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grand intérêt du peuple français et des peuples d'Italie. » (Adopté dans la même séance.)

DÉLIBÉRATION.. « Le Sénat arrête qu'une députation de dix sénateurs féli» citera en son nom Son Altesse le sénateur prince de Piom» bino sur la nouvelle marque de bienveillance qu'il vient de » recevoir de Sa Majesté impériale et royale.» (Adoptée dans la même séance.)

M. François ( de Neufchâteau) au nom du Sénat, et M. Fabre (de l’Aude) au nom du Tribunat, portèrent à l'empereur les félicitations de ces deux corps sur son avénement au trône d'Italie.

Quelques jours après la proclamation des actes relatifs à l'établissement de cette monarchie , Napoléon quitta Paris , visita les départemens de l'Empire et les principales villes de son nouveau royaume. Arrivé à Milan , il y fut couronné et intrônisé le 26 mai 1805. Il ne quitta l'Italie que lorsqu'il lui eut donné des actes constitutionnels, une organisation générale, et le prince Eugène pour vice-roi. Il nomma chancelier garde des sceaux de la couronne M. Melzi, qui avait été vice-président de la république italienne.

C'est dans ce voyage qu'il réunit Gênes à l'Empire, et transforma en une principauté la république de Lucques.

V.
RÉUNION DE GÊNES A L'EMPIRE FRANÇAIS.

INSTITUTION DE LA PRINCIPAUTÉ DE LUCQUES.

Réunion de Gênes.

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Le 25 mai 1805 le Sénat de la république Ligurienne (1) avait émis un væu dont voici la substance : « Le Senat, prenant en considéra» tion la situation actuelle de la République; convaincu qu'une

indépendance sans force ni moyens pour protéger le commerce, » source unique de prospérité, devient inutile à la Ligurie, surtout » depuis la réunion du Piémont à la France; considérant d'autre » part que le refus du gouvernement anglais au congrès d'Amiens de » reconnaître la république de Genève, à moins qu'elle ne reprenne » son ancienne organisation (condition à laquelle le peuple ne pour» rait jamais consentir ), met la République dans la dure nécessité

(1) En 1797 la république de Gênes s'était reconstituée sous le titre de république Ligurienne.

de

► de prendre part aux guerres maritimes entre la France et l'Angle» terre ; considérant que si d'un côté les puissances barbaresques » désolent le commerce ligurien et rendent impraticables les » communications maritimes , d'un autre côté les communications par » terre sont entravées par le système des douanes françaises; considé» rant que le seul moyen de sortir d'une situation si critique, » rétablir ses relations , de recouvrer ses droits , de faire cesser l'obs» tacle des douanes , de partager avec le commerce français tous les » avantages de la paix , etc. , serait la réunion à la France, et qu'il » conviendrait pour l'obtenir de profiter du voyage de S. M. l'empe» reur Napoléon en Italie ; le Sénat décrète que la réunion de la » république Ligurienne à l’Empire français sera demandée à S. M. ý impériale et royale, sous les conditions suivantes : 1° l'Etat ligurien, » sans le moindre démembrement, fera partic intégrante de l’Em» pire français ; 20 la dette publique de la Ligurie sera liquidée sur » les mêmes bases que celle de la nation française ; 30 Gênes con» servera son port franc avec tous ses priviléges ; 4° les acquéreurs » de biens nationaux seront garantis dans la possession pleine et » entière desdits biens , etc. , ctc. , etc. Le présent décret sera sou» mis à la sanction du peuple. » Les Liguriens se prononcèrent presque unanimement pour la réunion : il n'y eut que trente-six votes négatifs. En conséquence le doge, une députation du Sénat et du peuple se rendirent sur le champ à Milan pour y solliciter une audience de l'empereur Napoléon.

Discours adressé à S. M. impériale et royale par M. Durazzo, doge de

Gênes. Milan, le 4 juin 1805 (15 prairial an 13).

« Sire, nous apportons aux pieds de Votre Majesté impériale et royale le voeu du Sénat et du peuple ligurien. En régénérant ce peuple Votre Majesté s'est engagée à le rendre heureux ; il ne peut l'être , Sire, que régi par votre sagesse et défendu par votre valeur. Les changemens survenus autour de nous rendaient notre existence isolée des plus malheureuses, et commandent impérieusement notre réunion à cette France que vous couvrez de votre gloire. Tel est le vau , Sire , que nous sommes chargés de déposer dans vos mains augustes, et de supplier Votre Majesté de vouloir exaucer. Les raisons sur les. quelles il est basé prouvent à l'Europe qu'il n'est pas l'effet d'une influence étrangère , mais le résultat nécessaire de notre position actuelle. Daignez, Sire, entendre le væu d'un peuple qui fut attaché à la France dans les temps les plus dilliciles! Réunissez à votre Empire cette Ligurie premier théâtre de vos victoires, et marche première du trône sur lequel vous êtes assis pour le salut de toutes les sociétés civilisées. Veuillez nous accorder le bonheur d'être vos sujets ; Votre Majesté n'en saurait avoir de plus dévoués, de plus fideles. »

Réponse de l'empereur.

« Monsieur le doge, messieurs les députés du Sénat et du peuple de Gênes, les circonstances et votre vou m'ont plusieurs fois appelé depuis dix ans à intervenir dans vos affaires intérieures. J'y ai constamment porté la paix , et cherché à faire prospérer les idées libérales , qui seules auraient pu donner à votre gouvernement cette splendeur qu'il avait il y a plusieurs siecles ;

mais je n'ai pas tardé moi-même à me convaincre de l'impossibilité où vous étiez , seuls, de rien faire qui fût digne de vos pères. Tout a changé: les nouveaux principes de la législation des mers que les Anglais ont adoptés, et obligé la plus grande partie de l'Europe à reconnaitre ; le droit de blocus qu'ils peuvent étendre aux places non bloquées , et même à des côtes entières et à des rivières , qui n'est autre chose que le droit d'anéantir à leur volonté le commerce des peuples ; les ravages toujours croissans des Barbaresques, toutes ces circonstances ne vous offraient qu'un isolement dans votre indépendance. La postérité me saura gré de ce que j'ai voulu rendre libres les mers , et obliger les Barbaresques à ne point faire la guerre aux pavillons faibles, mais à vivre chez eux en agriculteurs et en honnêtes gens. Je n'étais animé que par l'intérêt et la dignité de l'homme. Au traité d'Amiens l'Angleterre s'est refusée à coopérer à ces idées libérales. Depuis une grande puissance du continent y a montré tout autant d'éioignement. Seul pour soutenir ces légitimes principes, il eût fallu avoir recours aux armes; mais je n'ai le droit de verser le sang

de mes peuples que pour des intérêts qui leur sont propres.

» Dès le moment où l'Europe ne put obtenir de l'Angleterre que le droit de blocus fût restreint aux places vraiment bloquées ; dès le moment que le pavillon des faibles fut sans défense et livré à la piraterie des Barbaresques, il n'y eut plus d'indépendance maritime ; et dès lors les gens sages prévirent ce qui arrive aujourd'hui.

» Ou il n'existe pas d'indépendance maritime pour un peuple commerçant, naît le besoin de se réunir sous un plus puissant pavillon. Je réaliserai votre væu; je vous réunirai à mon grand peuple. Ce sera pour moi un nouveau moyen de rendre plus efficace la protection que j'ai toujours aimé à vous accorder. Mon peuple vous accueillera avec plaisir ; il sait que dans toutes les circonstances vous avez assisté ses armées avic amitié, et les avec soutenues de tous vos moyens et de toutes vos forces. Il trouve d'ailleurs chez vous des ports et un accroissement de puissance maritime qui lui est nécessaire pour soutenir ses légitimes droits contre l'oppresseur des mers. Vous trouverez dans votre union avec mon peuple un continent, vous qui n'avez qu'une marine et des ports ; vous y trouverez un pavillon, que, quelles que soient les prétentions de mes ennemis , je maintiendrai sur toutes les mers de l'univers constarnment libre d'insultes et de visites , et affranchi du droit de blocus , que je ne reconnaitrai jamais que pour les places véritablement bloquées par terre comme par mer ; vous vous y trouverez enfin absolument à l'abri de ce honteux esclavage dont je souffre malgré moi l'existence envers les puissances plus faibles , mais dont je saurai toujours garantir mes sujets. Votre peuple trouvera dans l'estime que j'ai toujours eue pour lui , et dans ces sentimens de père que je lui porterai désormais, la garantie que tout ce qui peut contribuer à son bonheur sera fait.

» Monsieur le doge, messieurs les députés du Sénat et du peuple de Gênes , retournez dans votre patrie ; sous peu de temps je m'y rendrai , et là je scellerai l'union que mon peuple et vous contracterez. Ces barrières qui vous séparent du continent seront levées

pour l'intérêt commun, et les choses se trouveront placées dans leur état naturel. Les signatures de tous vos citoyens , apposées au bas du voeu que vous me présentez, répondent à toutes les objections que je pourrais me faire ; elles cor tuent le seul droit que je reconnaisse comme légitime : en le faisant respecter je ne ferai qu'exécuter la garantie de votre indépendance , que je vous ai promise.

Le 22 prairial an 13 (11 juin 1805) le pavillon tricolore fut arboré dans les ports, forteresses et états de Gênes, en présence du ministre de l'intérieur de l'Empire français , M. Champagny, délégué à cet effet par l'empereur. Dans le mois de messidor suivant , conformé ment à un décret rendu à Milan le 17 prairial, et dont l'exécution fut confiée à l'archi-trésorier, M. Lebrun , le territoire de la république Ligurienne fut divisé et organisé en trois départemens français : les départemens de Génes , de Montenotte , des Apennins. De Milan, Napoléon se rendit à Gênes pour présider aux différentes nominations. Bientôt après il appela le doge, M. Durazzo , au Sénat conservateur. Trois mois s'étaient écoulés depuis la réunion de ce pays à l'Empire lorsqu'il en informa le Sénat, à qui il fit en même temps soumettre l'acte relatif à la représentation au Corps législatif des trois nouveaux départemens,

Motifs du senatus-consulte organique portant réunion

de Gênes à l’Empire français, et contenant sa division en départemens , la fixation du nombre de ses députés, etc.; présenté au Sénat par M. Regnault (de Saint-Jean-d'Angely), conseiller d'état, le 13 vendémiaire an 14 (5 octobre 1805), en séance présidée par le grand électeur, prince Joseph. (1)

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Monseigneur, le respect des gouvernemens pour le droit des gens est la seule garantie de l'existence et de l'indépendance des petits états; ils fleurissent sous sa protection, comme le faible est heureux et libre dans les empires bien constitués sous la protection de la loi civile. » Mais lorsque les principes du monde civilisé sont mécon

alors les états trop faibles pour résister à la violence pour repousser les agressions, pour défendre leur territoire, pour faire respecter leur pavillon , sont obligés, par le sentiment de leur impuissance et par le besoin de leur conservation, de s'agréger à un état plus étendu, plus fort, qui les couvre de sa protection, et les défende par sa puissance.

» C'est ce qui est arrivé, messieurs, à la république Ligurienne. Déchue de son antique splendeur, réduite par la force des événemens successifs à son territoire européen, privée depuis longtemps du commerce immense qui la fił fleurir , dépouillée des places et comptoirs qu'elle occupa jadis en Afrique et en Asie, Gênes ne pouvait plus être défendue que par le droit des nations et la justice des gouvernenicns.

» Mais cette république avait en même temps pour ennemis les puissances barbaresques et l'Angleterre ; elle n'était conséquemment défendue ni par le droit des gens ni par la justice.

» Dans son port neutre , alors sous le canon impuissant de ses batteries , sous les yeux de ses citoyens indignés, de son gouvernement opprimé, des vaisseaux français ont été attaqués et pris, leurs équipages massacrés ou mis aux fers.

· Exilée des ports qu'elle souille par des violations inouïes, l'Angleterre se venge aujourd'hui en les fermant à toutes les

(1) Napoléon , alors à l'armée , avait délégué à son frère la présidence suprême du Sénat , comme un garant que son absence ne retarderait en rien la marche des affaires.

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