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M. de Guiraudet, préfet du département de la Côted'Or, dans un mémoire sur les forges de ce département, adressé au ministre de l'intérieur (1).

« Un grand moyen de donner de l'éclat et une véritable utilité aux forges , seroit l'établissement qui manque encore à la France; et sans lequel l'ignorance et la routine continueront, peut-être pendant des siècles, à présider aux travaux en grand de la métallurgie. On veut parler d'un établissement composé, de forges et de fourneaux, appartenant à l'état et exploité à ses frais ; où les fils de maîtres de forges, et les jeunes gens qui se destineroient à entrer dans cette carrière , seroient reçus en payant pension.

« Un cabinet de minéralogie, et un laboratoire donneroient les connoissances théoriques nécessaires

C'est dans ces écoles, et peat-être là seulethent, que pourra enfin, s'obtenir la véritable instruction dans l'art de traiter avec avantage le minerai de fer; art qne des maîtres de forges très-instruits , qui ont visité les usines des pays étrangers, disent, avec douleur, être encore chez nous dans son enfance,

Et, dans quel temps, d'ailleurs , les moyens d'instruction qu'offrent les écoles des mines , sont-ils présentés ? C'est au moment où beaucoup de personnes semblent encore révoquer en donte la possibilité des perfectionnemens dont nos voisins jouissent depuis près d'un demi-siècle , et qu'on a importés en France avec quelques succès.

C'est à l'école des mines qu'il paroît réservé de détruire un préjugé funeste au progrès des arts, en répandant l'instruction, et en introduisant une économie de combustibles , qu'il est si nécessaire d'amener enfin dans nos usines. ( Extrait de la Description topographique et statistique de la France , par MM. Peuchet et CHANLAIRE.)

(1) Ce mémoire est inséré dans les Annales de statistique de M. Le Ballois, No. 4, Thermidor an X (juillet 1302).

M. DE GUIRAUDET, antenr de plusieurs ouvrages justement estimés, est mort il y a environ quatre ans.

)

aux élèves : les expériences docimastiques et les découvertes des hommes de génie seroient appliquées au travail en grand, sous la direction de bons métallurgistes; ce qui n'a jamais été fait : enfin, un grand art, un art de la première utilité, sortiroit de la barbarie où il languit depuis tant de siècles.

« Jusqu'à présent , les maîtres de forges ont été des négocians et rien de plus : vendre et acheter a été toute leur science : sur cent, il n'en est pas deux qui connoissent les matières sur lesquelles ils opèrent , ni les agens physiques qu'ils emploient; ni les phénomènes qui se passent sous leurs yeux : tout est abandonné à la routine et aux vieilles traditions des ouvriers.

« Il est sans doute peu d'établissemens dont l'état recueillit plus d'avantages, et aucun qui coutåt moins.

Les résultats des expériences en grand ne sont pas en pure perte , comme ceux des expériences des laboratoires; ils ont dans le commerce une valeur qui suffit souvent à la dépense qui les produit. a

Depuis, M. le préfet du département du Cher, a, dans un très-bon mémoire (1), parlé de la nécessité de s'assurer

que
les

personnes, chargées de diriger les travaux des usines , eussent les connoissances relatives à l'exercice de leur art.

Tout homme, dit ce magistrat , qui se proposeroit d'exploiter des usines,

devroit être préalablement soumis à un examen; puisque son impéritie lui fera consommer inutilement de grandes quantités de bois ; cette matière qu'il importe si essentiellement au gouvernement de voir ménager:

(1) Ce mémoire se trouve au No, 154 du Journal des mines, (octobre 1809).

c'est encore à l'impéritie d'un grand nombre de maîtres de forges, qu'on doit attribuer la trop grande cherté du fer, qu'il importe au gouvernement de voir à un prix modéré: puisqu'en consommant plus de matières qu'il n'en faudroit , pour fabriquer une certaine quantité de fer, ils font renchérir ces matières et, avec elles , le fer qui en est le produit.

On ne peut se dissimuler , en effet, que si ( comme l'annoncent MM. les préfets de la Côte-d'Or et du Cher) les maîtres de forges de ces deux départemens où il existe de si nombreuses usines (1), ont tant besoin de connoître les principes de l'art de fondre et d'affiner le fer, ainsi que les moyens d'y

moyens d'y employ er le plus utilement, le combustible,

doit en conclure que, ces maîtres de forges étant plus instruits il se fera , dans leurs usines une consommation moins considérable de bois, pour obtenir la même quantité de fer.

Il existe un arrêté du directoire exécutif, du 3 nivôse an 6 ( 23 décembre 1797 ), concernant les justifications à faire par les cessionnaires, héritiers, donataires et légataires de citoyens pourvus de permissions d'exploiter des mines et salines, et d'établir des usines(2). Les considérant de cet arrété énoncent,

on

(1) Les départemens de la Côte-d'Or et du Cher contiennent' 51 hauts-fourneaux et 102 feux de forge qui produisent anauellement environ 31 millions pesant de fonte (1,525,000 myriagrammes): et 15 millions de fer (745,250 myriagrammes): ces usines consomment près de 820,000 stères : c'est le produit d'environ 5,000 hectares de bois, formant, à peu près, la quins zième partie des coupes qui se font dans les forêts impériales,

(2) Cet arrêté se trouve No. 1634, Balletin 173 du 11%, volume ,do Bulletin des lois,

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ce principe: que les richesses de l'état ne peuvent devenir la proie de l'ignorance et de la cupidité : et , qu'en conséquence, la loi a assujéti, entr'autres choses , les demandeurs en concession et permission, d justifier de leurs facultés et des moyens qu'ils employent pour assurer l'exploitation.

L'article i de cet arrêté veut qu'aucun transport, cession, vente , etc., des droits d'exploiter des mines, et d'établir des usines ne puissent être exécutés qu'aa vec l'autorisation du gouvernement,

Si aucune vente ou cession d'usines ne pouvoit avoir lieu sans que la personne qui se présenteroit pour diriger l'exploitation d'un établissement, où il se fait une consommation considérable de bois , fût tenue d'avoir , du gouvernement, une autorisation qui ne lui seroit délivrée que quand cette personne auroit été reconnue avoir les facultés et les moyens nécessaires , on verroit l'instruction se répandre parmi les maitres de forges, et l'économie s'introduire enfin, dans l'emploi du bois qu’exigent leurs approvisionnemens.

Il est de principe que les établissemens qui consomment en grand des combustibles ne peuvent être formés sans l'autorisation du gouvernement: pourroiton, dès-lors, trouver extraordinaire qu'il prit des dispositions propres à s'assurer de la capacité des personnes qui exploitent ces établissemens.

Le mémoire de M. le préfet du Cher tend à démontrer la nécessité de cette mesure, en indiquant les abus qui existent et les moyens à prendre pour y remédier. Il traite, entr'autres points, de ce qui concerne la carbonisation, et manifeste le désir

que

des artistes habiles et n'ayant d'autre intérêt que

celui de porter l'art à sa perfection , fassent des expém riences qui auront pour objet de déterminer ; Å

1o. A quel âge les bois, de telle ou telle essence crûs dans un sol de telle ou telle nature, ayant telle ou telle profondeur, doivent être coupés, pour donner le produit le plus avantageux?

20. A quelle époque les uns et les autres doivent être abattus ?

30. Combien de mois après, ils doivent être carbonisés ?

4o. Combien de cordes doit contenir chaque charbonnière ?

50. Quelle est la longueur à donner aux bois qu'on veut carboniser, selon leur âge et leur essence ?

60. Enfin, s'il convient que tous les bois, mis dans une charbonnière , soient de même grosseur, de même essence; ou s'il ne vaudroit pas mieux que les bois les plus gros , les plus durs à la cuisson, fussent les plus rapprochés du foyer: et que les plus menus et les bois blancs les recouvrissent?

Il n'y a pas de doute que la solution de ces diverses questions ne présente le plus grand intérêt

pour

le bon emploi des bois destinés à être carbonisés qu'une instruction qui seroit publiée, par suite, sur le meilleur mode à pratiquer dans telle ou telle circonstance, ne produisit d'heureux effets.

Je reviendrai sur le mémoire de M. le préfet du Cher, et je ferai plus particulièrement connoître cette production intéressante sous divers rapports.

CHANLAIRE.

i et

No. 2. Nouveau calorifère de M. Desarnod.

Il ne suffit pas d'indiquer des procédés qui s'adaptent aux usines , pour assurer le meilleur emploi du bois : la consommation qui s'en fait

pour

les usages

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