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effets du gouvernement de Napoléon, ils ont demandé pour eux l'appui de l'empereur, et pour leurs neveux celui d'une monarchie constitutionnelle et héréditaire.

» Ils ont désiré que ce double lien retint à jamais dans le sein d'une patrie commune des états rendus pendant longtemps trop étrangers les uns aux autres , et par

la diversité de leurs territoires , et par la différence de leurs habitudes.

» Ils ont montré tous les dangers dont ce double bienfait pouvait seul les préserver.

» Leurs yeux uniquement tournés vers leur libérateur, ils ont voulu que leur destinée, à jamais inséparable de la sieune, reposât sous l'égide de sa renommée dans les siècles à venir comme dans celui qui commence.

L'empereur a exaucé leurs vœux. » Son coeur généreux l'y a porté ; la raison d'état le lui a prescrit; l'intérêt de la France le lui a coinmandé.

» Le grand ouvrage cominence dans les comices de Lyon a élé terminé au milieu du Sénat de France par la solennité du discours émané du trône, par la promulgation du décret de l'empereur et roi , et par la sainteté du serment qu'ont prêté devant lui les représentans constitutionnels des peuples d'Italie.

» Il n'aurait pas pu être achevé plystôt; l'organisation de l'Empire français n'était pas encore terminée.

» Mais depuis que l'empereur s'est assis sur le trône de la France, la force de toutes les circonstances et l'autorité de toutes les opinions, ces puissances irrésistibles que la raison , le génie et la victoire même voudraient en vain braver, exigeaient que la couronne de fer des anciens Lombards brillát sur la tête de Napoléon d'un éclat inconnu jusqu'à lui.

» Une constitution établie sur les bases que le peuple français a données aux lois fondamentales qui nous régissent va garantir aux peuples d'Italie la jouissance de ces droits que la sagesse des nations n'a cessé de réclamer pour le bonheur des sociétés humaines, et dont il est si agréable au Sénat des Français de savoir que l'exercice est consacré chez des peuples amis.

» Ce noble sentiment ne sera pas troublé, sénateurs, par la crainte de voir l'élévation de l'étendard royal en Italie donner le signal des combats dans le continent européen.

» L'acte qui établit la monarchie italienne n'est que le compleinent de celui que les comices de Lyon ont proclamé, que les puissances de l'Europe ont reconnu, et qui a produit le traité solennel par lequel les états de Venise ont accru les vastes domaines de la maison d'Autriche.

On pourrait même dire qu'il n'en est qu'une sorte de traduction dans une langue plus adaptée aux mémorables événe mens qui se sont succédé.

» Et en effet, le pouvoir du roi sera-t-il bien différent de celui du président?

» Le territoire du royaume d'Italie sera-t-il plus étendu que celui de la république italienne ?

» Les ressources de la nouvelle monarchie seront-elles plus nombreuses que celles du gouvernement qu'elle remplace?

» Tous les rapports extérieurs avec les autres états ne seront-ils pas les mêmes ? Et ces rapports extérieurs ne serontils pas les seuls qui puissent atteindre et blesser la puissance étrangère la plus inquiète et la plus jalouse ? » Ď'ailleurs quelle modération pourrait être plus grande

grande que celle de la France ?

» Sénateurs, devancez le temps par votre pensée ; placezvous au milieu de la postérité, et lisez sur les bronzes de l'histoire impartiale et sévère ce discours remarquable qui retentit encore dans cette enceinte :

« Nous avons conquis la Hollande , les trois parts de l'Alle» magne, la Suisse , l'Italie tout entière. Nous avons été mo» dérés au milieu de la plus grande prospérité. De tant de » provinces, nous n'avons gardé que ce qui était nécessaire » pour nous maintenir au même point de considération et de

puissance ou a toujours été la France. Le partage de la Polo» gne, les provinces soustraites à la Turquie, la conquêté » des Indes et de presque toutes les colonies avaient rompu » à notre détriment l'équilibre général.

» Tout ce que nous avons jugé inutile pour le rétablir nous » l'avons rendu... »

Ajoutez à ces paroles admirables cette considération importante qui ne peut pas échapper à la politique.

L'ancienne monarchie française ne possédait pas la couronne d'Italie; mais les liens du sang et le pacte de famille qui l'unissaient étroitement au royaume des Deux-Siciles plaçaient en sa faveur dans la balance européenne un poids d'autant plus important, que par sa position au bout de l'Italie la cour de Naples pouvait agir comme à l'extrémité d'un grand levier,

Depuis douze ans les événemens ont montré si des liens d'une telle nature pouvaient être remplacés par ces intérêts que la froide raison découvre sans doute avec facilité, mais que les passions déguisent avec plus de facilité encore.

» Cependant, lorsque la Méditerranée, les îles qu'elle renferme et les continens qu'elle arrose ne seront plus menacés de nouvelles tempêtes, la couronne d'Italie ne sera plus réunie avec celle de l'empereur des Français.

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la course,

!

Quelle preuve éclatante de cette modération qui place la felicité des nations bien au-dessus de la gloire des conquêtes !

» La tranquillité de l'Europe ne sera donc troublée ni par la considération du présent, qui n'offre aucun changement dans les relations de l'Italie avec les puissances du continent, ni par la vue de l'avenir, ou le héros qui a conquis deux fois cetie mêine Italie a posé une limite que ses successeurs respecteront d'aulant plus qu'elle sera marquée du sceau de ses vertus et de ses principes.

» Ils sont tels ces principes de modération qu'ils l'auraient porté à refuser une seconde couronne ; mais il sait mieux que tout autre que la force du temps est la seule que

rien ne remplace.

» Il a été obligé de se soumettre à la nécessité de laisser ce temps, dont l'homme ne peut pas plus accélérer que

retarder consolider le monument qu'il élève pour

le bonheur de l'Italie , avant d'en confier la conservation à d'autres mains que les siennes.

» Ces mêmes principes n’annoncent-ils pas assez haut quels sentimens le dirigeront lorsqu'il pourra donner au monde la paix, , pour laquelle il a surmonté tant d'obstacles , remporté tant de victoires, et consenti à tant de sacrifices ?

» Voilà donc l'Europe rassurée et pour l'avenir et pour le présent.

» Le passé seul aurait dissipé ses craintes.

» A-t-on oublié en effet cette époque terrible où la France ne croyait plus pouvoir résister à l'envahissement dont elle était menacée qu'en renversant toutes les digues et en précipitant sur la face du globe ces torrens destructeurs coutre lesquels toute résistance aurait été vaine ?

Quel est celui qui a comblé les gouffres où allaient s'engloutir et toutes les idées d'ordre et de conservation, et toutes les leçons de l'expérience, et toutes les maximes de la sagesse ?

Quelle main a soutenu des trônes ébranlés de toutes parts ?

Quelle puissance, si ce n'est celle du génie de Napoléon, a raffermi l'Europe sur ses antiques fondemens?

» Ce même pouvoir rend aujourd'hui le repos à l'Italie.

» Ce vaste pays a été, depuis la chute de l'empire romain, le théâtre sanglant de presque toutes les discordes que

l'Europe a vu s'élever.

» Les foudres de la guerre ont encore plus ravagé sa surface que les laves brûlantes de ses volcans.

» Ces orages vont s'apaiser; le calme va renaître dans son sein avec la stabilité de ses institutions.

» Les états qui ont été le plus bouleversés seront les plus

»

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paisibles : gloire nouvelle, destinée au chef auguste des Français , et digne du grand siècle qui portera son nom!

» Sénateurs , vous avez transmis à votre commission , avec le décret par lequel S. M. impériale a accepté la couronne d'Italie , celui qui donne la principauté de Piombino à S. A. impériale la princesse Eliza et à ses descendans., et confere le titre de prince de Piombino, ainsi que le rang et les prérogatives de prince de l'Empire français, au mari de la princesse Eliza.

» Le Sénat, qui partage vivement les sentimens de la France pour l'auguste famille de S. M. impériale , voit d'ailleurs cette détermination avec d'autant plus de plaisir qu'il compte parmi ses membres le prince de Piombino.

» Mais indépendamment de ce motif personnel à chacun de nous , le Sénat a reconnu facilement dans le décret impérial une nouvelle

marque

de l'attention constante de Sa Majesté à tous les intérêls de la France.

» Piombino , dont le sort a dû être de dépendre presque toujours d'un état plus étendu , et qui a successivement passé sous la protection ou le haut domaine des Pisans , des Šiennois, de l’Aragon, des souverains pontifes , des ducs de Toscane, des empereurs d'Allemagne et des rois d'Espagne, aurait pu être donné à une puissance voisine par le gouvernement français, auquel l'a cédé le traité de Florence de 1801, avec la faculté d'en disposer à son gré, sans qu'il ait été réuni depuis au territoire de la France par aucune loi ni par aucun senatus-consulte.

» Mais la sûreté de l'île d'Elbe et même celle d'une partie de la Corse exigeaient que le territoire de Piombino ne cessat pas de dépendre de l'Empire français.

» La ville et la forteresse de Piombino sont situées à l'extrémité d'une péninsule qui termine à l'orient le golfe de Gênes , et qui s'avance vers l'ile d'Elbe au point de n'en être séparée que par un canal assez étroit. Le promontoire sur lequel elles sont báties est la partie de terre ferme la plus voisine non seulement de l'île d'Elbe, mais encore de celle de Corse. Porlo-Ferrajo, l'un des ports de l'île d'Elbe, est tourné vers Piombino ; et c'est uniquement par ce dernier territoire qu'on peut établir une communication facile du continent avec cette île , importante pour la France et par ses mines et par sa position.

» S. M. impériale aurait pu vous proposer un senatus-consulte pour réunir la principauté de Piombino à l'Empire français ; mais elle a voulu éviter toute apparence de chercher à étendre notre territoire. Elle s'est contentée d'établir à Piombino un tel régime que le prince ne pût jamais céder à aucuue influence étrangère nuisible à nos intérêts , contracter des alliances dont les effets nous fussent préjudiciables, négliger l'entretien des batteries , le soin des fortifications , et l'emploi des autres moyens de défense nécessaires pour empêcher son territoire de tomber sous un pouvoin ennemi.

» De plus, l'éclat de la couronne impériale de France demandait que le titre de prince de l'Empire fût réuni avec la qualité éminente de beau-frère de l'auguste monarque des Français.

» En créant ce titre d'honneur S. M. I. a usé de la prérogative que

lui donne l'article 14 de l'Acle des Constitutions de l'Empire du 28 floréal an 12, d’établir , par des statuts auxquels ses successeurs seront tenus de se conformer, et les devoirs des membres de la famille impériale envers l'empereur, et une organisation du palais impérial conforme à la dignité du trône et à la grandeur de la nation.

» C'est ainsi que des développemens successifs complètent nos institutions , et leur donnent cet éclat qui dispense si souvent du recours à la force , et cette stabilité le premier veu de l'homme d'état, parce qu'elle est la première source du bonheur des empires.

» Et remarquons en finissant une des choses qui frapperont le plus les observateurs attentifs dans la suite des merveilles opérées par Napoléon.

» C'est au milieu des mouvemens rapides et multipliés qui se succèdent et se pressent qu'il établit les élémens de la permanence ; il dirige toutes les actions pour les conduire au repos , et maîtrise tous les efforts pour produire l'équilibre.

» Votre commission m'a chargé d'avoir l'honneur de vous proposer le décret et la délibération qui suivent. »

DÉCRET.

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« Le Sénat conservateur, réuni au nombre de membres prescrit par l'article 90

de l'Acte des Constitutions du 22 fri» maire an VIII ;

Après avoir entendu le rapport de sa coinmission spéciale » nommée dans la séance du 28 ventose dernier,

» Décrète ce qui suit : » Le Sénat se transportera en corps auprès de Sa Majesté

l'empereur et roi pour lui offrir l'expression de la recon» naissance et de la vive satisfaction que lui inspire la commu» nication que sa Majesté impériale et royale a bien voulu lui » donner elle-inême de son acceptation de la couronne d'Ita

lie, et des autres déterminations qu'elle a prises pour le plus

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