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fédération. La Diète vous demande de grands sacrifices, mais dans un but mille fois plus grand encore; des efforts tels que depuis plusieurs années il n'en a pas été fait en Suisse, mais jamais les circonstances ne furent aussi graves ni aussi urgentes. Soyez en bien convaincus et donnez à la Patrie ce qu'elle vous demande.

Le système de la Diète, et les ordres qu'elle a donnés au Commandement Militaire, ont pour objet la sûreté et la défense de la Suisse. Ce système embrasse les anciennes frontières de la Confédération, et dès-lors aussi les Contrées dont la restitution nous a été promise par les Hautes Puissances Alliées, en suite du Traité de Paris. La justice l'autorise, la nécessité l'exige, car sans cette ligne de défense, il n'y a ni sûreté ni frontières pour la Suisse.

Confédérés ! Vous connaissez maintenant votre situation, et les vues qui nous dirigent. La Diète a besoin de votre appui; Elle compte sur votre confiance; Elle s'efforcera de la justifier. Veuille le Dieu tout puissant bénir nos légitimes efforts, et nous conserver notre Patrie! Donné à Zurich, le 24 Mars, 1815.

Au nom de la Diète Fédérale de la Suisse :

Le Bourgmestre du Canton de Zurich,-Président,
(L. S.) D. DE WYSS.
YSS.
Le Chancelier de la Confédération,

MOUSSON.

CORRESPONDANCE entre les Plénipotentiaires des 4 Cours Alliées et la Diète Suisse, relative à l'Accession de la Suisse au Traité d'Alliance du 25 Mars, 1815, contre Bonaparte.-Zurich, Mai, 1815.

(1.)-Les Plénipotentiaires des 4 Cours Alliées à la Diète Suisse. Zurich, le 6 Mai, 1815.

Au moment où Buonaparte reparut en France, la Suisse entière par une volonté unanime et spontanée prit les armes pour protéger ses Frontières, et pour repousser les désordres de toute espèce dont l'Europe est menacée par le retour de cet Usurpateur.

Cette mesure, qui mit dans un si beau jour l'énergie de la Diète et la sagesse de ses conseils, fut d'accord avec le mouvement de toute l'Europe, qui vit avec applaudissement le Peuple le plus voisin du danger, se prononcer sans hésitation sur les évènemens dont la France était le théâtre, et proclamer d'honorables principes, en repoussant les avances que le prétendu Gouvernement de ce Pays a faites à tons les Etats, et qui partout ont été rejetées avec indignation.

Ainsi, dans cette crise inattendue et sans exemple, la Confédération, guidée par son antique loyauté, se plaça d'elle-même dans le système

Européen, et embrassa la cause de l'ordre social et du salut des Peuples. Elle sentit qu'aussi longtems que le foyer, qui venoit de se rallumer en France, menacera d'infecter et de bouleverser le Monde, ces inestimables avantages, dont les Puissances se plaisent à voir la Suisse jouir dans toute leur plénitude,-sa prospérité,-son indépendance, sa neutralité,-ne sont que des biens précaires, abandonnés aux attaques de ce pouvoir illégal et destructeur, qu'aucun frein moral ne peut arrêter.

Unies par un même vœu, celui de le détruire sans retour, les Hautes Puissances assemblées au Congrès de Vienne ont consigné dans le Traité du 25 Mars, leurs principes, et les engagemens qu'elles prennent pour les soutenir.

Tous les autres Etats de l'Europe ont été invités à y adhérer et se sont hâtés de répondre à l'invitation. Le moment est donc venu où les Augustes Monarques, dont les Soussignés ont à remplir ici les ordres, s'attendent à ce que la Diète, en recevant cette Communication Officielle, s'empressera d'adhérer dans une forme directe et authentique aux mêmes principes, et de fixer de concert avec les Soussignés, les mesures qui pourront devenir nécessaires pour faire face au danger

commun.

Tout en s'attendant à ce que la Suisse, unie d'intention avec elles, n'hésitera point à se déclarer armée pour un même but, et rangée sur la même ligne politique, les Puissances sont loin de lui proposer des efforts autres que ceux qui s'accordent avec ses facultés et les habitudes de ses Peuples. Elles respectent le systême militaire d'une Nation, qui, exempte d'ambition, n'a de troupes que pour défendre son indépendance et sa tranquillité. Elles connoissent le haut prix que la Suisse attache à la conservation du principe de sa Neutralité; et ce n'est pas pour y porter atteinte, mais uniquement pour accélérer l'époque où ce principe pourra s'appliquer d'une manière utile et permanente, qu'elles engagent la Confédération à prendre une attitude et des mesures d'énergie proportionnées aux circonstances extraordinaires du moment, mais sans conséquence pour l'avenir.

C'est d'après ces bases que les Soussignés ont reçu de leurs Cabinets respectifs des Instructions nécessaires pour déterminer, par une transaction qui ne pourra qu'être agréable à la Suisse, les rapports qui constitueront son accession à la sainte cause qu'elle a épousée; et ils ont l'honneur d'inviter la Diète à nommer sans délai des fondés de pouvoir pour traiter cet objet avec eux. En s'imposant à euxmêmes les plus immenses sacrifices, les Monarques Alliés ne demandent à la Suisse que ceux qu'elle ne peut se dispenser de faire, dans une crise où il y va de ses plus chers intérêts; et pour alléger le poids de ses efforts par la vigoureuse defense de ses Frontières, ainsi que pour en garantir l'effet, ils se proposent encore de tenir à sa portée de tels

secours que les opérations générales de la guerre pourront leur permettre de destiner à cet objet.

Ils désirent ainsi d'entretenir parmi cette Nation, objet de leur affection particulière et de leur estime, les sentimens d'attachement, de confiance et de gratitude, auxquels ils croient avoir de justes titres, et qu'ils auroient à cœur de fortifier par une attention particulière à la sureté et aux intérêts de la Suisse à l'époque d'une pacification générale.

Les Soussignés renouvellent, &c.

S. E. Mons, le Président,

et Mess. les Députés à la Diète.

CHAMBRIER.
STRATFORD CANNING.
KRUDENER.

SCHRAUT.

(2.)-La Diète Suisse aux Plénipotentiaires des 4 Cours Alliées. Zurich, le 12 Mai, 1815.

Au moment d'une nouvelle Révolution en France, la Suisse, frappée des dangers de sa position, a pris avec promptitude et énergie toutes les mesures de sureté qu'exigeoit la gravité des circonstances. La Diète a proclamé les motifs et le but de ces armemens; elle a évité toutes communications avec le Chef du Gouvernement François, et refusé de le reconnoître.

De cette conduite leurs Excellences les Ministres des Puissances Alliées inférent avec raison que la Suisse, unie d'intérêts comme d'intentions avec les autres Etats, doit aussi s'opposer de tous ses moyens, à un pouvoir qui menace la paix et la tranquillité, l'indépendance et les droits des Nations. Telles sont, en effet, les résolutions de la Diète; les rapports qu'elle soutient avec les Hautes Puissances Alliées, et avec elles seules, ne laissent aucun doute sur ses vues ni sur ses intentions. Elle y persévérera avec la fidélité qui fut toujours un trait honorable du caractère Suisse.

Vingt-deux petites Républiques unies pour leur sureté et le maintien de leur indépendance, doivent chercher leur force nationale dans le principe même de leur fédération. Ainsi le veut la nature des choses, la situation locale, la constitution, le caractère du Peuple Suisse. La neutralité reconnue en sa faveur comme base de ses rela tions futures avec tous les Etats, en est la conséquence. De là résulte aussi que dans la grande Lutte qui se prépare, l'accession la plus efficace de la Suisse consiste nécessairement dans la défense énergique de ses frontières. En restant sur cette ligne, elle ne s'isole pas de la cause des autres Puissances; elle l'embrasse au contraire d'autant plus sincèrement et la sert d'autant plus utilement, que cette Cause devient plus immédiatement la sienne propre.

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Envisagée en elle-même, la défense d'une Frontière de 50 lieues, servant de point d'appui aux mouvemens de 2 Armées, est non seulement une co-opération très-réelle, mais éminemment importante. 30,000 hommes et même davantage seront employés à ce but. La Suisse décidée à soutenir ses efforts, croit pouvoir attendre en retour de la bienveillance des Puissances, qu'aussi longtems qu'elle ne démandera pas elle-même des secours, leurs Armées respecteront son territoire. Des assurances sur ce point sont surtout nécessaires pour tranquilliser le Peuple et l'engager à supporter avec courage le fardeau d'un armement aussi considérable.

La Diète croit avoir satisfait par ces explications à l'attente de leurs Excellences, en même tems qu'elle témoigne sa confiance dans la justice et la générosité des Monarques, qui dernièrement encore ont pris tant d'intérêt aux destinées de ce Pays, et se sont acquis de nouveaux titres à sa reconnoissance. S'il s'agit maintenant d'établir plus précisément, dans le sens des principes énoncés ci-dessus, les rapports politiques de la Confédération avec les Puissances Alliées, durant la guerre actuelle, et de stipuler en même tems les conditions de son systême défensif, la Diète est prête à entendre des ouvertures à ce sujet. Elle a chargé Messieurs le Bourgmaitre de Wyss, l'Avoyer de Mulines, et le Bourgmaitre Wieland, de traiter avec leurs Excellences de ces deux objets inséparables par leur nature, en réservant toutefois aux Cantons le droit d'en connoître définitivement, et de donner force à une transaction par leur ratification Constitutionnelle.

Les Plénipotentiaires des 4 Cours Alliées.

DE WYSS.
MOUSSON.

DISCOURS du Président de la Diète Suisse, prononcé le jour de la prestation du Serment au nouveau Pacte Fédéral.— Zurich, le 7 Août, 1815.

(Traduction.)

TRES-HONORES MESSIEURS! CHERS ET FIDELES ALLIES ET CONFEDERES! AMIS ET FRERES !

LE Fils d'un respectable Vieillard mort depuis peu, qui présidait, il y a près de 18 ans, la Diète Suisse, lorsque les Confédérés jurèrent, pour la dernière fois, à la face du Ciel, l'antique alliance de leurs Pères, est appelé aujourd'hui à l'honneur d'ouvrir, dans ce temple sacré, dans cette heureuse réunion plus nombreuse encore de Confédérés et de Frères, la prestation solemnelle du Serment au nouveau Pacte Fédéral; mon âme, pénétrée d'émotion, d'admiration et de gratitude, adore les dispensations de la Providence envers notre chère Patrie,

sauvée miraculeusement, au milieu de vicissitudes, dont la destinée même extraordinaire d'un seul Homme, ne pourrait donner qu'une bien faible idée.

Bientôt après cette Fête Nationale de l'ancienne Suisse, triste présage de ses malheurs, la noble alliance de la liberté, qui, durant des siècles, fut le rocher de salut de nos Pères, tombait sous la main de fer des révolutions et n'offrait plus aux yeux que de tristes débris. Ebranlée par de malheureuses passions politiques, notre Patrie, après quelques combats partiels, où le sang des Suisses ne fut pas répandu sans gloire, succomba sous les coups d'un Ennemi trop puissant et subit le joug de l'oppression. Ensuite les Armées des grandes Nations de l'Europe firent de cette terre, si longtems paisible, le théâtre de leurs combats. Aux charges inévitables de la Guerre s'unit l'esprit de destruction intérieure pour tarir toutes les sources de l'aisance publique et particulière, et dans plusieurs Cantons les Institutions bienfaisantes des anciens tems furent menacées d'une ruine totale. D'obscures ou fausses idées de liberté innée et d'égalité entre les hommes, égarèrent les esprits de la multitude, et ne furent que trop souvent un masque commode dont se couvraient de honteuses passions. C'est en vain que les formes constitutionnelles et les loix changeaient, au gré du caprice ou de l'intérêt versatile des hommes avides, qui, dans un grand Etat voisin, alors livré à l'anarchie, s'étaient partagé le pouvoir. L'ami sincère de son Pays, celui qu'animait encore l'espérance de pouvoir opérer quelque bien au milieu de ces orages politiques, forcé de faire de douloureux sacrifices à l'intolérance de l'esprit du tems, devait en quelque sorte oublier les maximes, les mœurs, les affections Nationales, pour encenser les idoles trompeuses de l'ambitieux Etranger. C'est ainsi que, durant plusieurs années, notre bonne Patrie devint une déplorable arène de l'esprit de parti; ses Enfans aveuglés, exaspérés, implacables dans leurs erreurs, se persécutaient entr'eux; et lorsqu'enfin le sentiment National de l'ancienne Suisse Fédérative semblait avoir triomphé du systeme d'un unité odieuse, l'Homme puissant, qui dominait alors la France, prononca un Arrêt décisif; l'Acte de Médiation parut.

Des hommes sages, fidèles, et dévoués à la Confédération, exercèrent, plus qu'on n'aurait osé l'espérer, une influence salutaire sur cet important ouvrage. L'incorruptible histoire, en traçant le tableau sanglant des faits d'un Conquérant, dont l'ambition ne connut point de bornes, marquera, d'un burin plus adouci, sa médiation et les ménagemens qu'il observa dès-lors envers la Suisse si longtems maltraitée. La Constitution garantie par lui, valut à notre Patrie 11 années de paix, qui, malgré les exigeances multipliées et les charges toujours plus onéreuses auxquelles elle dut se soumettre, peuvent encore passer pour des années de bonheur, lorsqu'on les compare aux calamités sans nombre, qu'il fit peser sur tant d'autres Peuples.

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