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nations commerçantes ; elle exerce ce prétendu droit de blocus par lequel elle met en interdit les côtes et les mers où l'on méconnaît sa domination.

» Le pavillon gênois ne pouvait donc se montrer dans la Méditerranée sans être la proie ou des flottes anglaises ou des corsaires barbaresques ; et ses marins gémissaient dans les prisons d’Angleterre ou dans les bagnes d’Alger et de Tunis.

» Nul vaisseau neutre n'osait risquer de se destiner pour ce pays malheureux, et les objets de première nécessité comme les objets de commerce, devenus rares d'abord , pouvaient d'un moment à l'autre cesser d'y aborder. »'D'un autre côté la culture d'un territoire peu

étendu pouvait fournir à la subsistance, et les lois des douanes de l'Empire, protectrices du commerce, favorables aux consommateurs français, interdisaient aux Gênois l'usage des ressources qu'invoquaient inutilement leurs besoins , trop parcimonieusement satisfaits par des concessions et des facilités accordées par la France à ses alliés au préjudice du commerce de Nice et de Marseille.

» C'est dans cet état de choses, messieurs, que le peuple gênois a tourné vers la nation française des regards d'espérance, et s'est flatté de renaître sous sa protection au repos et au bonheur.

» Le Sénat ligurien , interprète du vou des citoyens, a consigné dans ses registres celui qu'il avait recueilli de l'opi. nion publique.

» Bientôt il a pu s'assurer qu'il l'avait bien entendu ; qu'il ne s'était pas mépris dans le sens qu'il lui avait donné, puisque quatre-vingt mille signataires, c'est à dire le sixième de la population entière de la Ligurie, c'est à dire les habitans ioscrits sur les registres civiques , archevêques, évêques , prêtres, membres des universités, militaires, marins, citoyens, tous enfin, hors trente-six, ont ratifié le voeu de réunion à la France.

» Ce vou, messieurs, a été déposé au pied du trône de sa Majesté à Milan, le 4 juin (15 prairial dernier), par une députation du Sénat et du peuple de Gênes, ayant le doge à sa tête.

» Sa Majesté l'a accueillie; elle a promis la réunion désirée par le peuple entier de la Ligurie; et vous allez , messieurs, consacrer cette promesse par

le senatus-consulte

que

Sa Majesté nous a ordonné de vous apporter.

Déjà ce pays , que les aigles françaises couvrent depuis quelques mois de leurs ailes tutélaires , jouit des effets de leur puissance protectrice.

» Une escadre défend ses côtes contre les Anglais , et a fait respirer son commerce.

?

» Son port, franc, appellera bientôt tous les naviga teurs, et redeviendra un dépôt de toutes les consommations de l'Italie et d'une partie des richesses territoriales de la France.

» Les Barbaresques n'attaquent plus ses vaisseaux, où flotte un pavillon respecté.

» Les bagnes de l'Afrique se sont ouverts ; les fers des Gênois qui y étaient renfermés ont été brisés ; nos vaisseaux rédempteurs les ont ramenés dans leur patrie , et rendus à leur famille.

» Les lois civiles françaises y sont publiées, et y font sentir leurs bienfaits.

» Les tribunaux, régénérés, y rendent avec sagesse et impartialité des jugemens que le gouvernement fait exécuter avec fermeté et avec rigueur.

* La propriété y est respectée , et les brigands qui infestaient son territoire se cachent devant la police sévère , tremblent devant la justice inflexible.

» Les produits du commerce , de l'industrie ou de la culture ligurienne franchissent les Apennins et les Alpes , et les barrières des douanes françaises , enlevées , laissent arriver en échange tous les approvisionnemens nécessaires à la vie , et toutes les matières premières réclamées par l'industrie et les arts.

» Le territoire ligurien , qui formait la frontière maritime de nos départemens au delà des Alpes , fondu avec ces départemens, qui lui étaient nécessaires, et auxquels il sera utile , est amalgamé avec le territoire français, et jouit déjà des avantages d'une administration plus forte, plus habile , plus exercée.

» Sa Majesté a désigné des citoyens distingués parmi ces nouveaux Français pour siéger au Sénat et au conseil de l'Empire.

» Îl ne reste plus qu'à appeler au Corps législatif un nombre de députés proportionné à la population des départemens réunis.

» Le senatus-consulte que nous vous présentons, messieurs , assurera à la Ligurie devenue française, à la Ligurie, que nous appelons de ce nom pour la dernière fois, tous ces avantages. » Il consacre son incorporation avec le grand peuple.

Il détermine sa division en départeñens, en fixe les limites d'après les convenances, les rapports de localité, de mæurs ou d'intérêts , en modifiant , pour y mieux satisfaire , l'ancienne formation du département de Marengo, en supprimaat entièrement celui du Tauaro.

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1)

Il règle d'après la population le nombre des députés å élire pour le Corps législatif. (1)

» Il assure leur nomination prompte , et leur entrée pour la session de l'an 14.

» Il assigne la série ou doit être classé chaque département, et par conséquent fixe l'époque du renouvellement des députés.

» Enfin, il place Gênes à son rang parmi les grandes cités de l'Empire.

» Votre décret, messieurs, rendra irrevocable ce pacte solennel sollicité par un peuple entier , librement voté par tous ses citoyens, consacré par leurs sermens; ce pacte qui sera garanti par la justice, justifié par le bonheur , et défendu par la victoire. )

(Suivait le projet de senatus-consulte, adopté le 16 du même mois ( vendémiaire an 14 ), sur un rapport fait par M. Demeunier, organe d'une commission spéciale composée de MM. les sédateurs Chaptal, Garat , Lacépède , Ræderer', et le rapporteur.)

De la principauté de Lucques. Le 24 juin 1805 ( 5 messidor an 13), à Bologne, une députation de la République de Lucques, ayant à sa tête le gonfalonnier , reçut une audience de l'empereur et roi.

Discours de M. Belluomini , gonfalonnier. « Sire, l'expérience de quelques années, si fécondes dans une grande partie de l'Europe en événemens extraordinaires et mémorables, a produit au milieu de ces tristes leçons de grands avantages pour la société, en éclairant les peuples sur leurs intérêts et sur les formes de gouvernement les plus convenables à leur position.

» Le peuple lucquois, après avoir été agité dans les siècles passés par toutes les factions , par toutes les ambitions, qui se disputaient l'autorité; après avoir eu alternativement à gémir des excès du pouvoir arbitraire d'un tyran , ou du malheur de voir tous les talens , toutes les émulations comprimés par l'établissement d'une aristocratie contraire au vou du peuple comme à ses intérêts , avait eu dans ces derniers temps une constitution plus populaire , inais trop faible, trop incertaine pour

rallier tous les citoyens, pour consolider le gouvernement, pour lui donner quelque garantie de l'avenir.

(1) Le département de Gênes quatre députés, celui de Montenotte frois, et celui des Apennins deux.

» Dans la vue d'échapper aux malheurs d'un gouvernement arbitraire , à ceux d'une aristocratie concentrée dans quelques familles , aux inconvéniens d'une démocratie incertaine dans ses opérations et dans toutes ses vues, nous avons d'un commun accord , gouvernement, Corps législatif, citoyens, anciens nobles, artisans, le peuple entier, reconnu la nécessité d'un gouvernement constitutionnel et libre, remis entre les mains d'un prince qui, par ses alliances et sa position, nous arrache aux dangers de notre isolement et de notre faiblesse , puisse nous assurer le respect de nos voisins, et nous donner la garantie et la conviction de notre indépendance.

» Un prince allié de Votre Majesté peut seul assurer à notre patrie tous ces avantages : c'est là que nous trouvons la puissance qui nous environne , et qui ne voudra que nous protéger; c'est là qu'est la garantie des principes qui , même au inilieu des agitations politiques, ont toujours guidé nos peres , qui sont nécessaires à notre position , et pour la conservation desquels nous avons , d'un consenteinent unanime, résolu de

profiter du moment où Votre Majesté impériale était près de nos contrées pour la prier de fixer notre sort.

» J'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté les actes constitutionnels qui expriment les voeux des Lucquois, et les registres de leurs signatures. Le gouvernement, qui voit de plus près les besoins de l'État, a le premier émis son væu; le Corps législatif non seulement s'est empressé de l'adopter, mais chacun de ses membres a voulu le souscrire personnellement. Votre Majesté verra dans la multitude des signatures des citoyens de toutes les classes avec quel empressement ils se sont portés à exprimer individuellement les sentimens de

sentimens qui ne pouvaient se manifester d'une manière plus libre, plus spontanée, plus dégagée de toute influence étrangère.

». Si jamais commission publique m'a paru honorable et flatteuse , c'est sans doute , plus que toute aulre , celle où il m'est permis d'offrir à Votre Majesté impériale et royale l'hommage de la vive et respectueuse reconnaissance du peuple lucquois ; et je ne puis qu'envisager comme le plus heureux moment de ma vie celui où, appelé par le voeu public à remettre à des inains qui vous sont si chères les destinées de ma patrie , je vois s'ouvrir devant elle un avenir plus brillant et plus fortune. L'indépendance de Lucques sera protégée , Sire, par votre bienveillance envers elle , par le voisinage de vos élats , par la sécurité que lui donnent votre appui et votre gloire ; son bonleur va se trouver associé à celui d'une partie de yotre auguste famille. S'il fallait à mon pays une nouvelle garantie de son

leur cour ,

existence, il la trouverait, Sire, dans les affections personnelles de Votre Majesté. »

Réponse de l'empereur.

« Monsieur le gonfalonnier , messieurs les députés des anciens et du peuple de Lucques, mon ministre près votre République m'a prévenu de la démarche que vous faites ; il m'en a fait connaître toute la sincérité. La république de Lucques, sans force et sans armée, a trouvé sa garantie pendant les siècles passés dans la loi générale de l'Empire , dont elle dépendait. Je considère aujourd'hui comme une charge attachée à ma couronne l'obligation de concilier les différens partis qui peuvent diviser l'intérieur de votre patrie.

» Les Républiques de Florence, de Pise, de Sienne, de Bolo gne, et toutes les autres petites républiques qui au quatorzième siècle partageaient l'Italie, ont eu à éprouver les mêmes inconvéniens ; toutes ont été agitées par la faction populaire et par celle des nobles. Cependant ce n'est que de la conciliation de ces différens intérêts que peuvent naître la tranquillité et le bon ordre. La constitution que vous avez depuis trois ans est faible : je ne me suis point dissimulé qu'elle ne pouvait atteindre son but. Si je n'ai jamais répondu aux plaintes qui m'ont été portées souvent par les différentes classes de vos citoyens, c'est quej'ai sentiqu'il est des inconvéniens qui naissent de la nature des choses, et auxquels il n'est de remède que lorsque les différentes classes de l'État éclairées sont toutes réunies dans une même pensée, celle de trouver une garantie dans l'établissement d'un gouvernement fort et constitutionnel. J'accomplirai donc votre væu : je confierai le gouvernement de vos peuples à une personne qui m'est chère par les liens du sang. Je lui imposerai l'obligation de respecter constamment vos constitutions. Elle ne sera animée que du désir de remplir ce premier devoir des princes, l'impartiale distribution de la justice; elle protégera également tous les citoyens, qui, s'ils sont inégaux par la fortune , seront tous égaux à ses yeux. Elle ne reconnaîtra d'autre différence entre eux que celle provenant de leur mérite, de leurs services et de leurs vertus.

» De son côté le peuple de Lucques sentira toute la confiance que je lui donne , et aura pour son nouveau prince les sentimens

que des enfans doivent à leur père, des citoyens à leur magistrat suprême , et des sujets à leur prince. Dans le mouvement général des affaires, ce sera pour moi un sentiinent doux et consolant de savoir que le peuple de Lucques est heureux, content, et sans inquiétude sur son avenir ; je con

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