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Vous aurez eu cette fortune, Monsieur le grand vicaire, de contribuer pour une part notable à ce travail de déblaiement et de mise en lumière pour l'histoire du diocèse de Genève.

Cette histoire devient, à mesure que l'on se rapproche du temps présent, celle de notre Savoie, et tout particulièrement de ce diocèse d'Annecy. Nous sommes donc vos obligés, et nous attendons tous la publication de ce dernier volume, qui doit, comme ses devanciers, nous faire connaitre tant de documents ignorés jusqu'ici, et signaler à notre admiration et à notre reconnaissance tant d'hommes de bien, tant de belles âmes, tant de grandes choses autour desquelles s'est fait un injuste silence.

Remettre la Savoie à sa vraie place, c'est la mettre dans les premiers rangs; je vous félicite de ce que cette belle tâche vous a été réservée par la Providence.

Je suis, Monsieur le grand vicaire, en Notre Seigneur et en sa sainte Mère, votre respectueux et tout dévoué serviteur.

+ Louis, Evêque d'Annecy.

Monsieur l'abbé Fleury, grand vicaire de Genève.

Lettre de Mgr Bagnoud, Evêque de Bethléem, abbé de

Saint-Maurice

Révérendissime,

Vous aviez entrepris un grand et important ouvrage en écrivant l'Histoire de l'Eglise de Genève, qui remonte aux temps les plus anciens. Ses souvenirs se mêlent à ceux de l'abbaye d'Agaune, puisque, comme vous l'avez. raconté, ce fut sur le témoignage d'un Evêque de Sion que saint Isaac transinit à saint Eucher le récit du massacre de nos martyrs, dont nous gardons les reliques. Je suis heureux de penser que vous mènerez cette entreprise à bonne fin.

J'admire votre activité dans le travail, sachant qu'à coté de vos études, vous avez su mener de front les devoirs d'un difficile ministère.

Je n'ai pas à juger votre ouvrage, puisque des juges bien compétents lui ont décerné, dans l'Académie de Savoie, le prix d'histoire (1). Je n'ai donc

(1) Les deux premiers volumes de l'Histoire du diocèse de Genève ont été présentés par l'auteur au concours ouvert par l'Académie de Savoie pour le prix d'histoire. Ils ont été couronnés le 1 août 1880 au Congrès des Sociétés savantes de Savoie et ont obtenu le prix de 750 francs, fondé par M. Deloche.

(Note de l'éditeur,/

qu'à vous féliciter de cette distinction. Courage et achevez la partie qui vous reste à traiter, celle de la Révolution. Vos prêtres en grand nombre se sont réfugiés, à cette époque malheureuse, en Vallais. On y conserve par tradition le souvenir de leur haute piété. Notre abbaye en a abrité plusieurs. On sait que vos vicaires généraux stationnèrent dans nos montagnes. Voilà sans doute ce que vous nous rappellerez. Je vous souhaite toute la force nécessaire pour compléter vos travaux, et j'implore sur vous les bénédictions du Ciel.

Daignez, Révérendissime, agréer les respectueux hommages de votre tout dévoué

+ ETIENNE, Evêque de Bethléem.

Abbaye de Saint-Maurice, le 21 août 1880.

AVANT-PROPOS

Lorsque tout jeunes, au foyer paternel, nous entendions nos mères nous raconter les scènes, dont elles avaient été les témoins attristés durant la Révolution française, nous nous demandions avec simplicité s'il n'y avait pas, dans ces émouvants récits, quelque pieuse exagération. Il nous semblait, du moins, que jamais ces mauvais jours ne reparastraient sur le sol de notre patrie, et que l'on ne recommencerait pas à bannir les prêtres, à renverser les croix, à fermer les églises. Nous nous imaginions la ‘race des apostats et des intrus à jamais détruite.

Nous comptions, dans notre ingénuité, sans les ennemis de l'Eglise, qui se coalisaient; sans les sociétés secrètes, qui minaient sourdement les principes d'autorité, de justice et de foi, préparant les trahisons et soudoyant les apostasies.

Habitués, durant un demi-siècle, au calme d'une vie relativement paisible, nous avions presque oublié les paroles du divin Maitre, qui avait annoncé à ses disciples des persécutions, des croix et promis à son Eglise son appui pour les jours de la tempête. Voilà qu'aujourd'hui elle sévit de nouveau avec fureur, à Rome comme à Berlin, dans le Jura bernois comme à Genève. La Suisse, qui était réputée jusqu'ici comme la terre classique de la vraie liberté, a vu la persécution s'implanter sur son sol, l'arbitraire y prendre, en quelques cantons du moins, la

y place de la justice et d'une pacifique tolérance. Que va-t-il arriver en France ? L'horizon, gros de nuages, n'annonce-il pas une prochaine commotion? Déjà des arrêts de proscriptions lancés contre les communautés religieuses. Que de symptômes alarmants dans les productions malsaines d'une presse ehontée et féconde en calomnies et en provocations contre tout ce qui porte un caractère chrétien !

Partout les catholiques sont les victimes de la force brutale. « Elle prime le droit, » a-t-on dit, et nous voyons succomber sous les coups d'une majorité haineuse, ce qu'il y avait de plus sacré, la justice, la liberté de conscience avec les établissements libres d'instruction et de charité.

Disons le mot : La PERSÉCUTION renaît sous toutes les formes, telle que l'inaugurèrent, en 1792, les auteurs du Code de la Révolution.

C'est cette période de l'histoire du diocèse de Genève qu'il nous reste à parcourir. Nous y verrons comment, après avoir proclamé le règne de la liberté de l'égalité et de la fraternité, les autoritaires de

cette époque néfaste firent prévaloir la plus monstrueuse tyrannie et déclarèrent la guerre à l'Eglise, prétendant soumettre les prêtres à la loi du serment, qui devint, sous Albilte, un acte de låche et honteuse apostasie.

Que de ruines !!! mais que de sublimés exemples de courage, de fermeté dans la foi, de dévouement de la part des prêtres aux fidèles et à l'Eglise ! Quelle prudence dans l'administration diocésaine! Quelle unité dans les rangs du clergé, soumis et prêt à obéir ! Il y a aussi la belle et glorieuse part des généreux fidèles, nourrissant leurs pasteurs jusque sur les plages lointaines, où ils sont déportés pour le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. Glorieux jours que ceux de la souffrance! Les persécutions ont toujours profité à l'Eglise, qui sort de l'épreuve, purifiée comme l'or par le creuset. Les tyrans meurent, les persécutions passent et la religion demeure. Christus vincit.

Qu'il fait bon dans des jours, comme ceux que nous traversons, rencontrer d'aussi beaux modèles ! S'il se produit quelques lâches apostats, ils tombent dans le mépris, et l'opprobre s'attache à leur mémoire. A côté de ces rares déserteurs, il y a des légions de prêtres, fidèles au devoir. Ils souffrent, ils subissent la prison, l'exil; ils marchent au martyre, nous laissant l'exemple d'une vie pénitente et mortifiée, et préférant mourir plutôt que

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