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Cette publication fut suivie des rapports des autorités ci viles et militaires. - Nous donnons les plus importants de ces documents.

Rapport du capitaine Col-Puygélier, commandant la

caserne de Boulogne.

Mon commandant, Ce matin vers six heures moins un quart, M. Aldenize, lieutenant de voltigeurs au 42° régiment de ligne, est arrivé très-empressé à la caserne, et a dit au sergent-major Clément : Allons, vite, aux armes! que les grenadiers et voltigeurs descendent lestement. • Pendant qu'en effet tout le détachement descendait, le prince Louis, a-t-il dit, est entré avec un nombreux état-major et une quarantaine d'hommes armés, militairement habillés et coiffés de schakos portant le numéro 40; M. Aldenize a aligné les deux compagnies, a appelé les sous-officiers, et le prince Louis, embrassant å droite et à gauche, a dit à tous les sous-officiers et à tous les soldats qu'ils seraient décorés ; qu'il rentrait en France pour la venger de l'humiliation qu'elle subissait depuis dix années, qu'il comptait sur tous les braves, et autres choses analogues.

Pendant ce temps un grenadier s'était échappé, et était venu me prévenir. Je suis accouru, mais la porte de la caserne était fortement occupée par ces individus qui sont tombés sur moi et m'ont dit : « Prisonnier ! » (entre autres un grand colonel). J'ai mis sabre en main et me suis vigoureusement prononcé pour arriver à mes soldats qui étaient dans la cour de la caserne. Le prince Louis s'est présenté et m'a dit : « Capitaine, soyez des nôtres, et vous aurez tout ce que vous voudrez, etc. » Je lui dis : « Prince Louis ou non, je ne vous connais point; Napoléon, votre prédécesseur, avait abattu la légitimité, et c'est à tort que vous voudriez ici ré. clamer; qu'on évacue ma caserne. » Tout en luttant et criant ainsi, je m'approchai de mes soldats qui, sitôt qu'ils m'ont aperçu, sont accourus et ont repoussé hors de la porte ce groupe ennemi. Tous les officiers du détachement se trouvaient alors près de moi, et pendant que j'ordonnais ma troupe le groupe a voulu rentrer et parlementer; mais alors je leur

ai signifié de se retirer où que j'allais employer la force. Comme je m'adressais particulièrement au prince Louis, il m'a tiré un coup de pistolet dont la balle a atteint un grenadier à la bouche.

Aussitôt j'ai fait refouler le groupe et refermer la porte. J'ai fait distribuer des cartouches à tous mes hommes, après les avoir bien instruits de ce qui se passait, et j'ai pris de mon autorité les mesures suivantes : J'ai envoyé deux tam-. bours escortés de quatre hommes armés battre la générale en ville; j'ai envoyé un détachement de vingt hommes, commandé par un sous-lieutenant, prendre les ordres du commandant de place et s'assurer du château; j'ai doublé la garde de l'arsenal, et j'ai envoyé un sous-lieutenant et vingt hommes s'assurer du port. C'est peu de temps après toutes ces dispositions que j'ai reçu de vous l'ordre de me transporter sur la place de la Ville-Haute où je vous ai trouvé.

Je dois vous assurer, mon commandant, qu'en cette circonstance critique, depuis le soldat jusqu'au capitaine, tout le monde s'est parfaitement acquitté de son devoir, malgré l'or, l'argent, les promesses et tout autre moyen de séduction. Je me réserve même, dès que j'en aurai le temps, de vous signaler particulièrement ceux qui se sont le plus distingués. Je présume avoir à vous faire un rapport très-avantageux sur M. Rugou, sous-lieutenant des grenadiers, qui a poursuivi les fuyards jusqu'au bord de la mer, où ils ont été pris en plus grand nombre,

J'ai l'honneur d'être, etc.

Rapport du commandant de place de Boulogne, au

général commandant la 16° division militaire.

le peu

Mon général, lorsque j'ai reçu la dépêche télégraphique que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, déjà et depuis midi et demi j'avais eu l'honneur de vous envoyer un rapport aussi détaillé

que

de temps que j'avais à moi m'avait permis. M. le sous-préfet s'était chargé de vous le faire passer le plus tôt possible, et je pense que vous l'avez déjà reçu.

Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous l'écrire, c'est à la fer

meté du capitaine commandant le détachement du 42° de ligne, dont je vous ai envoyé le rapport, et qui fort heureusement est arrivé à la caserne presqu'en même temps que le prince Louis et sa troupe, que l'on doit la bonne direction qu'a prise cette affaire; ainsi, je ne saurais trop vous recommander cet officier. Du reste, tout le monde a rivalisé de zèle dans cette circonstance; officiers, sous-officiers et soldats de la troupe de ligne et de la garde nationale, tous ont fait leur devoir.

Puissamment secondé par les autorités civiles et M. le colonel de la garde nationale, il nous a été facile de nous emparer de presque tous les hommes qui avaient débarqué avec le prince Louis, et si par hasard quelques hommes nous ont échappé, ce que je ne pourrais affirmer, ce ne serait dans tous les cas que des agents secondaires et de peu

d'importance; des ordres sont donnés d'ailleurs pour les traquer partout où on les rencontrerait, et déjà quelques prisonniers nous ont été amenés par les douaniers, la gendarmerie, etc.

Un paquebot anglais s'était chargé du transport des révoltés et avait facilité leur débarquement sur les côtes près de Boulogne, entre cette ville et Vimereux : c'est à peu près au même point où on les a presque tous pris, et au moment où ils cherchaient à se rembarquer.

Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire dans ma première dépêche, c'est à la troupe de ligne et à la garde nationale que j'avais envoyées après eux et qui étaient guidées par M. le sous-préfet, que l'on doit leur arrestation. Pour moi, je suis forcé par ma position de rester dans la place pour prendre les dispositions nécessaires pour la défendre, et principalement pour le château, où je me suis établi de suite, et où je suis encore en ce moment avec une force suffisante pour parer à tout événement et pour la garde des prisonniers qui s'y trouvent tous réunis.

Toute la journée, le procureur du roi de Boulogne et M. le procureur-général de la Cour royale de Douai, qui se trouvait accidentellement ici, ont procédé à l'interrogatoire des prisonniers dont je joins ici la liste.

Nous n'avons de blessé jusqu'à présent que le militaire du 42° qui a reçu le coup qui était destiné au capitaine, ainsi que vous l'aurez vu par le rapport de cet officier.

Du côté des révoltés, il se trouve en ce moment à l'hôpital civil le colonel Voisin, qui a été atteint de plusieurs coups de feu, mais peu dangereusement; de plus, un Polonais, qui a eu l'épaule fracassée et que l'on a amputé.

Deux hommes ont été trouvés noyés, sans doute au moment de l'embarquement, car ils n'avaient alors qu'une petite chaloupe pouvant contenir une huitaine d'hommes, et où ils s'étaient précipités une vingtaine ; aussi a-t-elle chaviré en partie; avec ces deux hommes, on a trouvé une espèce d'intendant ou officier de santé sur la plage, et qui avait été tué d'un coup de feu.

Je dois également vous signaler le lieutenant des grenadiers, M. Rugou, qui commandait le détachement de la troupe de ligne envoyé à la poursuite des insurgés, et qui s'est parfaitement conduit; il a dû même se jeter à l'eau avec ses hommes pour s'emparer d'une partie des prisonniers.

Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, le prince Louis s'est présenté à la caserne avec sa bande (car on peut l'appeler ainsi) à six heures moins un quart, et, deux heures après, ils étaient déjà presque tous arrêtés. Toute la troupe, à l'exception de l'état-major, était revê

capotes militaires et de schakos portant le numéro 40, pour faire croire sans doute aux militaires de la garnison de Boulogne qu'ils étaient de ce régiment.

Il est une heure de la nuit lorsque j'écris ce rapport, et tout paraît calme. Je pense donc que tout est fini et que je puis répondre de tout ce qui pourrait arriver avec les forces que j'ai à ma disposition. Cependant, si les prisonniers doivent rester quelques jours à Boulogne, il serait urgent de m'envoyer quelques troupes pour aider dans le service la garnison qui se compose de deux compagnies et qui est trop faible pour les besoins actuels ; j'ai bien à ma disposition les gardes nationaux, mais ce n'est pas assez.

Je vais tâcher de vous expédier mon rapport le plus tôt possible, et prier M. le sous-préfet de vous le faire parvenir.

Cinq heures du matin. – Tout est parfaitement tranquille dans la place, et rien de nouveau depuis mon dernier rapport.

Le paquebot qui avait amené le prince Louis et ses hommes a été saisi

par

la marine et la douane. Parmi les officiers du 42 de ligne qui se sont le plus particulièrement distingués, outre le chef du détachement, M. Col-Puygélier, capitaine de grenadiers, et M. Rugou,

sous-lieutenant, je dois citer encore M. Laroche, capitaine de voltigeurs, et bon nombre d'autres dont le détail serait trop long en ce moment.

Extrait de l'interrogatoire du capitaine du paquebot.

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Voici les principaux extraits de l'interrogatoire que M. Davy, sous-inspecteur des douanes à Boulogne, a fait subir au premier capitaine du paquebot anglais EdimbourgCastle, capitaine James Crow, à bord duquel se trouvaient embarqués Louis Bonaparte et sa suite. Cet interrogatoire a eu lieu en présence de M. Coquel, interprète juré.

D. Quel jour avez-vous quitté Londres ? - R. Avant-hier 4 août, à neuf heures et demie du matin.

D. Aviez-vous des marchandises à bord ? R. Non,

D. Quel est le nombre des passagers que vous aviez à votre bord? – R. Je pense qu'il y en avait cinquante-six ou cinquante-sept d'après le rapport du stewart.

D. Avez-vous pris tous vos passagers à Londres? R. Non; mais je puis dire quels sont les endroits où j'ai pris ces passagers, sans cependant pouvoir affirmer le nombre que j'ai pris dans chaque endroit.

D. Connaissez-vous les noms des passagers que vous aviez à votre bord! - R. Non, mais ce matin, vers deux heures, à l'exception de trois domestiques, tous les autres se sont dépouillés de leurs habits civils pour prendre des habits militaires. Deux d'entre eux avaient des étoiles sur leurs uniformes, et on m'a dit qu'ils étaient princes.

D. Par oubli, je ne vous ai pas demandé si vous aviez des papiers; veuillez me les remettre si vous en avez. — R. Je n'ai que l'acte de propriété de mon navire et ma licence. Je croyais, en partant de Londres, me devoir diriger sur Hambourg.

D. Lorsque vous avez quitté Londres, quels étaient vos ordres? — R. M. Plinden, secrétaire de la compagnie commerciale, à qui je m'adressai pour avoir des instructions, me dit: Je ne sais pas où vous irez; quel que soit le point sur lequel on vous dirige, vous vous y rendrez. Préparez-vous à recevoir de cinquante à soixante passagers. Un monsieur dont je ne connais pas le nom me dit ensuite : Je me suis arrangé

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