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préalablement obtenu l'autorisation du comte Bertrand, afin d'épargner au prisonnier les visites qui auroient pu lui être désagréables. Il n'y a pas d'exemple qu'une telle permission ait été refusée, ni qu'on ait empêché aucunes personnes de l'appro-, cher, si ce n'est celles qui ont été surprises en essayant d'arriver auprès de lui, sous des déguisemens ou de faux noms. Il se plaignit un jour à un officier du 53e régiment que toute communication lui fût interdite avec les officiers de ce

corps.

L'officier lui répondit que cette interdiction n'existoit pas; et depuis ce temps il ne manifesta pas une seule fois le désir de les voir.

Dans le commencement de sa détention , il avoit un cercle d'au moins douze milles ( quatre lieues de France), dans lequel il pouvoit se promener à pied ou à cheval sans être accompagné d'aucun officier, et ce cercle n'a été rétréci qu'après qu’on a su qu'il avoit abusé de la confiance qu'on lui témoignoit en cherchant à gagner les habitans; mais il lui reste une étendue de huit milles ( environ trois lieues ), et il peut s'y promener sans être accompagné d'aucun officier. Au delà de ces limites , il peut aller dans toutes les parties de l'île, suivi d'un officier dont le grade ne doit pas être au-dessous de celui de capitaine dans l'armée. Ainsi on ne peut pas dire qu'à cet égard il soit soumis à des restrictions déraisonnables.

Le général Buonaparte , a-t-on dit, ne peut sortir de sa maison, dans le seul temps où l'exercice soit salubre sous ce climat. Le fait est que, quoiqu'il n'ait pas la liberté de traverser l'ile après le coucher du

soleil, il peut à toute heure se promener dans le jardin; mais il a dit qu'il n'aimoit pas à se promener lorsqu'il étoit ainsi surveillé. Sir H. Lowe, pour le satisfaire, a placé depuis les sentinelles dans des endroits d’où elles ne pouvoient pas le regarder. Devoit-on ôter ces sentinelles à l'époque et aux heures où l'évasion seroit le plus facile ? Qu'on se figure pour un moment qu'au lieu de discuter la motion du noble lord, la chambre apprenant l'évasion de Buonaparte ait à interroger sir H. Lowe à la barre, qu'on lui demande quand et d'où il s'est échappé, et s'il n'étoit pas gardé par des sentinelles. Que penseroit la Chambre, s'il répondoit que le général s'est évadó le soir de son jardin, et que les sentinelles avoient été ôtées parce qu'elles lui avoientdéplu ? que penseroit-on d'une telle excuse ? leurs Seigneuries doivent donc considérer la situation pénible et délicate dans laquelle sir H. Lowe est placé; il est ruiné dans sa forlune et sa réputation si le général Buonaparte s'évade; et s'il n'en fait pas même la tentative, il ne manquera pas de gens qui par une fausse pitié feront un reproche à Sir H. Lowe des restrictions qui peutêtre l'auront prévenue.

go. Il est dit dans le mémoire que la résidence assignée au général Buonaparte est désagréable et insalubre, - Tout ce qu'on peut répondre, c'est que cela ne s'accorde avec aucune description de l'ile, ni de cette maison. Elle étoit auparavant habitée

par

le lieutenant-gouverneur, et ordinairement ces officiers ne choisissent pas le local le plus désagréable et le plus malsain (on rif). Le général Buonaparte en avoit lui-même exprimé une opinion bien différente. A son arrivée à Sainte-Hélène, se promenant avec sir Georges Cockburn, qui étoit autorisé à choisir une résidence, avec la seule exception de la maison du gouverneur, lorsqu'ils arrivèrent à Longwood, Buonaparle en fut si enchanté au premier coup-d'oeil qu'il desira d'y rester, sans même retourner à la ville. On lui dit que la famille du lieutenant-gouverneur ne pouvoit pas quitter cette maison si promptement. Il demanda qu'on y dressât une tente; il lui fut observé que cela incommoderoit beaucoup le lieutenant-gouverneur; mais quela maison seroit évacuéeaussitôt que possible. En s'en retournant, ils passèrent devant une maison bien située, et appartenanle à M. Balcombe, dans Jaquelle il se trouvoit une chambre isolée du reste de l'habitation. Le général Buonaparte exprima le désir d'occuper cette chambre, et malgré tout ce que sir Georges Cockburn put dire pour l'en détourner, il s'y établit. Au bout de deux jours seulement, ses compagnons se plaignirent, et dirent qu'il y avoit de la dureté à loger l'empereur dans une seule pièce. Voilà comment la complaisancede sir Georges Cockhurn fut payée de retour! Il fut fait tant de changemens à Longwood, sur sa demande, tant pour lui que pour sa suite, que le général Buonaparte resta trois mois dans cette chambre. Le fait est qu'il n'aimoit pas de quitter la maison de M. Balcombe, à cause de la facilité des communications avec la wille. Il y étoit circonscrit dans un petit jardin d'où Il ne pouvoit sortir sans garde, et cependant il ne porta aucune plainte. Aujourd'hui qu'il a un circuit de huit milles, dans lequel il peut se promener sans garde, s'il le veut, il se plaint, pour la première fois, des restrictions mises à sa liberté.

A l'époque du départ des prisonniers pour SainteHélène, on fit faire la charpente d'une maison

pour le général Buonaparte. A í'arrivée des matériaux, sir Hudson Lowe écrivit au général pour lui demander s'il vouloit qu'on bâtît une autre maison, ou bien qu'on fit des additions à l'ancienne. Deux ou trois semaines s'étant écoulées sans qu'il reçût aucune réponse, sir Hudson Lowe alla trouver le général pour avoir son option. Le général dit qu'il préféreroit une maison neuve, mais qu'il faudroit cinq à six ans pour la bâtir, et qu'il étoit sûr que dans deux ou trois ans l'administration de ce pays-ci seroit renversée, ou qu'il y auroit un changement dans le gouvernement de France, et que dans l'un ou l'autre cas il seroit délivré. Sir Hudson Lowe n'ayant pu obtenir d'autre réponse, fit commencer des changemens à la maison actuelle. Le général Buonaparte le trouva mauvais, quoique ces changemens eussent pour but de loger sa suite.

10°. Quant à la dépense assignée pour l'entretien du général, avant d'en parler, il est à propos de démentir une assertion qui a été répétée dans le temps par plusieurs journaux : on prétendoit qu'il avoit été décidé au congrès de Vienne que Buonaparte seroit transféré de l'île d'Elbe à l'ile Sainte-Hélène, Une semblable proposition n'a jamais été faite au .congrès, et les bruits qui ont circulé à ce sujet n'ivoient aucun fondement.

La dépense de l'établisement de Buonaparte à Sainte-Hélène a été grande en premier lieu , faute dedispositions préalables pour des approvisionnemens réguliers, mais elle a été réduite lorsqueces dispositions ont pu être faites. Elle avoit été fixée à 8,000 l. st. par an; mais on prévoyoit que la première année coûteroit beaucoup plus. En fixant cette somme, le gouvernement avoit pris pour guide le terme moyen des dépenses du gouverneur de l'ile pendant un certain nombre d'années. Ce gouverneur recevoit 6,500 l. st. Comme le général Buonaparte n'avoit pas les mêmes dépenses de table à faire, on avoit pensé qu'une allouance de 8,000 l. st. pour son établissement étoit fort convenable dans sa situation. Sir Hudson Lowe ayant été consulté ensuite, et ayant été d'avis que l'établissement du général ne pouvoit être entretenu à moins de 12,000 1. st (288,000 fr.), cette somme a été immédiatement allouée. Ceux qui la trouveroient insuffisante doivent songer que Sir Hudson Lowe lui-même n'a que 12,000 I. st. pour toutes les dépenses qu'il est obligé de faire.

Quinze jours après l'arrivée de la lettre ministérielle, Buonaparte entra en négociation avec Sir Hudson Lowe, offrant de se charger de défrayer luimême toute sa dépense, montant à 17 ou 18,000 l., si on lui permettoit de correspondre avec un banquier, pourvu que ses lettres fussent cachetées, l'argent qu'il recevroit ainsi fút entièrement à sa dispo. sition; et il étoit si certain d'avoir cet argent à ses ordres, qu'un jour il offrit de faire une traite, assu

et que

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