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ner pour champions ceux qui ont fait pleuvoir leurs bombes sur la ville de Copenbague? ceux qui en pleine paix ont précipité dans la mer quatre navires espagnols ? ceux qui ont fait servir le sacré caractère des ministres publics à stipendier des brigands et à payer des assassins ? Voilà donc quels vengeurs s’arment pour assurer l'indépendance de l'Europe , qui n'est réellement menacée que par eux! L'Europe serait bien à plaindre si son indépendance ne pouvait se réfugier qu'au sein des îles britanniques ; le gouvernement de ces îles serait bien généreux d'exposer ce pays à sa ruine entière pour un objet qui après tout ne le regarde pas. Aucun peuple du continent ne saurait être assez avevgle pour se faire jamais illusion à cet égard ; mais les Anglais eux-mêmes seraient-ils fascinés au point de se persuader que leur gouvernement doit s'élancer ainsi hors de sa sphère naturelle pour impliquer leur île et sacrifier ses ressources dans des connexions qui lui sont étrangères ?

» Le cabinet de Londres avait besoin de ce fantôme pour compliquer une querelle dans laquelle il est agresseur ; il lui faut un prétexte pour appeler à son secours des puissances intervenantes. Mais le traité d'Amiens n'a pu être conclu qu'entre la France et l'Angleterre ; les bases du traité d'Amiens sont les seuls fondemens de la transaction à faire entre les deux états. Ce serait vouloir tout confondre d'appeler à l'arrangement de ces difficultés des princes qui n'y ont aucune espèce d'intérêt ; ces princes , n'étant pas en guerre avec la France, n'ont

pas
besoin sans doute

pour

s'entendre avec elle de choisir pour leur interprète une partie belligérante, surtout quand celle-ci persiste à repousser ioule idée d'accommodement pour son propre compte. Avant d'être arbitre

pour
d'autres,

il vient de régler soi-inême ses propres

différends. Ce n'est

pas

à l’Europe que nous avons affaire: l'Europe ne veut pas la guerre, et nous ne voulons que la paix.

Ah! loin de défendre l'Europe , la résolution du cabinet de Londres est une attaque à tous les peuples de toutes les parties du monde. Qui fait la guerre sans sujet, qui persiste à la guerre quand il a

pu faire la paix, nuit à toutes les nations, même à celles qui ne sont pas les objets directs de ses armes. La guerre trouble leur commerce, détruit leurs subsistances, empêche leur bonheur, inquiète leur sûreté. L'auteur d'une pareille guerre est l'ennemi du genre humain; il donne à tous les peuples le droit de le maudire, et celui de se réunir soit pour le réprimer, soit pour lui arracher la puissance dont il abuse.

» Mais ce n'est point d'ici que peut jamais partir ce veni féroce d'une guerre d'extermination, cé væu d'anéantir un

con

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>

»

la

peuple, ce vou que l'on nous a trop souvent adressé de l'autre cole de la Manche. Nous pouvions y répondre par la conclusion des opinions de Caton dans le sénat de Rome; mais la ruine de Carthage n'est point l'objet que se propose notre grand einpereur; sa gloire est de fonder, et non pas détruire.

Quoique l'armée française brûlât du désir de punir les violateurs de la paix, elle suspendait son courroux à la voix souveraine de S. M. I.

Cinq cent mille homines sous les armes , accontumés à vaincre quand Napoléon les dirige, attendaient impatiemment le inoment du départ et le signal de la vengeance. Mais après avoir longtemps contenu leur indignation, après avoir tout épuisé pour arrêter encore le gouvernement britannique aux bords du précipice ou son aveuglement jette sa nalion, si S. M. I. est réduite à donner ce signal si terrible, malheur , malheur à ceux qui n'auront pas voulu entendre ses conseils pacifiques ! Que le sang qui sera versé retombe sur leurs têtes ! qu'ils répondent à leur pays d'en avoir causé la ruine!

que voix de l'Europe entière dépose hautement contre eux ! que leur mémoire soit livrée aux imprécations de la postérité ! Enfin , que le juge suprême des peuples et des rois leur fasse expier les trépas de tant de valeureux guerriers , les alarmes de tant de mères , le désespoir et les souffrances de tant d'innocentes victimes, que la lettre de l'empereur avait pour objet de sauver!

» Mais que l'empereur soit béni! qu'il soit l'objet de nos hommages et de notre reconnaissance ! qu'il soit récompensé par l'amour du peuple français ! On admire en lui le héros ; on vénère comme on le doit le grand législateur; mais c'est le pacificateur qui doit être adoré. Déjà plus d'une fois il a mérité

par le fait ce titre, le premier de tous : il l'obtient encore aujourd'hui par une intention dont la persévérance est un trait de son caractère , et dont , quelle que soit l'issue de

l'humanité lui tiendra compte. Nos armes étaient légitimes; maintenant elles sont pieuses. Notre cause était juste ; dorénavant elle est sacrée. L'opinion du monde entier ne peut plus être corrompue. Quiconque aura lu cette lettre au roi de la Grande-Bretagne fera des veux pour les succès du grand prince qui l'a écrite; il suffira d'être homme pour être un de ses partisans. Qu'on juge à plus forte raison de ce surcroît d'enthousiasme qui va précipiter au milieu des batailles et sur toutes les mers le vol rapide de nos aigles, et enflammer encore cette ardeur martiale de nos invincibles soldats!

» Dans plusieurs grandes circonstances le Sénat , le peuple et l'armée ont déjà réuni leurs voeux pour S. M. I. Sans doute

cette guerre,

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elle doit compter sur eux plus que jamais. C'est la voix de la France qui s'élève, et qui assure à l'empereur, pour la vie et pour la mort, la fidélité du Sénat, l'attachement du peuple et le dévouement de l'armée !

» Messieurs, le monde entier le sait, la France s'était reposée sur le traité d'Amiens. Elle ne voulait pas la guerre ; elle est en paix avec l'Europe ; elle serait en paix avec l'Angleterre elle-même si le cabinet britannique n'eût pas déchiré sur le champ le pacte respectable qu'il venait de signer. La nation française n'aura ici qu'un sentiment.

» Or c'est à vous , messieurs, d'être les premiers interprètes du sentiment national. Pour remplir ce devoir sacré, la commission vous propose le projet d'arrêté suivant :

« Le Sénat conservateur , réuni au nombre de membres prescrits par l'article go de l'Acte des Constitutions de l'Empire en date du 22 frimaire an 8;

Après avoir entendu le rapport qui lui a été fait par sa » coinmission spéciale , nommée dans la séance du 15 de ce

mois, sur la communication donnée au Sénat dans la même » séance par le ministre des relations extérieures au nom de

l'empereur;

» A d'abord arrêté de supplier S. M. I. d'agréer les respec» tueux remercimens du Sénat

pour la communication qu'elle » lui a fait donner par son ministre.

» Sur cette communication , le Sénat considérant :

» Qu'après avoir déjà triomphé de tant de manières des fac» tions intérieures et des ennemis du dehors , l'empereur vient de remporter encore un triomphe plus éclatant,

et peut-être plus difficile , en s'élevant au dessus des ressentimens naturels

que devaient inspirer à son cæur tant d'attentats et » tant de haines , et en proposant la paix en faveur de l'hu» manité par sa lettre du 12 nivose à Š. M. britannique ; » Arrête

que la copie de cette lettre sera consignée dans ses registres comme un monument glorieux pour le prince qui » l'a écrite, et pour la nation qu'il gouverne.

» Considérant ensuite que cette proposition, faite dans le » moment où la France est dans la situation la plus redou

table, n'a oblenu des ennemis qu'une réponse qui paraît » éluder tout projet de conciliation ;

» Le Sénat déclare que l'empereur doit compter dans cette » guerre sur tout son zele, comine il doit compter sur la fidé» lilé du peuple et de l'armée. » (ADOPTÉ. )

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IV.

RÉUNION DE LA COURONNE D'ITALIE AU TRONE

IMPÉRIAL.-INVESTITURE DE M. Le sénateur BACCIOCHI DANS LA PRINCIPAUTÉ DE PIOMBINO, AVEC LE TITRE DE PRINCE FRANÇAIS.

(Voyez tome xvil , page 377, le discours que Bonaparte prononça à Lyon comme président de la république italienne.)

Audience solennelle donnée par l'empereur au vice

président, aux membres de la Consulte et aux députés de la république italienne. – Au palais des Tuileries, le 26 ventose an 13. (17 mars 1805.)

Discours de M. Melzi, vice-président de la république italienne.

Sire, vous m'avez ordonné de réunir la Consulte d'état ei la députation de la république italienne, et de les inviter à prendre en considération l'objet le plus important pour ses destinées présentes et futures, la forme de son gouvernement. J'ai l'honneur , Sire , de vous présenter, dans le résultat de son travail, le veu qu'elle a formé.

» La première considération, qui a d'abord entraîné tous les esprits , a amené l'Assemblée à la conviction qu'il était im- possible de conserver plus longtemps la forme actuelle, sous peine de rester bien en arrière dans la marche rapide des événemens qui caractérise l'époque dans laquelle nous vivons. » La Constitution de Lyon avait tous les caractères du

provisoire ; ce ne fut qu'un ouvrage de circonslance, un système constitutionnellement trop faible pour répondre aux vues de durée et de conservation. L'urgente nécessité de le changer est démontrée à la réflexion comme elle est généralement sentie.

» En partant de ce point tout était simple : le système d'une monarchie constitutionnelle nous était indiqué par les progrès des lumières et par les résultats de l'expérience ; le monarque, par tous les sentimens de la reconnaissance , de l'amour, de la coufiance.

Sire, dans un pays que vous avez conquis, reconquis , créé, organisé, gouverné jusqu'ici, dans un pays où tout rappelle vos exploits , tout alteste votre génie , tout respire vos bienfaits , on ne pouvait former qu'un seul veu , et ce' vou a été exprimé. » L'Assemblée n'a

pas négligé de peser avec la plus mûre attention les vues ultérieures que votre profonde sagesse

lui avait indiquées ; mais quoiqu'elles fussent éminemment importantes , et parfaitement d'accord avec nos plus chers intérêts , il pe fut

pas difficile de se convaincre que les choses n'étaient pas encore assez mûres pour atteindre à ce dernier degré d'indépendance politique. Il est dans l'ordre naturel des choses

que la république italienne se ressente pendant un temps en« ore de la condition de tous les états nouvellement formés ; le moindre nuage qui s'élève sur l'horizon doit nécessairement provoquer ses sollicitudes et exciter ses alarmes , et dans cette situation où trouver un meilleur gage de sa tranquillité et de son bonheur , où retrouver une garantie plus solennelle de sa consolidation et de son existence ? Sire , vous en êtes encore une condition nécessaire.

» Il n'appartient qu'aux conseils de votre haute sagesse d'en signaler le terme pour désarmer toute jalousie extérieure ; il n'appartenait qu'à la modération la plus généreuse de consentir à retrouver ce terme précisément dans celui de nos dangers.

» L'Assemblée, pénétrée de toutes les preuves de votre intérêt, qui ont marqué les communications précédentes , s'y est livrée avec cette pleine confiance qui vous étail due , et son dernier vau et sa dernière prière vous demandent des constitutions où soient consacrés ces prifcipes que vous avez déjà proclamés, que réclame l'éternelle raison, et sans lesquels le sort des nations serait abandonné aux passions des hommes.

Daignez, Sire, accepter, daignez combler le vœu de l'Assemblée que j'ai eu l'honneur de présider! Interprèle de tous les sentimens qui animent le cour des citoyens italiens, elle vous en apporte dans ce vou l'hommage le plus sincère : elle leur rạpportera avec joie qu'en l'acceptant vous avez redoublé la force des liens qui vous lient à la conservation , à la défense , à la prospérité de la nation italienne.

» Oui, Sire, vous voulûtes que la république italienne existât , et elle a existé. Veuillez que la monarchie italienne soit heureuse , et elle le sera. »

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M. Melzi fait lecture d'une délibération de la Consulte d'état du 15 mars 1805, signée de tous ses membres, et portant entr'autres voux et dispositions : « lo que le moment est arrivé de donner la » dernière main aux institutions dont les bases ont été posées à » Lyon, et à cet effet de déclarer le gouvernement de la républiquc

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