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VI.

Déclar. Nous ignorons que personne ait pris le prétexte de nos Articles ou de nos censures pour tourner en dérision le pur amour et la contemplation, comme des chimères extravagantes, ainsi que la lettre le marque.

Rép. On a semé dans Paris et dans les provinces, depuis sept ou huit mois, beaucoup de libelles pour prouver qu'on ne peut aimer Dieu qu'autant qu'il est béatifiant, et que, s'il ne l'étoit pas, on ne pourroit l'aimer. J'ai la plupart de ces écrits, et je suis prêt à les produire, sans vouloir les imputer à personne. M. de Meaux, qui a tant d'autorité parmi les gens de lettres, leur a donné cet exemple, comme on le peut voir dans son livre (1). N'y fait-il pas entendre lui-même que la prévention de certains théologiens a été jusqu'à le blâmer d'avoir admis les suppositions impossibles et les sacrifices conditionnels. « Plusieurs savans hommes, dit-il (3), qui voient ces » suppositions impossibles si fréquentes parmi les » saints du dernier âge, sont portés à les mépriser » et à les blâmer comme de pieuses extravagances, » en tout cas comme de foibles dévotions, où les » modernes ont dégénéré de la gravité des premiers » siècles : mais la vérité ne me permet pas

de con» sentir à leurs discours. » Ce prélat leur oppose saint Clément d'Alexandrie, et l'école de saint Chrysostôme. Mais nous verrons ailleurs qu'il n'a pas

(1) Instr. sur les Etats d'oraison, liv. x, n. 29; OEuvr. de Bossuel, tom. XXVII, p. 450, 451. - (2) Ibid. liv. IX.

toujours suivi cette règle, et que sa doctrine sur l'acte de charité, où il met le motif de la béatitude comme essentiel, rend méprisable ce qu'il a voulu autoriser. En effet, il appelle lui-même, dans Moïse et dans saint Paul, de pieux excès (1), ce qu'il fait nommer par d'autres, de pieuses extravagances (2). C'est le même sens dans des termes un peu

adoucis. Pour l'oraison de simple présence de Dieu, qui est une vraie contemplation, un auteur célèbre de notre temps ("), après l'avoir rabaissée autant qu'il a pu, a donné pour règle absolue aux ames de tout état, de ne s'y appliquer qu'au temps de la journée qu'elles auront de reste après avoir rempli tous les autres exercices, tels que la méditation, les examens et tous les autres actes ordinaires, ce qui est faire de la contemplation le dernier des exercices de la vie intérieure, contre la règle de tant de saints qui l'ont préférée à la méditation pour les ames qui en ont le véritable attrait.

VII.

DÉCLAR. Les choses étant ainsi, et ce livre s'autorisant de notre témoignage, nous sommes contraints de dire ce que nous en pensons. Nous ne venons pourtant à cette extrémité qu'avec douleur, après avoir tenté par toutes sortes d'efforts de fléchir le cæur de notre confrère. Nous ne cédons qu'à une

(1) Instr. sur les Etats d'orais. liv. x, n. 22, p. 437. — (2) Ibid. liv. Ix, n. 3; p. 349.

(*) Cet auteur célèbre est Nicole, dans sa Refutation des principales erreurs des Quietistes, liv. 11, chap. xvi. On peut voir le jugement que Fénélon porte de cet ouvrage à la fin de sa lettre à madame de Maintenon, du 7 mars 1696. (Edit. de Vers.)

extrême nécessité, de peur que quelqu'un ne croie que nous approuvons ce livre, ou, ce qui seroit le plus fâcheux, que notre saint Père le Pape, pour qui nous avons un zèle et un respect très-grand, et à qui nous sommes unis comme à notre chef par le lien indissoluble de la foi, ne croie que nous favorisons en quelque manière une doctrine que l'Eglise romaine rejette.

Rér. Le procédé de ces prélats, dont j'aurois à me plaindre, a été tel, que je ne pourrois espérer d'être cru en le racontant. Il est bon même d'en épargner la connoissance au public. Mais le lecteur peut juger de tout ce qui s'est passé entre nous par les faits suivans, dont personne ne peut douter.

Premièrement, M. de Meaux après m'avoir promis par un écrit, que j'ai envoyé à Rome, de répondre par écrit à mes questions, quand je répondrois de même aux siennes, reçut mes réponses et me refusa ensuite les siennes contre notre arrêté.

2° Les prélats ont rejeté les explications de mon livre

que j'offrois de donner au public. Ces explications étoient celles qui sont contenues dans ma réponse à M. de Chartres, produites à Rome, dans ma lettre pastorale imprimée, et dans la présente réponse à leur déclaration. Ils vouloient que je fisse une rétractation au moins indirecte. Ils ne pouvoient souffrir que je leur proposasse que nous demeurassions en paix, et que nous priassions tous ensemble le Pape de condamner, de corriger, ou d'approuver mon livre.

30 La déclaration m'impute les erreurs les plus

monstrueuses, et dont la seule pensée fait horreur, en changeant presque partout le texte de mon livre, et elle rejette les correctifs les plus évidens en les nommant des contradictions; méthode qui ne laisse aucune ressource aux livres mêmes les plus saints.

On peut juger, par ces faits incontestables, de ceux qu'on ne pourroit croire si je les racontois, sans en avoir des preuves littérales. Les prélats ont rejeté les explications les plus saines et les plus naturelles pour me réduire à une rétractation. Ensuite dès qu'ils ont vu que je ne voulois pas me soumettre à leur tribunal, et que je leur proposois de consulter de concert le Pape, ils se sont hâtés de prévenir son jugement par une censure indirecte, où ils tâchent de me rendre odieux par les accusations les plus outrées et les plus contraires au texte de mon livre: Voilà « l'extrémité où ils ne sont venus qu'avec douleur, » après avoir tenté par toutes sortes d'efforts de flé» chir le coeur de leur confrère. »

VIII.

DÉCLAR. Voici premièrement pourquoi on fit les xxxiv Articles, dont ce livre parle. Il y avoit en ce pays une femme qui par un livre qu'elle avoit fait, intitulé Moyen court, etc. par d'autres semblables livres, et par ses manuscrits répandus, paroissoit le chef de la doctrine des Quiétistes. Elle demanda trois examinateurs pour se soumettre à leur jugement. L'illustrissime auteur fut ajouté pour quatrième. Le dessein qu'on eut étoit de tenir dans des bornes assurées elle et ses sectateurs, et de prévenir toutes ses subtilités par les règles claires et constantes du Symbole de la foi, par l'Oraison dominicale, par la doctrine de l'Ecriture, de la tradition, et des auteurs spirituels; enfin d'indiquer les propositions condamnées par les conciles ou par le siége apostolique, ou en ellesmêmes, ou dans ceux qui ont été la source de ces erreurs. Voilà le but et le dessein de nos Articles et de nos censures. Les choses suivantes feront voir si le livre dont il s'agit étend et explique seulement nos Articles et nos censures, ou bien s'il les renverse.

Rép. Voici les faits tels qu'il se sont passés Je n'ai point été le quatrième examinateur de la personne dont parlent les prélats. Je n'ai point eu de part à leurs censures ; j'en ai eu aux xxxiv Articles, je les ai dressés avec eux, et je crois les avoir expliqués dans mon livre, sans m'en être écarté en aucun point.

IX. DÉCLAR. Ce livre détruit l'espérance vertu théologale, et hors de l'état de grâce, et dans l'état de grâce pour les parfaits. Hors l'état de grâce, quand il dit qu'avant la justification on aime Dieu d'un amour d'espérance, en sorte que dans cet amour celui de soi-même, savoir, de son propre intérêt et de sa propre félicité, domine comme motif principal, et prévaille sur le motif de la gloire de Dieu (1). D'où il s'ensuit que l'espérance ainsi appuyée sur le motif créé ou intérêt propre, n'est pas une vertu théologale, , mais un vice.

Rép. Pourquoi confondre l'acte d'espérance avec l'état habituel de l'ame qui espère? Il est évident que

(1) Max. des Saints, p. 4, 5, 14.

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