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isolées leur paraîtront suffisantes pour inculper ma sincérité ou ma logique, peut-être même l'une et l'autre.

Le fameux Barrère me lancera quelque nouveau pamphlet, où il rapprochera en deux colonnes le bien et le mal que je dis de l'administration Consulaire; d'où il conclura qu'un historien qui distribue ainsi avec la même profusion, les éloges et le blâme, ne mérite aucune confiance, et que tout écrit de ce genre, n'est évidemment qu'un libelle où le mensonge s'est menti à lui-même (1).

Tandis que les Français, partisans de la révolution et de son chef actuel, diront que je reviens à la charge pour ébranler son autorité, les Français royalistes me reprocheront, au contraire, d'avoir indiqué le seul moyen propre à la consolider, en lui recommandant l'économie. Du reste, comme je m'expose à les blesser tous également sur un point où l'amour propre national est toujours en chair vive, ils se réuniront volentiers pour m'accuser encore de dénigrer la France par mes calculs, de m'ètre fait le grand avilisseur de ses inépuisables ressources.

Avant qu'on me prête mille et mille autres intentions que je n'ai point, je vais exposer celles qui m'animent.

Autant j'avais fondé d'espoir sur l'appauvrissement de la république conquérante et sur le déficit

'(1) Réponse d'un Républicain Français au Libelle de Sir Francis d'Ivernois, naturalisé Anglais, contre le premier Consul de la République Française; par l'auteur de la lettre d'un citoyen Français à Lord Grenville, Paris, Frimaire, an IX.

de ses finances, lorsque je conjurais ses ennemis de rester unis pour l'empêcher d'y suppléer par les pillages de la guerre ; autant ce déficit me donne aujourd'hui d'alarmes sur la durée de la paix conclue à Luneville.

Quoiqu'on ne néglige rien pour en cacher la marche, je l'ai suivie avec assez d'attention pour me croire en droit d'annoncer que le revenu intérieur, celui qu'on peut appeler permanent, va de jour en jour en décroissant dans la même proportion que s'accroissent les dépenses, et que, si le gouvernement consulaire s'opiniâtre dans toutes les dépenses décrétées, le déficit serait trois ou quatre fois plus considérable que sous l'ancien régime.

Ceux qui ont eu la patience de lire des derniers débats financiers ne manqueront pas de m'opposer ici qu'il ne demande que 500 millions pour l'établissement de paix, et que le tribun Himbert a affirmé sur l'autorité des comptes rendus pour l'an IX, que les revenus de cette année ont versé, dans le cours de douze mois, 473 millions net dans le trésor public.

verse.

Je ne m'étonne point que la plupart des ga zettes de l'Europe aient transcrit cette assertion officielle comme décisive et mettant fin à toute controEn effet, si les revenus de l'an IX ont produit, en douze mois, 473 millions, et qu'à l'avenir la totalité des dépenses annuelles ne s'élève qu'à 500, je suis le premier à convenir qu'un déficit de 27 millions est trop insignifiant pour que les Fran

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çais ne réussissent pas à le combler, ou que leurs voisins dussent en prendre l'alarme.

Commençons d'abord par citer ce passage du tribun, tel qu'il se trouve dans le Moniteur du 6 mai 1802. "Interrogez le compte du ministre des finances, et vous verrez verrez qu'au 1er vendemiaire an X, une rentrée effective de 473 millions avait eu lieu dans le trésor public, et que dans le budget, cette rentrée n'avait été présumée devoir être que de 435 millions. Quel plus sûr calcul que celui qui appuye l'avenir sur le passé!"

Je laisse aux lecteurs à trouver une épithète propre à qualifier l'assertion de ce rapporteur, lorsqu'ils sauront que j'ai réussi à me procurer le compte sur lequel il l'appuyait, et que, l'ayant interrogé à mon tour, j'ai vu écrit de la main du ministre, page 15, que les rentrées appartenant à l'an IX, et dont la trésorerie a pu disposer, dans l'espace de douze mois, n'ont point surpassé, ni même atteint 355 millions (2).

(2) Il y est dit que le montant des ordonnances acquittées au premier vendémiaire an X, s'élevait à 552,903,971 francs, y compris les payemens de la dette publiqus qui ne s'ordonnancent pas. Le ministre ajoutait cependant qu'il devait déjà être rentré dans les caisses des provinces environ 50 millions de plus. Mais outre qu'il est probable ou qu'il ne s'en crut point été assez sûr pour les ordonnancer, ou que s'il s'y hasarda, ses ordonnances n'ayaient pas été acquittées; toujours y aurait-il une grande différence entre 475 millions et 402. D'ailleurs, en admettant que ses recouvremens se fussent en effet élevés à 402 millions, il reconnaît lui-même que près des trois quarts étaient pro

Venus

Voici le passage du ministre, passage si étrangement défiguré par le seul tribun qui ait pris la peine

venus des contributious directes, qui, à l'en croire, ont versé 263,600,236 francs dans le trésor public, et se trouvaient par conséquent recouvrées en totalité au dernier jour complémentaire. Or, il est bon de savoir qu'une grande partie de cette somme, qu'on regarde avec raison comme encaissée, n'avait été déboursée ni par les contribuables, ni même par les receveurs des contri. butions; mais par tels capitalistes de Paris, ou des provinces, qu'un appât de 12 à 15 pour cent a disposés à escompter les obligations de ces derniers, sous l'engagement que prend le ministre de les rembourser si elles reviennent à protest. Je demande si cela peut s'appeler des rentrées effectuées, ou qu'on ait la certitude d'effectuer de même à l'avenir.

Enfin il est également bon de savoir que, les rescriptions négociées figurent dans les recouvremens de l'an IX, pour la to talité de leur valeur nominale, c'est-à dire pour 187,439,025 fr. quoiqu'il en fut resté un peu plus de 20 millions â titre d'escompte, entre les mains de ceux qui en ont avancé de quelques mois le payement. Le ministre a passé ces 20 millions dans les dépenses, parce qu'il les avait passés par fiction dans les recettes, afin d'enfler celles-ci jusqu'à 402 millions. Or, je demande de nouveau si cela peut s'appeler des recettes effectuées?

L'expédient auquel a eu recours ce ministre pour recevoir et dépenser ainsi d'avance la totalité des contributions directes, dont ses prédécesseurs n'avaient jamais pu recueillir au-delà de moitié dans l'année, repont aussi d'avance à une objection qu'on pourrait me faire, en disant qu'outre les 402 millions rentrés sur les contributions de l'an IX, la trésorerie n'a pas laissé que de faire rentrer, pendant le même intervalle, d'assez fortes sommes pour les contributions des années antérieures, Il est de toute évidence que cette ressource des arrérages disparait par cela seul, que les seuls impôts qui puissent s'arriérer, ont tous été réalisés par voie d'anticipation. Bien plus; cette ressource, jusqu'ici assez féconde, va se changer en charge pour l'avenir

d'interroger ses comptes pour en indiquer les résultats."Lorsque le recouvrement de tous les revenus de l'an IX sera achevé, leur total aura éte de 473,508,511 francs net."

Observez, que c'était en avril 1802, c'est-àdire, au septième mois de l'an X, que Gaudin annonçait l'espérance de recueillir 473 millions sur les recouvremens de l'an IX, lorsqu'ils auront été parachevés; mais observez aussi qu'il s'est bien gardé d'en indiquer l'époque. Et ce ministre avait grande raison, car sur les 475 millions que le tribun Himbert nous représentait comme encaissés depuis sept mois par le trésor public, il y a entr'autres une partie de 20 millions, pour le recouvrement desquels on attend l'achat de domaines nationaux qui ne sont pas même encore en vente, et dont, aux termes de la loi, les acquéreurs, s'il s'en présente, ne devront payer le prix que dans l'espace de quatre à cinq années.

En voilà assez, je crois, pour faire comprendre qu'ainsi que tous ses devanciers, le tribun Himbert avait pris des recettes en espérance pour des recettes déjà réalisées, et que sous ce rapport du moins, il lui est bien permis de dire que l'avenir s'appuye toujours sur le passé.

Mais supposons un moment que les 473 millions, dont le ministre n'annonce encore que la

puisque, loin d'avoir aucun arrérage à reclamer, le trésor public se trouvera exposé à rembourser toutes les rescriptions escomptees qui lui reviendront à protest.

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