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RÉPONSE

A QUATRE LETTRES

DE MONSEIGNEUR

L'ARCHEVÊQUE DUC DE CAMBRAI.

ONSEIGNEUR,

J'ai vu quatre lettres que vous m'avez adres- I. sées, et j'ai admiré avec tout le monde la fertilité Sur les con

tradictions. de votre génie, la délicatesse de vos tours, la vivacité et les douces insinuations de votre éloquence. Avec quelle variété de belles paroles représentezvous « qu'on vous fait rêver les yeux ouverts (1) », et qu'au reste il n'est pas permis de vous accuser « de si grossières contradictions, sans avoir » prouvé juridiquement que vous avez perdu » l'usage de la raison (2) »?

Vous poussez la plainte jusqu'à dire (3): « Si » je suis capable d'une telle folie, dont on ne » trouveroit pas même d'exemple parmi les in» sensés qu'on renferme', je ne suis pas en état » d'avoir aucun tort, et c'est vous qu'il faut blâ>> mer d'avoir écrit d'une manière si sérieuse et » si vive contre un insensé ». Quelle élégance

(1) 1. lett. p. 46. - (2) Ibid. p. 14.

(3) Ibid. p. 18.

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dans ces expressions! quelle beauté dans ces figures! mais après tout, on ressent que des preuves de cette nature dans un point de fait, où il s'agit de savoir si vous vous êtes contredit ou non, ne peuvent être qu'éblouissantes, et qu'il en faut revenir à la vérité. N'est-il pas vrai, Monseigneur, que vous avez dit dans l'art. IV: « Dieu veut

que » je veuille Dieu, en tant qu'il est mon bien, mon » bonheur, et ma récompense (1) »? et n'est-ce pas vous-même qui dites encore dans l'article v, et très-peu

de pages après : « Il est vrai seulement » qu'on ne le veut pas, en tant qu'il est notre » récompense, notre bien, et notre intérêt (2) ».

Je sais que vous répondez que dans le premier passage vous parlez de Dieu, et dans l'autre du salut (3): subtilité merveilleuse; comme si le salut étoit autre chose

que

Dieu voulu comme son bien, son bonheur et sa récompense, ou qu'on pût ne pas aimer le salut comme notre réconpense, comme notre bien, sans cesser d'aimer Dieu sous ces titres ? Je sais encore, que vous répondez qu'il s'agit du sens que vous donnez à saint François de Sales (4). Mais permettez-moi de le dire : vous donnez le change : ce n'est pas saint François de Sales; c'est vous-même qui dites ici (5): « Il est vrai qu'on ne le veut pas, en tant » qu'il est notre récompense, notre bien, notre » intérêt ». Vous alléguez saint François de Sales en preuve de votre discours, quoiqu'il n'ait rien dit de semblable. Mais enfin, c'est vous qui par

(1) Max. des SS. p. 44. - (2) Ibid. p. 54. — (3) Rep. à la décl. art. 15, p. 36.-(4) Ibid. p. 36, 37.-(5) Max. des SS. p. 54.

lez : ce qu'on veut dans la page 44, c'est cela même qu'on ne veut point dans la page 54. Avouez la vérité, Monseigneur; on aimerait mieux s'être expliqué plus précisément, et employer son esprit à bien définir ses mots pour parler conséquemment, que de les tordre après coup pour se sauver comme on peut. Mais quoi; les contradictions sont un accident inséparable de la maladie qu'on appelle erreur, et de celle qu'on appelle vaine et fausse subtilité; la prévention demande une chose, la vérité en présente une autre : on avance des choses subtiles et alambiquées qui ne peuvent point tenir au coeur, et dont aussi on se dédit naturellement: quiconque est attaqué de ces maladies, quoi qu'il fasse , il ne peut jamais éviter de se contredire; car celui qui erre, il faut qu'il en vienne à un certain point où il est jeté nécessairement dans la contradiction. Quand saint Paul a dit des faux docteurs, « qu'ils n'entendent ni ce » qu'ils disent, ni de quoi ils parlent si affirma» tivement (1) »: quand il a dit que la fausse science est pleine de contradictions, qui est un des sens de cette parole, où il établit les oppositions. de la science faussement nommée (2): quand il a dit que l'homme hérétique, sans vouloir donner ce nom à celui qui se soumet, et en l'appliquant seulement à celui qui se trompe dans la foi, se condamne

par son propre jugement (3); et qu'enfin tous ceux qui s'opposent à la vérité, après avoir durant quelque temps, par un malheureux (1) 1. Tim. 1. 7.—() Ibid. vi. 20.

(3) Tit. III. lib

de spé

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progrès, erré et jeté les autres dans l'erreur, c'est-
à-dire après avoir ébloui le monde par
cieux raisonnemens et par une éloquence sédui-
sante, cesseroient d'avancer, parce que leur folie
seroit connue de tous (1): l'apôtre ne vouloit pas les
faire lier, ni prouver juridiquement qu'ils avoient
perdu la raison, et qu'il les falloit interdire. Il
vouloit seulement nous enseigner qu'il y a une
lumière de la vérité qui se fait sentir jusque dans
l'erreur ; que l'erreur ne peut s'empêcher de se
contrediré, de se condamner elle-même; qu'il y
a une espèce d'égarement et de folie, que j'espère
vous voir éviter par votre soumission, mais qui
malgré vous sê trouverá dans votre doctrine
comme dans toute autre où la vérité sera com-
battue.

Cependant vous plaidez la cause de ces errans que saint Paul condamne par eux-mêmes. Ils n'ont qu'à dire qu'ils ne sont pas des insensés, pour fermer la bouche à l'apôtre et à quiconque se servira de sa méthode pour la conviction de l'erreur : prouvez-moi qu'il faillé me renfermer, qu'il faille du moins m'interdire, ou bien je détruirai tous vos argumens par la seule réputation d'homme d'esprit, que vous n'oseriež me contestér.

Mais cette réputation d'avoir de l'esprit, loin d'excuser ces grands esprits qui se précipitent éux-mêmés et qui précipitent les autres dans l'erreur'; au contraire, c'est ce qui les perd. « Les

(s) Tit, ill. O

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