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III.

Mourons tous les jours de nôtre vie, & commençons ce fa• crifice par la mortification de nos fens & de nôtre volonté, qui doivent commencer l'immolation de nôtre victime & la continuer jusqu'à ce que la mort luy vienne donner le dernier coup. Verfons fans ceffe le fang de nos larmes & de nôtre douleur fur nous mêmes, comme Jefus-Chrift y exhortoit les femmes de Jerufalem, lors qu'il alloit répandre le fang de fon corps & de fon cœur pour nous fur la croix. Car c'eft à nous qu'il parloit en leur perfonne. Les pechez ne font point remis, dit faint Paul, fans effufion de fang; c'est à dire, fans la mort de la victime, mais de la victime entiere. Et comme c'eft par ce dernier acte de la penitence de Je

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fus-Chrift que s'eft faite la reconciliation du monde, elle doit auffi s'accomplir dans chacun des élus de la même maniere à proportion car ce n'eft qu'un feul facrifice que celuy du chef & des membres. Il a offert nôtre mort avec la fienne fur la croix ; il faut que nous offrions fa mort dans la nôtre & avec la nôtre: & le facrifice du Chrift entier ; c'est à dire, de tout le corps de Jefus-Chrift, ne fera point achevé jufqu'à ce que le dernier de fes membres, qui luy doivent être unis dans l'éternité, ait joint fa mort à celle de fon chef.

Un Chrétien pourroit donc dire en mourant, & il le devroit dire avec joye & confolation, ce que faint Paul disoit a en fouffrant, & ce qu'il éten

a Coloff, 1.29

doit

doit affurément à la mort mêine: Je me réjouis dans mes fouffrances & dans ma mort, parce que j'accomplis & confomme en moy les fouffrances & la mort de Jesus-Chrift; & que j'acheve, comme membre de fon corps, la mort qu'il doit fouffrir dans tous les Chrétiens, afin d'être enfuite glorifié en eux tous. Allons donc & mourons avec luy, comme parloit Saint Thomas. Sortons hors le camp, & fuivons le portant l'ignominie de fa croix, c'est à dire, mourant dans l'efprit d'humiliation comme un criminel qui eft facrifié à la justice de Dieu, & qui a de la joye d'y fatisfaire le plus parfaitement qu'il peut. Si nous concevions bien ce que c'eft que d'être chargez devant Dieu du poids de nos pechez, & d'être durant toute la vie redevables à

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fa juftice, fans efperance d'en être jamais quittes pendant que nous ferons en ce monde ; nous demanderions à Dieu qu'il nous tirât d'un état qui doit être fi humiliant, fi perilleux & fi terrible aux yeux de nôtre foi; nous foupirerions aprés l'heure où nous ferons parfaitement reconciliez avec nôtre Dieu & nôtre Juge, en recevant pour toûjours cette pleine, immuable, & éter nelle remiffion de nos pechez; & nous dirions avec plus de ferveur & plus d'empreffement que nous ne faisons, ces paroles de gemiffement que Jefus-Chrift a voulu que nous euffions tous les jours dans la bouche: Nôtre Pere qui êtes dans le ciel, pardonnez-nous nos offenfes, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offenfez.

POUR LE MATIN.

Vertu.

L'ESPRIT DE PENITENCE.

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Ne ame qui fe voit fur le point de paroître devant Dieu ( & qui peut dire qu'il n'eft pas prês de ce moment ? ) doit penfer ferieusement à fe purifier par la penitence, quelque pureté qu'elle fe puiffe flatter d'avoir eue & dans fes intentions & dans fa vie. Car malheur à la vie la plus innocente des enfans d'Adam, fi Dieu la juge fans mifericorde. La vie d'un Chrêtien doit être fi fainte, les qualitez qu'il porte d'enfant de Dieu, & de membre de Jefus-Christ, l'engagent à des vertus fi éminentes & fidivines, ce qu'il a promis dans

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