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Toutes les sciences sont les rameaux d'une même tige. »

BACON.

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REVUE

ENCYCLOPÉDIQUE.

POLITIQUE.

SUR LES PRÉTENDUES DOCTRINES DE 93.

Tandis que notre active jeunesse cherche, dans l'étude de la révolution, des moyens d'améliorer la condition du peuple, c'est un 'triste spectacle que de voir les représentans du passé fouiller aussi dans nos annales, mais pour en faire mentir les enseignemens au profit de doctrines éteintes, et pour raviver des passions et des haines aujourd'hui sans objet. Cette tendance n'a cependant rien qui nous étonne : c'est celle de tout parti à qui le présent échappe et qui n'a pas de place dans l'avenir. Dans une telle position on vit forcément au jour le jour, tout préjugé qui se prolonge, toute erreur qui s'accrédite, paraissent un bien, car ils peuvent marquer un tems d'arrêt dans le mouvement de l'humanité, et les rétrogrades ne désirent rien de plus.

Parmi les moyens qu'on emploie pour entraver la marche des esprits, le plus ancien et le plus productif est, sans contredit, la propagation du préjugé qui confond la démocratie avec la terreur , et qui, comme conséquence de toute tentative de progres, fait redouter une anarchie effrénée, second tome de la crise de 93. Préjugé honteux, adopté aujourd'hui par des hommes qui l'avaient autrefois combattu avec talent (1)! préjugé absurde, cent fois réfuté, mais dont il faut s'occuper encore, puisqu'il a encore des conséquences de despotisme et de sang! Qu'on se rappelle , en effet, l'empressement avec lequel l'intérêt réactionnaire a exploité l'apparition du bonnet rouge dans les troubles de juin!

C'est une tâche rebutante, sans doute , que la répétition d'une vérité devenue, pour tous les bous esprits, une espèce de lieu commun. Cependant cette tâche devient un devoir , lorsqu'une foule d'habiles sophistes reproduisent avec ténacité les mêmes erreurs, et ne trouvent que trop d'échos dans les ignorances timorées et dans les intérêts cupides. Examinons donc encore une fois les continuelles évocations d'un fantôme que l'aristocratie se complaît à rendre effrayant.

Et d'abord, serait-il vrai qu'il existåt, aux limites extrêmes de l'opinion démocratique, un' parti terroriste, voyant dans l'anarchie un but, dans les violences un plaisir, dans 93 l'état normal de la société? serait-il vrai que cette étrange école se fût perpétuée jusqu'à nous, et que la génération sur laquelle repose notre avenir, imbue de ses doctrines sanglantes, ne désirât la république que pour rendre l'échafaud permanent, et ne comprît le progrès que dans une marche rétrograde de quarante années? Voilà cependant ce qu'on affirme, avec assurance, à la tribune et dans les journaux; mais heureusement l'assertion contient en elle-même la preuve de son absurdité.

En effet, le caractère distinctif des hommes de notre génération qui professent les idées démocratiques, et parmi lesquels

(1) Tout le monde a lu les ouvrages de MM. Thiers et Mignet. Moins connu qu'eus, M. Bailleul, déserteur de la même cause, a exposé avec plus de bonheur peut-être le véritable caractère de la terreur. Nous renvoyons pour plus de développemens à l'ouvrage de ce publiciste du juste-milicu.

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