Page images
PDF
EPUB

pu parvenir à ceux qui habitent Dôle , Besançon, etc., etc. :

Monseigneur le chancelier: « Les dépositions đes témoins ne sont-elles pas consignées en des interrogatoires écrits ? '» .

M° Berryer dit : « Nous'attachons beaucoup d'importance à ce qu'ils fussent entendus oralement : la plupart donneroit des détails précieux sur la journée du 14 mars ; dans une déposition écrite, tous ces détails sont perdus, » :

La chambre se retire , pour délibérer, à cing beures et demie ; à six heures et demie, elle rentre en séance.

Monseigneur le chancelier prononce , en présence du maréchal Ney, l'arrêt suivant : ;

« La chambre des pairs, faisant droit à la demande de l'accusé, pour obtenir un délai qui lui donne le temps de faire 'entendre les témoins dont il a signifié la liste au commis saire du Roi, par exploit du 19 de ce mois après avoir entendu les conclusions du procureur du Roi , ajourne au 4 décembre prochain, à dix heures du matin, pour tout délai , l'examen des pièces, l'ouverture des débats et le jugement, toute assignation donnée tenant. »

La physionomie du maréchal Ney, jusque alors triste et soucieuse, a paru s'épanouir. II a adressé à ses défenseurs un sourire de satisfaction et de reconnoissance.

Séance du 4 décembre, à neuf heures et demie,

en comité général et secret. On prétend que les pairs ont décidé que les cinq huitièmes des voix formeroient la majorité des voix pour le jugement du Maréchal.

A dix heures et demie la séance est ouverte. L'huissier introduit le m réchal Ney.

Tous les pairs qui ne se sont pas récusés sont présens, à l'exception de M. Lanjuinais.

Le secrét ire-archiviste dome lecture de la liste des témoins dont voici les noms :

Témoins à charge. MM, Le duc de Duras, Mangin, Pantin , Perrache , de Félix , le chevalier de Rochemont, de Beausire, le duc de Reggio, le baron Clouet , le comie de Faverney, le prince de Poix, le comte de Scey, le comie de la Genelière, le comte de Grivel, le comte de Bourmont ,'de Ballincourt, Charmoille de Frasney , le chevalier Grison , Tumerel de Lecourt. ;

Ténoins indiqués par Faccuse et assignés à la requête de M. le procureur-général. MM. Batardy, le duc de Maillé, le baron Passinge de Préchamp, le comte de Ségur, le baron de Mermet, le baron Gauthier, le marquis de Sauran , Renaud de Saint-Amour, Cayrol, le duc d'Albufera , de Brunges de Bourcier, le baron de Montegnat , Boulouse , le baron Capelle, le marquis de Vaulchier , Bessières, Guye, le chevalier Durand, le comte Hendelet, madame Maury, le prince d'Eckmülh, le comte de Bondy, le général Guilleminot , Bignon.

M. le chancelier. Messieurs les défenseurs ont-ils d'autres témoins à produire ?

M. Berryer. Non, monseigneur.

M. le chancelier ordonne qu'on fasse sortir les té moins; puis s'adressant au maréchal Ney : Accusé, où étiez-vous dans les premiers jours du mois de mars ?

Le maréchal se levant d'un air assuré : Monseigneur, je vais répondre à toutes les questions que vous me ferez l'honneur de m'adresser , mais sous la réserve du droit qui m'est acquis par l'article 12 de la convenlion du 3 juillet dernier, et par une note additionnelle au traité du 30 novembre.

· M. Bellart. Les commissaires du Roi ne donnent ancune espèce d'approbation à la réserve énoncée par l'accusé, sauf par lui d faire valoir tous ses moyens dans sa défense.

Le maréchal Ney fait une réponse analogue à celles qu'il a déjà failes dans les divers interrogatoires qu'il a subi. - M. le chancelier. Pendant votre entrevue avec le Roiz avez-vous parlé de cage de fer?

Le maréchal. Dussé-je être fusillé, dusse-être lacéré en mille morceaux , j'affirmerois toujours que toutes les protestations de dévouement que je fis alors à Sa Majesté, m'étoient inspirées par le cæur. Je crois avoir dit : Que le projet de Buonaparte étoit si extravagant, qu'il mériteroit d'être enfermé dans une cage de fer, elc.

Buonaparle lui faisoit dire que toute son entreprise avoit dié concertée d'accord avec l'Autriche , par l'entremisc du général Koller ; avec l'Angleterre, par l'entremise du lord Campbell, qui avoit favorisé son débarquement. Il étoit convenu avec ces puissances, que le Roi et la Famille royale quilteroient la France. Napoléon le rendoit responsable du sang français qui seroit répandu , etc.

Le président. Avez-vous reçu des lettres de Bertrand ou de Buonaparte; et que sont-elles devenues ?

Le Maréchal. J'en ai reçu plusieurs ; mais je n'ai pas été le maître de les conserver. Madame la maréchale éioit à Aurillac, lorsqu'elle apprit que Labédoyère avoit été fusillé, etc.

Après plusieurs autres questions, on procède à l'au: dition des témoins.

Le général Bourmont fait une longue déclaration contre le maréchal Ney , qui répond : Il parois que M. le comte Bourmont a fait son thême depuis huit mois ; il croyoit peut-être que nous ne pourrions jamais nous voir, et que je serois traité à la chaude, comme Labédoyère; mais les évènemens ont tourné autrement, etc.

Un pair prie M. le chancelier de demander à l'accusé quelles sont les personnes qui sont venues au nom de Buonaparte ponr le circonvenir.

Le Maréchal. Ces personnes sont peut-être à Paris ;

il est inutile de les compromettre; je ne les nommerai point.

M. le chancelier. Cela pourroit cependant être utile à votre cause.

Le maréchal. Je ne puis les nommer.
Divers autres témoins ont été entendus.

La séance a été levée à cinq heures et demie. Séance du 5 décembre, à dix heures et demie.

Vingt témoins sont successivement entendus.

M. Bellart , commissaire du Roi, a pris la parole en ces termes:

« Lorsqu'au fond des déserts, autrefois couverts de cités populeuses, le voyageur philosophe qu'y conduit cette insatiable curiosité, l'attribut caractéristique de notre espèce, aperçoit les tristes restes de ces monumens célèbres , construit à ces âges reculés, dans le fol espoir de braver la faux du temps, qui ne sont plus aujourd'hui que des débris informes, et, pour ainsi dire , une fugitive lumière ; il ne peut s'empêcher d'éprouver une mélancolie profonde, en songeant à ce que deviennent l'orgueil humain et ses ouvrages.

« Combien est plus cruel encore pour celui qui aime les hommes, le spectacle d'une grande gloire tombée dans l'opprobre par sa faule , et qui prit soin de flétrir elle-même ces honneurs dont elle fut d'abord environnée.

« Quand ce malheur arrive , il y a en nous quelque chose qui combat contre la conscience, pour la routine du respect long-temps altaché à cette illustration à présont déchue. Noire instinct s'indigne de ces caprices de la fortune , et nous voudrions , par une contradiction irréfléchie, continuer d'honorer ce qui brille d'un si grand éclat, en même temps que détester et mépriser ce qui cause de si épouvantables malheurs å l'état.

« Telle est , messieurs , la double et contraire impression qu'éprouvent, ils ne s'en défendent pas , les comie missaires du Roi, à l'occasion de ce déplorable procès.

« Plût à Dieu qu'il y eût deux hommes dans Pillustre accusé qu'un 'devoir rigoureux nous ordonne de poursnivre ! Mais il n'y en a qu'un.

hoc Celui qui pendant un temps se couvrit de gloire militaire , est celui-là même qui devient le plus coupable des citoyens. Qu'importe à la patrie sa funcste

gloire , qu'il a éteinte toute entière dans une trahison suivie , pour notre malheureux pays , d'une catastrophe sur laquelle nous osons à peine reposer notre attention ?

« S'il a servi l’état, c'est lui qui contribua le plus puissamment à le perdre; il n'y a rien que n'efface in tel forfait; il n'est point de sentiment qui ne doive céder à l'horreur qu'inspire une grande trahison, Brutus vublia qu'il fut père , pour ne voir que la patrie. Ce qu'un père fit, au prix de la révolle même de la nalure , le ministère , protecteur de la sûreté publique, a bien plus le devoir de le faire , malgré les murmures d'une vieille admiration qui se trompe d'objet.

« Ce devoir, il va le remplir avec droiture, mais avec simplicité. On peut du moins épargner à l'accusé d'affligeanles déclamations. Qu'en est-il besoin, à côté de la conviction puisée dans une si incontestable évidence? Je les lui épargnerai ; c'est un dernier hommage que je véuxlui rendre; il conserve sans doule encoreassez de fierté d'âme pour en sentir le prix, pour se juger lui-même, et pour distinguer , dans ceux qui subissent la douloureuse fonction de le poursuivre , le mélange vraiinent pénible de regrets qui sont de l'homme, et d'impérieuses obligations qui sont du citoyen ».

Après ce préambule, qui a fait une vive impressioni sur l'assemblée, M. le procureur du Roi , sans s'attacher à tous les faits consignés dans l'acte d'accusation, s'est attaché aux seules charges prouvées au procès , ou ayouées par le Maréchal. · M. le commissaire du Roi n'a pas pris de conclusion; il a déclaré que l'accusé s'étant avoué coupable, il ne pouvoit présumer les objections que lui feroient 'ses défenseurs; seulement il s'est engagé à répondré sur-lechamp å toutes celles qu'ils pourroient lui faire,

M. le chancelier demande aux avocats s'ils sont prêts å répondre.

Sur la réponse négative, la chambre des pairs décide qu'elle entendra demain la plaidoirie des avocals.

« PreviousContinue »