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substantif ('), Mecinensis comme adjectif (2). Dans toutes les chartes susdites, qui sont au nombre de quarante-sept, nous n'avons remarqué que les exceptions suivantes : 1. Dans une charte de 1127, de l'abbesse Ogine, on trouve Actum Mecenis. — 2. Une charte de Milon, évêque de la Morinie, de 1164, porte : Mechinensis Monasterii. — 3. Dans une charte de l'abbesse Béatrix de la même année : Abbatisse sancte Marie de Mencinis et Actum Mencinis. - 4. Dans une autre charte de 1176 de Philppe d’Alsace : in possessionem ecclesie Mechenensis. – 5. Le même Philippe d'Alsace dans une charte sans date vers 1180) vend certain revenu à son cher et fidèle Gerardo de Meschinis qu'il appela un peu plus loin Gerardus de Mescinis ; dans le même document on trouve ecclesia Mescinensi.

6. Une charte sans date (vers 1184) du même Philippe parle de l'abbesse de Sancte Marie de Mescinis. — 8. Et enfin dans une charte de la même époque on trouve : Villa de Mecines et Gerardus de Mecines.

On voit donc, que d'après les chartes du xie et du xiisiècle, le nom de Messines s'écrivait régulierement Mecinis comme substantit, Mecinensis comme adjectif, et que les quelques exceptions qu'on rencontre conservent toujours le c primitif, soit seul, soit combiné avec h ou avec s; mais qu'elles ne présentent jamais l's ou les ss seules, quoique ces formes aient été employées généralement par ceux de nos historiens qui ont écrit en latin.

En attendant que les philologues se mettent d'accord sur l'étymologie et sur l'orthographe du nom de Messines, nous croyons ne pouvoir nous abstenir de donner ici la légende ou tradition populaire qui, selon plusieurs écrivains, a donné lieu à ce nom ; et afin de laisser à ce récit toute sa naïveté, et nous dirons, tout son charme, nous nous contenterons de le transcrire ici textuellement d'après un ancien manuscrit qui se trouve aux archives de l'abbaye. C'est un

(1) In loco qui dicitur Mecipis.
(2) Ecclesia beate Marie Mecinensis

petit in-4° de huit feuillets, écriture du commencement du XVIe siècle. Il porte pour entête : S'ensuit la fondation du monastère de Messines. Un feuillet de papier séparé et y attaché par une épingle porte l'annotation suivante, d'une écriture plus moderne: Mademoiselle Jenne de Wignacourt sæure du comte de Vletre quy at receu l'habit de Religion à Messines en l'an 1614 comme moy, m'at donner ceste copie de la fondasion du monastère dudit Messines, qu'elle at eu de ses parents. Tesmoing mon nom, Antoinette de Croix, religieuse en l'abbaye dudit Messines.

Il existe aux mêmes archives une deuxième copie de cette légende, écriture de la fin du xvie siècle, en tout semblable à la première, sauf quelque légère différence dans l'orthographe. Elle porte en marge l'annotation suivante : Monsieur Van der Haer, mon Beau-frère, m'at donné ceste copie de la fondation de Messines ; elle vient d'un chanoine de S. Pierre à Lille ,Quel est ce Vander Haer? Ne serait-ce pas l'auteur des Châtelains de Lille et d'autres ouvrages historiques, qui vers la fin du xvio siècle était chanoine et trésorier de la collégiale de S. Pierre à Lille ?

Quoi qu'il en soit, voici la légende :

SENSUIT LA FONDATION DU MONASTÈRE DE MESSINE

En l'an de grace de l'incarnation de nostre Seigneur mil et lx, fut Baudouin dit Debonaire conte de Flandre, lequel fist faire et fonder lesglise de Si Pierre de Lille, lequel eut espeusé madame Adèle, fille de Hue Capet, Roy de Franche. Laquelle, dame se tient loing temps à Parys et gouverna le roiaume de Franche et à cause de son nepveu menre dans ('), elle tient la baille et gouvernement du royaume de Franche jusques au temps quy fut venus en eaige, lequel depuis fut Roy de Franche et fut nommé Philippus.

(1) Menre dans, moindre d'ans, mineur.

Alors advient que ladte dame avoit ung cuisinier nommés Landricus, lequel avoit perdu tous ses membres dune maladie appelée le tistre ("), auquel advient par plusieurs fois par nuict en vision d'aller visiter le pays de Flandre.

Après icelle vision il se tira devers Flandre, et arriva en Flandre entre Lille et Ipre, et illecq trouva une moult belle forest. Quant il fut au milleurs de cetuy forest, il trouva une moult belle et plaisante prairie en laquelle se mist à reposer et à dormier. Et quant il fut esveillés il se trouva en aussy bon point quy n'avoit estéz jamais en sa vie.

Alors il fit veu quy ne reposeroit jamais jusques qu'il auroit trouvé aucunes personnes quy luy scauroit à dire aucune chose du lieu et plache dessusdit, et che en celuy lieu nestoit jamais auchunes choses mervilleuse advenue.

Car en son cæur luy juga que cestuy lieu estoit ung lieu sainct, et que Dieu y avoit monstré ses vertus et miracles, et que en celuy lieu il voulloit estre servis et honorez.

Et fit telle deligenche quy trouva les forestiers des foretz, ausquelz il demanda, par moult grande deligenche, sy ne scavoient pas que au temps passés auchuns miracle ou chose dignes de memoire estoit advenu au lieu et place ou il avoit recouvert la santé de son corps et garison de ses membres.

Lesquelz luy respondirent et luy prièrent que il ne les vausist racuser devers la dame ne devers aultre, et que le vausit tenir secretz.

Lesquelz luy dirent que grand temps estoit passé quil commencherent à hanter les forest et ilz navoyent riens veu ne sceu quy fut digne de memoire, sinoncq seullement que, jà passes loing temps, frequentoint audict lieu trois puchelles et illecq gardoient leurs biestes par loing temps.

(1) Le fistre, la fiècre.

Et jamais il navoient eu voluntés ne temptations de les requerrer dauchunes vilonye, sinoncq seullement une fois quil estoient accordés ensambles de les violer.

Et se tirerent deviers elles et les prient par force pour accomplir leurs mauvays désirs et volunté desordonnée dont il estoient meus et temptés.

Et quant il les eurent loing temps travaillié, quelles aperchurent quelles ne povoient eschaper elles leurs requirent très piteusement quy les laissaissent ung pety reposer jusques quelles euissent tenues devers Dieu leurs oraisons et prieres.

Lesquelles faisant deviers Dieu leurs oraisons à genoulx et à joinctes mains, ils virent que la terre se ouvrit et transglouty les trois pucelles toutes vives, en telles maniéres que depuis oncques jamais ne les virent sur la terre.

Et quant le cuisinier eut entendu ledict miracle, il pensa en luy mesmes, se il povoit jamais, il feroit tellement que Nostre Seigneur seroit servi audict lieu et place en toute continence et chasteté, en la mémoire des trois pucelles, lesquelles estoient en ce lieu couvertes et vives encloses en la terre pour garder leur puchellages.

Quant ledict cuisinier avoit entendu les choses dessudictes, il fit tant quil trouva une pierre et la mit au lieu où il avoit recouvert la santé de son corps et garison de ses membres; et fut la première pierre quy fut mises pour faire lesglise de Messines.

Tost apres retourna ledict cuisinier deviers la contesse, sa maitresse, a quy il raconta toute les choses dessusdict et tout ce quy luy estoit advenu au chemins et quy avoit trouvé.

Et sit tant à sa requeste et par les miracles qu'il raconta estre moult clerement aparus audict lieu tant à luy comme à trois pucelles, que à la très-noble dame advient volunté d'aller visiter ladicte place.

Et quant elle estoit arrivé elle fit fouier pour scavoir si on ny pourroit rien trouver. Et en fouant on trouva les trois puchelles sur leurs genoulx, les mains joinctes comme si elles cuissent dormis. Alors les fit eslever la dame comme sainctes relicques.

Tantost apres, ladicte dame fit faire ladicte esglise de Messines en la forme et maniere quelle estoit devant les dernieres guerres. Et pour le miracle des trois puchelles elle donna à ladte esglise et ville le nom de Messines.

Et par l'auctorité et consentement du conte Bauduin son mary, elle donna à ladicte esglise à tout telles franchise et liberté

que labbesse les possedera sans faire féaulté ne hommage à

personne quy vive, hors que chascune nouvelle doibt baisier les pieds de l'image de Nostre Dame de Messines.

Et elle mict et fonda à ladicte esglise xxx religieuses et xij chanoines ; et ladicte dame après la mort de Bauduin y demoura toute sa vie et elle est enterrée en ladicte esglise.

Et dedans la troisieme année que l'esglise avoit esté fondée, le Patriarche de Jherusalem nommé Guillaume, lequel fut prochains parent à ladicte dame et extraict du noble sang des Roys de Franche, par grand amour envoya à la dame une tres belle partie de la vraie croix en laquelle Nostre Seigneur rechut mort et passion.

Laquelle partie de la croix la dame rechupt très dévotement et en grand joye ; et partout ou elle alla, elle le portait avecq elle enclose en un gorgier.

Apres quelle estoit venue demourer à Messines une vois et vision luy aparut par nuyct et luy dict ainsy :

« Pourquoy tiens tu la vraye crois enclose en laquelle mon » très doulx filz rechut mort et passion pour le salut de humain

linage ? Pourquoy ne fais-tu quelle soit demonstrée au peuple

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