pustule : mais quand apres un , deux ou trois ans cette tache reste dans le même état, on peut probablement assurer quelle y restera toute la vie.

Quand cette tache est blanche, on la voit aisément, & quand elle est noirâtre ou tres superficielle , on ne la peut distinguer, mais on conjecture quelle y est par le

raport du malade. Selon l'endroit que cette tache occupe, les malades femblent voir devant l’æil & en l'air un nüage qui suit l'ail en tous les lieux ou la vüe se

porte. Les malades en font plus ou moins incommodez-suivant quelle est plus grande , ou plus petite, ou plus . profonde, ou plus superficielle,

Les taches du cristallin ne s'effacent point , ainsi les remedes y sont inutiles : elles n'augmentent point aussi, à moins quelles ne s'ulcérent de nouveau , & elles ne s'ulcérent

pas

sans qu'il fe fasse une nouvelle Auxiond'humeurs sur cette partie : & quand cela arrive , le eristallin s'ulcere quelques-fots entiérement , & il se forme ainsi une cataracte purulente , ou au moins une mixte qui tient de la purulente.

J'ay donné un exemple de cette maladie en décrivant la maladie de l'æil droit de cet homme dont j'ay parlé dans l'observation du chapitre 19. J'en pourrois encore donner d'autres, ayant plusieurs fois remarqué de semblables taches sur differentes personnes travaillées des mêmes fymptomes dont j'ay parlé, & qui sont demeurées dans le même état : mais comme plusieurs observations d'une même nature sont assez inutiles ; je me contenteray de

raporter celle-ci,

celle-ci, pour mieux faire connoître ce que c'est que cette maladie.

OBSERVATION. Ayant par hazard vũ une vache qu'un Boucher conduisoit à la boucherie, qui avoit une semblable tache sur le cristallin d'un de ses yeux, je priay ce Boucher de m'en envoyer l'ail

. L'ayant je l'ouvris, & je remarquay sur la superficie antérieure du cristallin , & un peu à côté, une tache blanche semblable à une de ces cicatrices blanches qui restent sur la cornée transparente apres les ulcéres de cette partie : elle étoit de la grandeur d'une lentille, fort luisante*& polie, & s'enfonçoit dans le cristallin de l'épaisseur d'un liard. La membrane qui recouvroit le cristallin étoit entiére , sans être aucunement tachée ou altérée à l'endroit de cette tache, & tout le reste de l'æil étoit dans une bonne disposition.

2. Des Imaginations Perpetuelles. Les Imaginations Perpetuelles , sont de certaines ombres

ر

2

comme des fils d'araignées, des points, des ailes de moûches , des floccons de laine & autres choses de cette nature , qui paroissent à une certaine distance devant les yeux , sans qu'on remarque aucun vice au dedans de leurs globes.

Je les appelle Imaginations, à cause de leur raport à ces imaginations qui précédent les cataractes : & Pera petuelles, parcequelles sublistent pendant tout le cours de la vie, sans être suivies de cataractes comme les autres.

Dans leurs commenceniens, ceux qui en font incommodez, en regardant l'eau d'un feuve, le ciel, une muraille blanche un peu éloignée , ou autres corps blancs, s'imaginent voir répandus en l'air un nombre infini de petits points étincelants & fe mouvants dans tous les lieux où ils portent leur vüe. Dans la fuite ces points étincelants noircissent, & fe convertissent en de petits cercles, en fils ou toiles d'araignées, en ailes de mouches , floccons de laine & autres choses semblables, qui insensiblement semblent se raprocher de leurs yeux: ensorte que ces personnes jugent que ces choses font à cinq ou fix pieds & quelques-fois à un demy pied ou à un pied devant eux. : Les deux yeux n'en sont pas toûjours affectez également, & quelques-fois un cil seul en est affecté sans que l'autre le soit; mais le plus souvent ils sont tous les deux affectez en même tems. Ces ombres confervent . aufli entr'elles une situation égale. J'ay connu des personnes qui en étoient si incom

fans

y penser elles portoient leurs mains devant leurs yeux pour les détourner , & en lisant ou

écrivant

modées , que

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