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Il résulte de l'examen des journaux et rapports, que le contre-amiral Dumanoir dans sa route pour venir au secours de l'amiral, n'a été suivi que de trois vaisseaux de son escadre.

Le journal de son capitaine de pavillon dit:

“Qu'avec ces quatre vaisseaux il a combattu, à bord opposé, un nombre de vaisseaux ennemis que les plans portent à onze, et dont une partie s'est ensuite séparée pour aller attaquer ceux de notre avant-garde qui avaient arrivé; que le calme l'a empêché de parvenir par le travers du Bucentaure et de la Sainte-Anne avant quatre heures du soir, et qu'il les a trouvé démâtés complettement, entourés de vaisseaux ennemis, et rendus."

Quatrième question.-Le contre-amiral Dumanoir, n'a-t-il pas quitté le combat, lorsqu'il pouvait combattre?

Quoiqu'il fût alors trop tard pour porter secours au Bucentaure et à la Sainte Anne, le contre-amiral Dumanoir ainsi que le constate le journal de son capitaine de pavillon, “ lui donna l'ordre, vers les cioq heures, de faire arriver ; mais ce capitaine lui représenta que sa mature etait prête à tomber, n'étant plus tenue que par les haubans du vent; ce qui le mettrait dans le cas de démâter, s'il voulait ou arriver, ou venir sur l'autre bord. Le contre-ainiral Dumanoir ordonna alors de tenir le vent."

L'état des avaries du vaisseau le Formidable, qui se trouve joint aux pièces, confirme ce que le capitaine de pavillon dit daos son journal, sur le mauvais état de ce vaisseau qui exigeait de grandes réparations avant de renouveler un combat.

Nous trouvons dans le journal de ce capitaine, vaisseau le Formidable avait une voie d'eau considérable, produite par l'effet des boulets, et qui exigeait le service constant de toutes ses pompes."

L'existence de cette voie d'eau est également constatée par la table de loch.

Le journal ajoute qu'il fat donné ordre aux trois antres vaisseaux de la division, dans le cours de sa navigation ultérieure, “ D'observer le Formidable, et d'avoir toutes leurs embarcations prêts à être mises à la mer pour le secourir, l'état de détresse de ce vaisseau qui allait toujours croisant, donnant de grandes inquiétudes,"

La même pièce dit plus loin, « Que la position critique da Formidable obligea le contre-amiral Dumanoir de faire de nouveau le signal aux autres ruisseaux de la division de se tenir près de lui, et qu'ils ont manæuvré jour et nuit en conséquence de sa situation."

Eutin, le contre-amiral Dumanoir dit, “Qu'il avait vu avec regret, que dans sa maneuvre pour venir au secours du centre, il n'avait été suivi que par trois vaisseaux, et que s'il l'eût été par les dix vaisseaux de l'avant-garde, alors peut-être eût-il pu tenter de prolonger le coinbat avec quelque espérance de Buccès."

que le

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Le rapport ci-dessus est l'exposé des faits consignés dans les journaux et pièces qui nous ont été communiqués. La table de loch du vaisseau le Formidable, étant la seule pièce de ce genre qui vous ait été remise, nous avons pensé, en gé. néral, que pour suppléer aux tables de loch des autres vais. seaux, nous ne pouvions que comparer entr'elles, les pièces adressées par les différens capitaines, et que celles qui nous commandaient une attention plus particulière étaient les journaux des bâtimens qui avaient été le plus à portée de bien voir les signaux et nouvemens de l'avant-garde, ainsi que les rapports faits presqu'immédiatement après le combat, tel que celui du capitaine de l'Hortense, frégate du vaisseau-amiral, qui est daté de Cadix, le 3 Brumaire au 14, c'est-à-dire, le quatrième jour après l'affaire.

En conséquence nous pensons,

1°. Que le contre-amiral Dumanoir a manœuvré conformé. ment aux signaux, et à l'impulsion du devoir et de l'honneur;

.2°. Qu'il a fait ce que les vents et les circonstances ont pu lui permettre pour venir au secours de l'umiral;

3. Qu'il a combattu, d'aussi près qu'il a pu, tous les vaisseaux qu'il a rencontrés jusqu'au centre;

4°. Enfin, qu'il n'a personnellement quitté le combat, que forcé par les avaries de tout genre de son vaisseau, et particulièrement par l'impossibilité de inaneuvrer dans l'état où se trouvait sa mâture. Fait à Paris, le 20 Octobre, 1809. (Signé) Le comte de FLEURIEU,

Le comte BOUGAINVILLE,
Le vice-amiral THEVENARD,

Le vice-amiral Rosily.
Renvoyé au ministre de la marine pour faire exécuter les
lois de l'empire.
Paris, le 3 Janvier, 1810.

(Signé)

NAPOLEON, Par l'empereur, Le ministre secrétaire d'état,

(Signe) H. B. duc de BASSANO.

CONSEIL D'ENQUÊTE. Assemblé en exécution de la décision de S. M. l'empereur et roi, du 23 Novembre, 1809, transmise le 27 du même mois par $. Exc. le ministre de la marine et des colonies, pour examiner, si dans les journées des 11, 12 et 13 Brunaire an 14, (2, 3 et 4 Novembre, 1805), où les vaisseaux, le Formidable, le Scipion, le Mont-Blauc, et le Duguay-Trouin, sous le commandement de M. le contre-einiral Dumanoir, soit tombés au pouvoir de l'ennemi, cet officier-général a fait de sa personne, et par ses manceuvres, ordres et siguaux, tout ce qui était possible dans cette circonstance pour la défense de l'escadre, dont le commandement lui était confié, pour celle du vaisseau qu'il montait, et pour l'honneur des armes de S.M.

Exposé des faits énoncés dans les journaux et rapporis soumis à l'examen du conseil.

· Après le combat de Trafalgar, la division sous le commandement du contre-amiral Dumanoir, composée des vaisseaux, le Formidable, le Scipion, le Mont-Blanc et le Due guay. Trouin, fit route pour l'ile de Rhé, signalée comme point de ralliement en cas de séparation : elle essuya de trèsforts coups de vent sur le cap Saint-Vincent, et le doubla le 7 Brumaire, an 14 (29 Octobre, 1905.)

Ces mauvais tems augmentèrent beaucoup les avaries que les vaisseaux avaient déjà essuyées daus le combat de Trafalgar, et particulièrement celles du Formidable et du Duguay. Trouin.

Le 11 Brumaire, (2 Novembre) étant par la latitude du cap Finisterre, les vents au nord-ouest, la division faisait route à l'est nord-est; elle fut observée toute la journée par trois frégates qui ne répondirent pas aus signaux et dont une fit voile au sud, en tirant des coups de canon; ce qui donna lieu de soupçonner qu'il y avait dans ces parages une escadre ennemie.

Sur le soir, on aperçut le cap-Villano (côte d'Espagne), à toute vue. On n'avait connaissance d'aucun bâtinent sous le vent, et cette circonstance engagea le contre-amiral Dumanoir à porter au sud-est, dans l'intention d'atteindre, à la pointe du jour, le cap Ortegal, soit pour de là faire route pour l'ile d’Ais, soit pour se réfugier dans quelque port de cette côte, si le vent passait à l'est. Dans ce moment, les pompes pou. vaient à peine soutenir le Formidable sur l'eau. A neuf heures du soir, le ciel s'éclaircit; on aperçut une escadre ennemie daps le sud-ouest, et le contre-amiral Dumanoir fit aussitôt mettre la route à l'est nord-est, en ordonnant de forcer de voiles.

Le lendemain 12 Brumaire, (3 Novembre) à dix heures du matin, on vit quatre vaisseaux et quatre frégates.

Le 13, (4 Novembre), dès la pointe du jour, on s'était aperça que l'ennemi gagnait sensiblement; il etait déjà à trois portées de canon, tout au plus, de la division.

A sept heures et demie, le contre-amiral Dumanoir fit connaitre au capitaine du vaisseau le Mont-Blanc, “l'intention où il était de virer de bord pour combattre trois vaisseaux et trois frégates de la division ennerie qui se trouvaient les plus sivancés, parce que s'il avait l'avantage, il serait plus à portée de combattre ceux qui venaient après.'

Le capitaine du Mont-Blanc fut do même avis, et ajouta * qu'il était toujours à propos de virer et d'attaquer avant que les forces ennemies fussent toutes ralliées.”

Le contre-atniral Dumanoir' fit le signal de l'ordre de bataille suivant, tribord amures et de serrer le vent:

Le Duguay-Trouin;
Le Formidable;
Le Mont-Blauc;
Le Scipion.

l'n moment après, il signala l'ordre de virer vent devant, par la contre-marche, puis le signal d'exécution, et ensuite celui d'annullement.

A neuf heures, ordre de marche en échiquier babord, les amures à tribord.

Pendant ce teins, deux frégates ennemies continuaient à tirer sur le groupe de nos vaisseaux et à harceler le Scipion, qui ne tirait que des coups de canon de retraite, et recevait dans sa poupe des bordées qui l'incommodaient beaucoup, ainsi que la vaisseao 1e Mont-Blanc.

A onze heures, sur l'ordre de tenir le vent tous à-la-fois, la ligne fut formée très-serrée.

A onze heures et demie, trois vaisseaux ennemis avaient joint; celui de tête était déjà par le travers du Scipion, et commençait à faire feu sur le Mont-Blanc.

Le capitaine de ce dernier vaisseau dit au contre-amiral Dumanoir, “que si l'on ne virait pas de bord, le Scipion “ allait être mis hors d'état de suivre, et que bientôt le Mont“ Blanc serait dans le même cas."

Le contre-amiral Dumanoir répondit, “qu'il était toujours “ dans l'intention de virer de bord, et qu'il n'avait retardé

que dans l'espoir que l'ennemi aurait prolongé la ligne et

rendu l'action générale sur ce bord, mais que, d'après l'ob“ servation qui lui était faite, il allait mettre le signal.”

Il fit en effet celui de viver veut devant par la contre marche, et le mouvement fut commencé à midi par le vaisseau le Duguay-Trouin.

Le contre-amiral Dumanoir combattit donc l'escadre an. glaise à bord à contre, entre ses deux lignes, les vaisseaux au vent et à portée de fusil, et les frégates sous le vent.

Après l'avoir dépassée, il voulut revirer pour porter sur l'ennemi, tundis que celui-ci virait lui-même pour tâcher d'empêcher la jonction du quatrième vaisseau.

Mais le projet du contre-amiral Dumanoir fut contrarié par l'état de la mature de son vaisseau et de celle du Scipion.

L'escadre anglaise, après avoir reviré porta sur notre division. Le combat recommença avec une nouvelle ardeur contre toutes les forces de l'evnemi réunies, et à deus heures et demie le contre-amiral Dumanoir, qui déjà avait été blessé par un éclat, ayant reçu une balle dans la jambe gauche, fut TOME IV.

C

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porté au poste. Une demi-heure après, la barre du For-
midable se trouva engagée par un boulet, resté entre l'étambot
et le gouvernal dont il empêchait le jeu.

Ce vaisseau avait six pieds d'eau dans la cale, la mature
n'etait plus tenue par son grément, et près de 200 hommes
étaient hors de combat.

Pendant qu'on pou sait le contre-amiral Dumanoir, on vint prendre ses ordres de la part de son capitaine de pavillon, auquel il fit dire de continuer le combat à outrance, s'en rapportant à lui pour l'honneur du pavillon.

Ce capitaine renvoya de nouveau rendre compte que le vaisseau ne ponvait plus gouverner, que la barre du gouvernail était engagée, et qu'il était entouré par trois vaisseaux ennemis.

Le contre-amiral Dumanoir répondit que son intention était de combatire tant que la mature serait haute:

Pen de tems après là trois heures, vingt minutes) on lui apprend que le vaisseau est amené. Il ordonne de faire re, hisser le pavillon, et veut se faire porter sur le pont, lorsque le capitaine vient lui-même rendre compte de l'impossibilité de continuer le combat. Dans le même moment, le grand mât tombe ; il est suivi du mât de perroquet de fougue et de la vergue sèche.

Nos trois autres vaisseaux combattaient encore; mais ils sont successivement obligés de succomber, par la perte entiere de leurs matures.

Le contre-amiral Dumanoir dit que les capitaines, officiers
et équipages ont montré, pendant toute l'action, une grande
bravoure,

Avis du Conseil d'Enquête.
On voit que le 11 Brumaire au 14, et le 12 an matin, (2 et 3
Novembre) les vents ont régné avec force du nord-ouest au
sud-ouest : tant qu'ils continuaient et fraichissaient de cette
partie, le contre-amiral Dumanoir pouvait espérer d'atteindre
les côtes avant d'être obligé d'en venir à un combat.

Mais il ne devait pas se contenter de faire repousser les
frégates avancees de l'ennemi par des coups de canon de re-
traite ; c'était leur opposer une trop petite force, et exposer
les vaisseaux à recevoir des bordées entières, qui devaient les
enfiler de boog en long et les dégréer. Il devait tenir en
arrière les meilleures marcheurs, et leur faire tirer des bordées
sur les fiégates ennemies, pour rejoindre ensuite en forçant de
voiles.

Le 12 Brumaire au soir, (3 Novembre) le vent ayant molli, les vaisseaux ennemis approchaient à vue d'oeil. La nuit fut si belle et la lune si claire, qu'il était impossible d'échapper en faisant fausse route ; dès-lors le combat parut inévitable.

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