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» fin l'ame loin de consentir positivement à haïr Dieu » ne consent pas même indirectement à cesser un » seul moment de l'aimer (1). »

Quelque effort qu'on fasse pour me dépeindre comme capable des, plus extravagantes contradictions, persuadera-t-on aux lecteurs équitables et attentifs, que j'ai voulu qu'on désirât sa réprobation, parce que je veux qu'on ait des désirs généraux pour toutes les volontés de Dieu inconnues ? Prétendrat-on que je veux faire désirer leur réprobation aux ames, lorsque je veux que le directeur ne leur permette pas même de la croire? Pensera-t-on que je veux qu'une ame désire en même temps sa réprobation, et ne consente pas même indirectement à cesser un seul moment d'aimer Dieu? Dira-t-on que je veux qu'elle désire d'être damnée, et qu'en même temps elle désire pleinement son salut et toutes les promesses? Enfin, veut-on dire que la réprobation des hommes vient d'une volonté positive ? Pour moi, je ne la crois fondée que sur la volonté de permission de notre impénitence finale. Or est-il que j'ai dit que la volonté de permission n'est jamais notre règle. Donc on ne peut m'imputer d'avoir voulu qu'on prît pour règle de ses désirs la volonté de notre réprobation, sans renverser mes principes et mes paroles formelles.

XX.

DÉCLAR. Pour établir ces choses, le livre semble s'appuyer sur cet Article qu'il faut désirer et demander le salut comme une chose que Dieu veut (2).

(1) Max. Art. 2, p. 91, 92. — () Art. d'Issy, v.

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n'est que

Rép. J'ai déjà répondu par avance à cet Article. Je n'ai jamais voulu qu'on fût indifferent sur le salat, mais seulement sur l'intérêt propre, très-différent du salut, et que deux des trois prélats ont distingué du salut, en approuvant le Père Surin, et le Frère Laurent. Cet intérêt propre

la satisfaction d'un amour naturel de nous-mêmes ; ce sont les restes de l'esprit mercenaire, comme je l'ai dit expressément, page 21. J'ai parlé sur le désir du salat, non-seulement comme notre cinquième Article, mais encore comme le livre de M. de Meaux, qui ne rend jamais d'autre raison du désir du salut, que la volonté de Dieu qui veut que nous le voulions. Devroiton m'imputer une doctrine si horrib}e quand on ne peut la trouver dans mon livre; quand j'enseigne formellement le contraire dans la même page 54, qu'on cite contre moi; enfin quand je condamne l'indifférence sur le salut,

« comme une extinction du » christianisme et de l'humanité, ne pouvant trou» ver de termes assez odieux pour qualifier une ex» travagance si monstrueuse (1). >>

Si j'ai dit qu'il falloit lever l'équivoque, ç'a été pour prémunir les ames contre l'illusion, lorsqu'elles lisent, par exemple, dans saint Clément que le gnostique ne s'attache point à la gnose pour vouloir étre sauvé ; dans saint Grégoire de Nysse que le juste parfait méprise la récompense, etc.; dans saint François de Sales, que « le désir de la vie éternelle est » bon, mais qu'il ne faut désirer que la volonté de » Dieu (2); » et dans Rodriguez, que « quelques

(1) Max. art. vi, p. 59, 60. (1) Entret. xvii, p.424, édit de Lyon.

» grands saints... ne se soucioient pas de leur propre » béatitude (1). » N'est-il pas important de lever cette équivoque, et de montrer que ces expressions des saints n’excluent que les désirs intéressés ou mercenaires, en la manière que je l'ai expliqué?

Pour les négations dont on se plaint, j'ai déjà montré qu'elles sont sans cesse dans les ouvrages des Pères, des saints contemplatifs, et même des auteurs approuvés par les trois prélats (2); qu'enfin leur véritable sens est très-catholique, et très-nécessaire. La béatitude, il est vrai, est bonne en soi : ainsi c'est parce qu'elle est bonne en elle-même, que Dieu, qui nous aime et qui veut que nous nous aimions, nous commande de la vouloir. Celui qui est bon et qui nous aime, nous prépare ses dons à cause de leur bonté : mais toute la bonté de la beatitude ne pourroit nous la faire désirer, si nous ne nous aimions pas; et quand nous ne nous aimons plus que dans l'ordre de la charité, c'est-à-dire, qu'en Dieu et pour Dieu, comine M. de Meaux le veut (3), nous ne pouvons alors nous désirer la beatitude que comme nous nous aimons; c'est-à-dire pour nous conformer à l'ordre de Dieu dans ses promesses gratuites.

Encore une fois la négation exclut, non la bonté de l'objet ni sa vertu excitante, mais le désir qui viendroit de tout autre amour de nous-mêmes que de celui qui est commandé de Dieu dans le précepte de la charité, et qui est inspiré par sa grâce, pour l'accomplissement des promesses gratuites.

(1) Traite' de la conform. à la vol. de Dieu, ch. Axxi; p. 639. – (a) Voyez ma Leltre pastorale, ci-dessus, p. 225 et suiv. (3) Instr. sur les Etats d'orais. liv. 111, n. 8, déjà cité,

J'ai déjà répondu aux deux nombres suivans de la Déclaration, dans la réponse que j'ai faite ci-dessus à celui qui commence ainsi : On peut rapporter aussi au même chef (1).

XXI. DÉCLAR. De cette indifférence, enseignée dans tout le livre, il résulte que dans les extrêmes épreuves l'ame est invinciblement persuadée qu'elle est réprouvée de Dieu ; qu'en cet état le sacrifice, qui est d'ordinaire conditionnel, devient aussi absolu, le cas impossible paroissant non-seulement possible, mais réel et actuel.

J'omets ici les deux dernières lignes de cet Article de la Déclaration, pour les joindre ci-après à l'Article xxii, qui regarde la même difficulté.

RÉP. Les erreurs de fait, dont cette accusation est pleine, m'étonnent et m'affligent.

Les trois prélats m'imputent d'enseigner une véritable et invincible persuasion de l'ame sur sa réprobation éternelle ; et il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour lire précisément le contraire dans mon livre. J'ai dit que cette persuasion n'est point du fond intime de la conscience, et que l'impression de désespoir est involontaire (-). Ce qui est involontaire ne peut jamais être un véritable désespoir; car le désespoir étant le comble de l'impiété, il ne peut jamais être réel sans le consentement libre de la volonté. J'ai ajouté que ce n'est qu'une conviction qui n'est pas intime, mais apparente (3) : ce n'est donc qu'une

(1) Voyez ci-dessus, n. xiv, p. 331. - (-) Max. art. x yrai, p. 89 et 90. — (3) Ibid.

p.

88.

de apparence de conviction réelle. Je l'ai appelée une

espèce de persuasion : ce qui prouve que ce n'est pas une persuasion proprement dite. J'ai déclaré

que « l'ame ne perd que le goût sensible du bien, que » la ferveur consolante et affectueuse, que les actes » empressés et intéressés des vertus, que la certitude

qui vient après coup et par réflexion intéressée » pour se rendre à soi-même un témoignage conso» lant de sa fidélité (1). » En admettant la conviction apparente qui n'est qu'une apparence de conviction, et par conséquent une imagination et non une conviction réelle, j'ai ajouté que « l'ame ne perd que » le témoignage intéressé sur sa perfection; qu'elle » ne perd point le désir désintéressé des promesses ; » que la plus rigoureuse épreuve ne va qu'à lui ôter » tout soutien aperçu, et à ne laisser aucune res» source à l'intérêt propre (); et que le directeur ne » doit jamais ni lui conseiller ni lui permettre de » croire positivement par une persuasion libre et vo» lontaire qu'elle est réprouvée, et qu'elle ne doit » plus désirer les promesses (3). » J'ai condamné dans le faux, ceux qui diroient qu'on peut croire qu'on est abandonné de Dieu, qu'il n'y a plus de miséricorde pour nous, et qu'on peut cesser de la désirer sincèrement (4). Je demande qu'est-ce qu'on pourroit ajouter à ces précautions pour empêcher qu'on ne confonde l'impression de désespoir avec le désespoir, et la conviction apparente avec la réelle ?

Quand la bienheureuse Angèle de Foligny, dont M. de Meaux rapporte les paroles, appeloit la mort

(1) Art. 1x vrai, p. 81 et 82.-- (2) Art. svi vrai, p. 138. — (3) Art. s yrai, p. 92. -- (4) Pag. 93.

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