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du soldat français. » Il retint, ce jour là, le colonel Campbell à déjeûner , et lui parla de la guerre d'Espagne; loua beaucoup la nation anglaise et le lord Wellington, et ensuite il s'entretint, en la présence du lord , et sans égard pour lui , avec le colonel de la Place, son officier d'ordonnance, sur la dernière campagne. « Sans cet animal de général, dit-il, qui m'a fait accroire que c'étoit Schwartzenberg qui me poursuivoit à Saint-Dizier , tandis que ce n'étoit que Wintzingerode ; et sans celte autre bête qni fut cause que je courus après à Troyes , où je comptois manger quarante mille Autrichiens, et n'y trouvai pas un chat ; j'eusse marché sur Paris, j'y serois ar+ rivé avant les alliés, et je n'en serois pas où j'en suis; inais j'ai toujours été mal entouré; Et puis ces flagorneurs et lâches de préfets qui m'assuroient que la levée en masse se faisoit avec le plus grand succès ; enfin, ce traître de Marmont, qui a achevé la chose..... Mais il y a encore d'aulres maréchaux tout aussi malintentionnés, entre autres Suchet, que j'ai, au reste toujours connu, lui et sa femme, pour des intrigans. » Il parla encore long-temps des torts et de la lâche conduite du sénat envers la France et envers lui. Ce jour là Napoléon arriva à Nevers, où se trouvoient les derniers détachemens de la garde impériale; ils l'escorièrent

encore jusqu'à Villeneuve sur Allier ; et dès lors Napoléon ne trouva plus que des corps de Cosaques et Autrichiens destinés à l'escorter. Il refusa d'être accompagné par les soldats étrangers, pour n'avoir pas l'air d'un prisonnier d'état, et dit: Vous voyez bien que je n'en ai aucunement besoin. Il passa la nuit à Beaune, et partit le 23 à neuf heures du matin. Le colonel Campbell partit de Lyon en avant, pour aller chercher à Toulon ou à Marseille une frégate anglaise qui pât, d'après le veu de Napoléon , le conduire dans son île. Le 24, Napoléon rencontra , près de Valence, le maréchal Augereau. Napoléon et le maréchal des cendirent de voiture ; Napoléon ôta son chapeau et tendit les bras à Augereau , qui l'em brassa , mais sans le saluer. vas-tu comme ça? lui dit Napoléon en le prenant par le bras, tu vas à la cour? Augereau répondit que pour le moment il alloit à Lyon : ils marchèrent près d'un quart-d'heure ensemble en suivant la route de Valence. Napoléon fit au maréchal des reproches sur sa conduite envers lui , et lui dit : « Ta proclamation est bien bête ; pourquoi des injures contre moi ? il falloit simplement dire : le vou de la nation s'étant prononcé en faveur d'un nouveau souverain, le devoir de l'armée est de s'y conformer. Vive le Roi ! yiye Louis XVIII, »

. Augereau še mit aussi à tutoyer Buonaparte, et lui fit, à son tour, d'amers reproches sur son insaliable ambition, à laquelle il avoit tout sacrisié, même le bonheur de la France entière. Ce discours fatigant Napoléon, il se tourna avec brusquerie du côté d'Augereau , *l'embrassa , lui ôta encore son chapeau et se jeta dans sa voiture. Augereau, les mains derrière le dos, ne dérangea pas sa casquette de dessus sa. tête; et seulement lorsque l'empereur fut remonté dans sa voiture , il lui fit un geste més prisant de la main, en lui disant adieu. En se retournant , il adressa un salut très-gracieux aux commissaires. Napoléon, toujours fidèle à son amour pour la vérité, dit au général Koller, une heure après : « Je viens d'apprendre, å l'instant même, l'infâme proclamation d'Augereau ; si je l'eusse connue lorsque je l'ai rencontré, je lui aurois bien lavé la tête. ) Arrivé à Valence, des troupes françaises du corps d’Augereau , qui avoient arboré la cocarde blanche, rendirent cependant à Napoléon tons les honneurs dus à son rang; mais ce fut là son dernier triomphe, car nulle part ailleurs il n'entendit plus de vivat. Le 25, å Orange , il fut reçu aux cris de vive le Roi! vice Louis XVIII! Jusque là Napoléon avoit été d'une humeur fort gaie et plaisantoit souvent lui-même' sur sa situation ; entre autres

closes , il disoit un jour aux commissaires , après avoir retracé avec beaucoup de franchise les différens degrés qu'il avoit parcourus dans sa carrière depuis vingt-cinq ans : « Au bout du compte, je n'y perds rien , car j'ai commencé la partie avec un écu de six francs dans ma poche, et j'en sors fort riche. »

Le même jour, le matin, Napoléon trouva, un peu en avant d'Avignon, à l'endroit où l'on devoit changer de chevaux, beaucoup de peuple rassemblé qui l'attendoit à son passage, et qui, aux cris de vive le Roi! vivent les alliés ! A bas Nicolas! à bas le tyran, 'le coquin, l'assassin des Français ! le mauvais gueux! Les chevaux se trouvant alors attelés, on les fit partir au grand galop; il fut reçu de la même manière dans tous les endroits qu'il traversa. A Orgon, village, la rage du peuple étoit à son comble; devant l'auberge où il devoit s'arrêter, on avoit élevé une potence, à laquelle étoit suspendu un mannequin, en uniforme français, couvert de sang , avec une inscription placée sur la poitrine et ainsi conçue : Tel sera tôt ou tard le sort du tyran. Le peuple se cramponnoit à la voiture de Napoléon , qui se cachoit derrière le général Bertrand le plus qu'il pouvoit'; il étoit pâle et défait, ne disoit pas un mot. Le comte Schuwaloff, à côté de la voiture de Napoléon, harangua' cette multitude en ces termes ; « N'avez-vous pas honte d'insulter à un malheureux sans défense? Il est assez humilié par la triste situation où il se trouve , lui qui s'imaginoit donner des lois à l'univers , et qui se voit aujourd'hui à la merci de votre générosité! Abandonnez-le à lui-même; regardez-le : rous voyez que le mépris est la seule arme que vous devez employer contre cet homme, qui a cessé d'être dangereux. Il seroit au-dessous de la nation française d'en prendre une autre vengeance!» A un quart de lieue en-deçà d'Orgon, Napoléon se déguisa , et mit une mauvaise redingote bleue, un chapeau rond avec une cocarde blanche, et monta un cheval de posté pour galoper devant sa voiture, voulant passer ainsi pour un courrier. Arrivé à Saint-Canat, sa voiture est entourée de furieux qui cherchoient à ouvrir les portières : elles étoient heureusement bien fermées, ce qui sauva le général Bertrand. Les femmes principalement avoient juré sa perte. A une demi - lieue de Saint-Canat, Napoléon entra dans une mauvaise anberge, appelée la Calade, accompagné d'un seul courrier; sa suite, depuis le général jasqu'au marmiton , étoit parée de cocardes blanches. Son valet-de-chambre vint au-devant des commissaires et les pria de faire passer Napoléon pour le colonel Campbell, parce qu'en arrivant il s'étoit annoncé pour tel à

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