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NAPOLÉON

AU TRIBUNAL DE CÉSAR, D'ALEXANDRE

ET DE FRÉDÉRIC.

CHAPITRE VII.

L'Angleterre refuse d'exécuter le traité d'Amiens. Nouvelle

rupture. Invasion du Hanovre. Occupation d'une partie du royaume de Naples. Les Anglais dominent dans tout l’Indostan. État de l'Europe. Préparatifs pour une descente en Angleterre. Pitt rentre au ministère. Bill de défense. Conspiration de Georges et de Pichegru. Érection de l'empire. Maxime de Napoléon en matière de gouvernement. Il est proclamé empereur, et cette dignité sera héréditaire dans sa famille. Il est couronné par le pape. Il part pour l'Italie. Organisation de la grande-armée. Brouille avec la Russie. Sortie des flottes. Napoléon revient à Boulogne.

Tandis

Andis que la victoire et les négociations concouraient à l'envi à relever la gloire de la France, tout marchait dans l'intérieur au gré de mes désirs. L'état se recréait avec une rapidité merveilleuse. Je m'en occupais avec ardeur : à part les incorrigibles du faubourg St.-Germain et quelques démocrates exaltés, toute la nation applaudissait à mes travaux, et chacun manifestait son admiration avec enthousiasme. Pour ne pas être accusé de suffisance en faisant moi-même le panegyrique de ces travaux, je vais rapporter les propres expressions d'un homme qui fut mon admirateur comme idéologue, et mon ennemi comme fanatique et comme historien. a Glorieux

Situation intérieure

de la France.

par

la guerre, glorieux par la paix , Napoléon effaçait, aux yeux éblouis des peua ples, l'éclat des plus brillantes renommées de « l'antiquité et des temps modernes : le souvenir « de ses exploits en Égypte, en Italie , électrisait « toutes les pensées, faisait le charme de toutes « les conversations. La teinte antique de ses pro« clamations et de ses discours transportait aux

plus beaux siècles d'Athènes et de Rome, et « décélait un grand génie comme une grande ame.

« C'est lui qui a retiré la république de la « détresse, et la deux fois portée au plus haut

degré de gloire et de puissance. Il part, elle « retombe; il revient, elle se relève. Ses ennemis « ont triomphe en son absence; nouvel Hercule, « il les terrasse à son retour.

«Son éloignement fut le signal de la guerre; « sa présence fut celui de la victoire et de la

paix, non seulement avec l'Autriche, mais en

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« core avec la Russie, l'Angleterre, la Turquie, « le Portugal, l'Allemagne et le prince d'Orange.

« Il a obtenu des barbares eux-mêmes un « traité favorable à la France : Tunis et Alger sont « devenus nos amis; les Français n'ont plus à « redouter les cruautés du farouche Africain ; « leurs vaisseaux sillonnent librement la Médi« terranée ; les pirates de la Libye n'insultent

plus le drapeau républicain. C'est lui seul qui « étouffa les discordes civiles, rendit aux exilés « leur patrie, au pape Pie VI les honneurs et la paix du tombeau. C'est lui qui, en traitant « avec Pie VII, a calmé les consciences et préservé « la morale.

« Il a immortalisé son siècle par la rédaction « de plusieurs codes importants. Nos finances « lui doivent leur prospérité ; les magistrats, le

paiement de leurs honoraires; l'armée, l'hon« neur de ses drapeaux et la régularité de sa « solde ; les voyageurs, la commodité des routes ; « les commerçants, la restauration des canaux; les « navigateurs lui devront un jour la liberté des (( mers.

« Partout la France reprend son antique éclat : « les palais outragés par le temps ou par la fureur « des hommes se réparent; de nouveaux monu«ments s'élèvent pour attester un jour notre gloire. La main des arts ajoute partout en France

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« aux beautés de la nature ; les ruines, signes dé« plorables des discordes passées, disparaissent; « des édifices magnifiques s'achèvent, sous l'em« pire d'un gouvernement magnanime. Tels sont « les fruits de la paix qu'il a conquise, de la con« corde qu'il a ramenée.

« La révolution est terminée, l'atelier des « malheurs du monde est fermé. »

Ces éloges ne sont eux-mêmes qu’une répétition de ce qui se disait en France. Les orateurs à la tribune; les magistrats par leurs députations; les écrivains dans leurs productions, ne trouvent pas de phrases assez sonores pour faire retentir l'Europe de mes hauts faits, et interpréter dignement les éclats de la reconnaissance nationale. On m'enivrait d'encens. Quelque exagérées que fussent les expressions de ceux qui s'annonçaient ainsi comme les échos de l'opinion publique, ma conscience me disait qu'au fond leurs éloges étaient vrais , et que je les méritais.

Toutefois je sentais qu'il manquait une chose à tout notre système; c'était du définitif. Bien que mon désir fût de faire à la révolution un établissement à la fois solide et raisonnable, je voyais que je ne pouvais y parvenir qu'après avoir vaincu de grandes résistances, car il y avait encore antipathie entre les anciens et les nouveaux régimes. Ils formaient deux masses dont les intérêts

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