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Nous assistons à un spectacle bien triste pour ceux qui portent encore dans leur cæur le chaste culte des études historiques.

L'école de la restauration avait mis vingt ans à faire renaître, sous la direction d'intelligences élevées, telles que MM. de Châteaubriand, Guizot, de Barante, Villemain, le goût des recherches sérieuses, c'est-à-dire l'histoire exacte par les pièces, par l'érudition, comme les bénédictins l'avaient comprise, en lui imprimant l'esprit de généralisation et de philosophie qui est le type et le don de notre époque.

A cette manière large, forte, imposante de voir les faits, succède aujourd'hui ce que j'appellerai l'école de la fantaisie historique, qui professe un dédain superbe pour les documents authentiques : qu'est-ce qu'une pièce diplomatique à côté du sens humanitaire de la grande histoire? · Cette démolition de la vérité, de la certitude historique, avait coniffencé par les romans et les pièces de théâtre; nul ne pouvait s'en plaindre: le titre de roman du de drame étant l'excuse des poëtes, ils annonçaient d'avance qu'ils livraient les faits et les caractères au caprice de leur génie. La conception était-elle gracieuse, amusantë, drámatique? c'est tout ce qu'on pouvait leur demander dans le programme qu'ils devaient remplir.

Maintenant de domaine de l'invention s'agrandit; ces sortes de livres prennent le titre grave d'histoire; nés de la fantaisie, ils ont la prétention de se substituer à la certitude des faits et des documents. Tout ce que nous croyons la vérité, tout ce que les archives gardent ou préservent comme actes authentiques, sont laissés à la petite histoire, à la nôtre vraiment. Avons-nous compris le sens humanitaire des générations, nous qui n'avons pas déifié le peuple, embelli Danton et Marat, innocenté le 2 septembre ou le 21 janvier, exalté Camille Desmoulins, ce jeune homme si intéressant et si sensible? Guillotine, massacres, sont de tits jeux de peuple, de ce pauvre peuple méconnu et trompé, et de ces gracieuses dames de la halle, à qui est la gloire du 14 octobre. Il ne suffit pas que ces furies aient stigmatisé de leurs ongles la noble reine de France, les belles princesses de Lamballe et de Polignac; il leur fallait un his

pe

torien, un admirateur qui insultât jusqu'au divin sourire de Marie-Antoinette.

Au simple point de vue littéraire, ces æuvres sont déjà un malheur; tout ce qui bouleverse la vérité afflige les esprits graves; mais ce qui est plus déplorable encore, c'est le mal profond, irremediable, que ces productions préparent et développent dans la société.

Je sais qu'on dit à cela : La génération est tellement blasée, tellement saturée, que ces æuvres de fantaisie sont lues par curiosité, comme des poëmes épiques ou des romans; elle accueille en souriant ces œuvres d'artistes ni plus ni moins que tères de Paris ou le Juif errant. Je réponds que, si cette observation est vraie pour la partie éclairée et sérieuse de la société, qui prend ces ouvrages pour ce qu'ils sont, il n'en est pas ainsi des masses. A ce peuple, quelle éducation lui faites-vous? Vous

les Mys

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