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quand elle contrarie des opinions reçues, si l'auteur ne parvient pas à surmonter les obstacles qu’on se plait à lui présenter , il se décourage, la découverte s'oublie, et son défaut de succès , que les personnes intéressées à ce que cette découverte soit perdue de vue, se plaisent à publier , détourne bien des gens de l'idéé . de revenir à un objet utile; parce que, sans trop d'examen ,

ils regardent comme impossible d'arriver au but

que semble n'avoir pas atteint l'auteur de la découverte.

Ce qu'on vient de dire s'appliqueroit-il au cintrage des bois, dont s'est occupé, il y a environ trente ans, M. Migneron? Nous n'osons le penser.

Cependant, pour que nos lecteurs puissent fixer leur opinion , nous présenterons ici le rapport fait au ministre de l'intérieur, par son conseil des bâtimens, sur le résultat des procédés, employés pour durcir et cintrer les bois, et prolonger leur durée.

Voici le texte de ce rapport.

« Il y a trente ans que M. Migneron parvint à trouver les moyens d'améliorer les

bois de construction, et à leur donner les courbures nécessaires à leur destination. Il existe à Paris un grand nombre de personnes qui , en 1778, ont vu chez lui des pièces de bois nouvellement coupées dans la forêt, qui, soumises à ses procédes; ont été rendues propres à être aussitôt employées, sans craindre aucun des inconvéniens attachés à l'emploi du bois vert.

« On y a vu , avec plus d'étonnement encore, des morceaux provenant des poutres de l'ancien Garde-Meubles, que la pourriture avoit tellement dégradées, dans l'espace de neuf ans, que le plancher qu'elles soutenoient s'étoit écroulé; ces morceaux avoient repris, par ses procédés, toutes les qualités qu'on peut désirer dans le bois le plus sain. Enfin on voyoit des

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duvriers courber des pièces de bois préparées et amiéliorées ; en former différens cintres, particulièrement des jantes de roues d'une seule pièce , etc.

« Ces procédés furent, dans le temps, soumis au jugement des Académies des sciences et d'architecture de Paris, de Bordeaux , de Toulouse et de plusieurs sociétés savantes. Ils furent aussi examinés par des naturalistes et des artistes très-distingués, et notamment par MM. de Buffon, Duhamel-Dumonceau , Franklin et Perronet ; tous jugèrent que les bois ainsi préparés, devoient être indestructibles; mais aux raisonnemens il falloit joindre l'expérience, qui ne pouvoit être acquise qu'avec le temps; et jusqu'à présent, cette précieuse découverte étoit restée presqu’inconnue.

« S. Ex. le ministre de l'intérieur, sachant qu'il existoit, à Paris et aux environs , des constructions en bois faites par M. Migneron , depuis environ trente ans , a désiré connoître en quel état se trouvoient ces bois , et pouvoir juger de l'avantage du procédé employé à leur amélioration.

« Son Excellence ayant chargé son conseil des båtimens d'examiner ces bois et de lui faire un rapport de leur état, le conseil les a fait examiner commissaires pris dans son sein, et en a fait ensuite son rapport au ministre.

« Ce rapport contient une analyse de la nature du bois , des inconvéniens qui résultent trop souvent de son emploi dans les constructions civiles et navales, des moyens , plus ou moins ingénieux, employés infructueusement, en différens pays et en differens temps, pour en écarter les causes qui le détériorent, et des moyens qu’employe ou paroît employer M. Mi gneron, tant pour le courber que pour l'améliorer.

« Ce rapport étant, par ses détails, trop long pour être inseré ici en entier, nous ne pouvons qu'en ex

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sans all

traire les parties qui interessent plus particulièrement les architectes et toutes les personnes qui ont des constructions à faire exécuter.

« Pour nous assurer, disent les commissaires, du moyen employé par M. Migneron, nous nous sommes transportés dans le parc de Bellevue, afin d'y examiner deux ponts, composés chacun de trois fermes, et chaque ferme de quatre morceaux en chêne cintrés, et assemblés à trait de Jupiter , dont deux forment l'arc inférieur, et deux doublent et composent le premier arc.

« Ces ponts ont été construits en 1782. Ainsi il y a près de vingt-cinq ans qu'ils existent cune marque d'altération. Ces bois sont sains comme s'ils venoient d'être posés ; ils ont même acquis de la dureté, ne sont aucunement entamés ni altérés de pourriture dans les joints des assemblages, quoiqu'ils soient exposés, depuis ce laps de temps, dans un bosquet extrêmement humide.

« Nous en avons fait détacher deux éclats que nous mettons sous les yeux du conseil.

« Nous avons ensuite visité une terrasse avec aire en plâtre et dalles, rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré, exécutée suivant ce procédé, aussi en 1782, pour remplacer une autre terrasse qui n'avoit 'duré que neuf ans; nous avons trouvé toutes les solives saines, même dans leurs portées , ainsi que les chevêtres touchant les murs.

D'après toutes nos observations sur le résultat du procédé de M. Migneron, qu'on pourroit considérer comme une espèce de tannage des bois, et dont le succès est prouvé par la conservation des ponts et terrasses que nous avons soigneusement examinés, nous sommes intimement convaincus que les bois préparés par ce procédé, acquièrent une amélioration

considérable en durée; qu'ils sont préservés de la pourriture et de la piqûre des insectes , et sont garantis, en partie, de leur inflammabilité.

« Nous pensons que le conseil peut inviter Son Ex- . cellence à prendre en considération ce moyen conservateur , qui doit concourir à prolonger la durée de nos édifices, et à procurer à l'auteur les facilités d'exécution nécessaires pour propager cette découverte utile , soit qu'on l'envisage sous le rapport de la durée des bois, soit qu'on la considère comme moyen de les courber à volonté. Signé RONDELET, PETIT-RADEL, ».

« Le conseil des bâtimens civils, d'après le résultat des faits dont le développement précède, n'a pu que partager le sentiment de ses commissaires sur le mérite des procédés employés par M. Migneron, pour courber les bois qui entrent dans les constructions, et leur assurer une durée bien précieuse, sous le rapport de l'économie. Il estime, en conséquence, en adoptant le rapport ci-dessus , qu'il y a lieu d'encourager ce particulier à faire connoître son procédé, ainsi qu'à le propager et à en rendre l'usage facile.

Signé PEYRE président, MERMET secrétaire. < Paris, le 17 novembre 180h. »

Si nous avons différé de publier le rapport dont il s'agit ( qui a plus de trois ans de date ), c'est que nous voulions, avant de le faire, nous assurer qu'il ne s'élèveroit aucune réclamation sur les faits qu'il contient : l'un de nous, qui se rappelle les expériences faites en 1778 (il y a, comme on voit, 32 ans aujourd'hui), par M. Migneron, pour parvenir au cintrage des bois, se plaît à rendre hommage à la verité, en ajoutant que

M. Migneron paroît être le premier qui se soit occupé de cette découverte, dont on a beaucoup parlé dans le temps, et qu'on a ensuite semblé perdre de vue. Ne seroit-il donc pas utile d'y revenir ?,

ANNALES FORESTIÈRES,

FAISANT SUITE AU MÉMORIAL FORESTIER.

No. XXII. FÉVRIER 1810.

PREMIÈRE PARTIE.

RÈGLEMENS.

SECTION Ire. LÉGISLATION.

S. 1. Lois et Sénatus-consultes.

No. 1. Loi qui réunit le canton de Barcelonnette

de-Vitrolles au département des Hautes-Alpes. (Du 13 janvier 1810.)

Le canton de Barcelonnette-de-Vitrolles, département des Basses-Alpes, est distrait de ce département et réuni à celui des Hautes-Alpes , arrondissement de Gap, où il sera exclusivement imposé.

No. 2. Extrait du sénatus-consulte, relatif à la

dotation de la couronne. (Du 30 janvier 1810.)

Nous observerons, d'abord, que le sénatus-consulte dont il s'agit est divisé en cinq titres ayant pour objet; savoir : Le titre I la dotation de la couronne, qui se

No. 22.

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