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tinuerai d’être pour votre patrie un protecteur qui ne sera jamais indifférent à son sort. »

Par un acte daté du même jour, Napoléon consentit à ce que le gouvernement de Lucques fit confié, sous sa garantie impériale, de ses très chers et très aimés beau-frère et soeur le prince et la princesse de Piombino et leur descendance, etc.'; et, conformément au vou des Lucquois, il nomma immédiatement les ministres, les conseillers d'état et les sénateurs de cette nouvelle principauté. Le gonfalonnier Belluomini cut le ministère des finances.

VI.

RUPTURE AVEC L'AUTRICHE ET LA RUSSIE. CAMPAGNE DE TROIS MOIS. - BATAILLE D'AUSTERLITZ. - PAIX DE PRESBOURG.

Depuis deux mois l'empereur était de retour à Paris , où il avait reçu les félicitations des corps constitués, des cours de justice,

des principaux fonctionnaires, etc., sur son voyage dans les départemens de l'Empire et sur son couronnement en Italie. Il n'y avait eu d'autre communication au Sénat que celle relative au changement de calendrier. ( Voyez plus loin, après les cent jours de l'an 14.)

- On remarquait une sombre agitation dans les ministères ; des préparatifs, qu'en vain le gouvernement cherchait à rendre secrets, nourrissaient le bruit qui s'était répandu d'une rupture de la paix continentale ; enfin l'on attendait avec impatience, mais sans inquiétude, une publication officielle, lorsqu'un programme parut qui annonçait que le jer vendémiaire Napoléon se rendrait en personne au Sénat avec toute la pompe impériale , et qu'auparavant il recevrait l'hommage des magistrats du peuple. Le cortege se réunissait à l'Ecole militaire.

Discours adressé à l'empereur par le préfet de la Seine

(Frochot), au nom des autorités municipales de Paris. - A l'Ecole militaire, le 1er vendémiaire an 14. (23 septembre 1805.)

« Sire, voilà les clefs de Paris, de la capitale de votre Empire, de cette ville que vous avez rendue la première ville du monde.

» En vous offrant cet antique symbole de la soumission et du dévouement de la cité, nous ne saurions vous dissimuler, Sire,

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que la joie , ce sentiment heureux qui toujours signale l'arrivée de Votre Majesté dans les murs de sa capitale , se joint aujourd'hui à des émotions plus graves, et non moins digues sans doute d'être appréciées par Votre Majesté.

» L'annonce d'une séance impériale au Séuat, les bruits qui avaient précédé cette annonce, ceux encore qui l'ont suivie, quelques circonstances connues, quelques autres qu'on croit connaître , en un mot ce que l'on sait, et même ce qu'on suppose, tout cela depuis quelques jours a jeté dans les esprits une sorte d'agitation qui ne demande qu'un mot

pour

devenir l'élan le plus national et le plus généreux.

» Ce mot, Sire, nous l'attendons, et cette foule immense qui va se précipiter sur votre passage est impatiente d'apprendre quel essor sera permis, ou quelle mesure sera prescrite à son indignation et à son zèle.

» A Dieu ne plaise , Sire , que nous cherchions à pressentir ni les desseins de votre haute sagesse , ni les conceptions de ce puissant génie qui vous a rendu parlout maître des temps, des lieux et des événemens ! Mais s'il est vrai, comme on le répand , que l'on en veuille à votre personne , que l'on en veuille à l'indépendance de la nation , à nos libertés, à nos constitutions , ordonnez que notre défense soit proportionnée à l'intérêt d'une telle cause. Où qu'il faille marcher, croyez que tout sera bientôt prêt à vous suivre , à vous servir, à vous ven

» Tels sont , Sire, les sentimens de votre bonne ville de Paris. »

ger!

et de

SÉNAT. Séance impériale. - (Du même jour.)

Discours de l'empereur et roi. Sénateurs , dans les circonstances présentes de l'Europe, j'éprouve le besoin de me trouver au milieu de vous, vous faire connaître mes sentimens.

► Je vais quitter ma capitale pour me mettre à la tête de l'armée, porter un prompt secours à mes alliés, et défendre les intérêts les plus chers de mes peuples.

» Les võux des éternels ennemis du continent sont accomplis ; la guerre a commencé au milieu de l'Allemagne. L'Auiriche et la Russie se sont réunies à l'Angleterre, et notre génération est entraînée de nouveau dans toutes les calamités de la guerre. Il y a peu de jours j'espérais encore que la paix ne serait point troublée; les menaces et les outrages m'avaient trouvé impassible : mais l'armée autrichienne a passé l'Inn ; Munich est 'envahie ; l'électeur de Bavière est chassé de sa capitale; toutes mes espérances se sont évanouies.

» C'est dans cet instant que s'est dévoilée la méchanceté des ennemis du continent: ils craignaient encore la manifestation de mon profond amour pour la paix ; ils craignaient que l'Autriche, à l'aspect du gouffre qu'ils avaient creusé sous ses pas , ne revînt à des sentimens de justice et de modération ; ils l'ont précipitée dans la guerre. Je gémis du sang qu'il va en coûter à l'Europe ; inais le nom français en obtiendra un nouveau lustre.

Sénateurs, quand à votre vou, à la voix du peuple français tout entier, j'ai placé sur ma tête la couronne impériale, j'ai reçu de vous, de tous les citoyens , l'engagement de la maintenir

pure et sans tache. Mon peuple m'a donné dans toutes les circonstances des preuves de sa confiance et de son amour. Il volera sous les drapeaux de son empereur et de son armée, qui dans peu de jours auront dépassé les frontières.

Magistrats , soldats, citoyens , tous veulent maintenir la patrie hors de l'influence de l'Angleterre , qui , si elle prévalait, ne nous accorderait qu'une paix environnée d'ignominie et de honte , et dont les principales conditions seraient l'incendie de nos flottes, le comblement de nos ports et l'anéantissement de notre industrie.

» Toutes les promesses que j'ai faites au peuple français je les ai tenues. Le peuple français à son tour n'a pris aucun engement avec moi qu'il n'ait surpassé. Dans cette circonstance si importante pour sa gloire et la mienne, il continuera à mériter ce nom de grand peuple dont je le saluai au milieu des champs de bataille.

» Français, votre empereur fera son devoir; mes soldats feront le leur ; vous ferez le vôtre. »

Exposé de la conduite réciproque de la France et de l'Autriche depuis

la paix de Lunéville: Lu par le ministre des relations extérieures (Talleyrand).

« Toute l'Europe sait que dans la guerre , au milieu même des succès les plus signalés et les plus décisifs, l'empereur des Français n'a pas cessé de désirer la paix ; qu'il l'a souvent offerte à ses ennemis ; qu'après les avoir réduits à la recevoir comnie un bienfait, il la leur a donnée à des conditious qu'ils n'auraient pas osé se promettre , et qui ont rendu sa modération non moins éclatante que ses victoires. Il sent tout le prix de la gloire acquise par les armes dans une guerre juste et néces saire ; mais il est une gloire plus douce et plus chère à son

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cour : son premier vou , le but constant de ses efforts ont toujours été la tranquillité de l'Europe , le repos et la félicité des peuples.

» Ce but était atteint ; ce vou se trouvait rempli par la paix d'Amiens. L'empereur fit tout pour la rendre durable ; elle subsisterait encore si la prospérité croissante de la France n'en eût

pas fixé le terme. D'abord elle fut altérée par les démarches artificieuses et bientôt rompue par la perfidie ouverte du cabinet de Saint-James ; 'inais du moius la paix régnait sur le continent : à travers les prétextes mensongers et vains dont l’Angleterre cherchait à se couvrir , l'Europe démêlait aisément ses véritables motifs.

L'Angleterre craignait de voir se relever de leurs ruines , et comme renaître de leurs cendres, les colonies françaises , qui avaient été et qui pouvaient redevenir si florissantes ; sa jalousie voulait étouffer ou du moins arrêter dans son essor l'in:lustrie française , ranimée par la paix ; elle nourrissait le désir insensé d'éloigner le pavillon français des mers ou il parut jadis avec tant d'éclat, ou du moins de le réduire à ne plus s'y montrer que dans un état d'abaissement indigne du rang que la France tient entre les nations. Mais ce n'étaient pas là les seuls motifs de l'Angleterre ; elle était encore poussée par cette insatiable avidité qui lui fait convoiter le monopole de tous les commerces et de toutes les industries ; par cet orgueil démesuré qui lui persuade qu'elle est la souveraine des mers, et qui est l'unique fondement du despotisme monstrueux qu'elle y exerce.

.
La
cause que

la France avait à défendre était donc la cause de l'Europe , et il était naturel de penser que ni les intrigues de l'Angleterre , ni l'or qu'elle annonçait à tous ceux qui voudraient servir son ambition (1), ni ses promesses fallacieuses ne pourraient engager dans son parti aucune des puissances continentales. Aucune en effet ne parut vouloir accueillir ses propositions et ses instances.

Tranquille sur les dispositions du continent, l'empereur tourna toutes ses pensées vers la guerre maritime, pour laquelle il lui fallait tout créer : des flottes furent construites, des ports furent creusés, des camps s'éleverent sur les bords de

(1) « NI. Pitt, dans la séance du 18 février 1805, après avoir présenté le budget de l'année, demanda et obtint , pour ce qu'il appela continental uses, cinq millions sterling; et, dans la séance du 12 juillet , jour de la clôture du parlement, il demanda et obtint, pour le même usage, un supplément de trois millions et demi sterling.

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carnage et de

sang; mais il

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TOcéan; l'empereur y réunit toutes les forces de son Empire, et ses troupes , se formant sous ses yeux à des opérations toutes nouvelles, se préparerent à de nouveaux triomphes.

» L'Angleterre vit quels dangers la menaçaient; elle crut les détourner

par des crimes : des assassins furent jetés sur les côtes de France; les ministres anglais près les puissances neutres devinrent les agens d'une guerre infâme autant qu'atroce, d'une guerre de conspirations et d'assassinats.

» L'empereur vit ces misérables complots; il les méprisa, et n'en offrit pas moins la paix aux mêmes conditions auxquelles elle avait été précédemment faite.

» Tant de générosité ne put calmer, et sembla plutôt accroître les fureurs du cabinet de Saint-James. Sa réponse fit voir clairement qu'il ne penserait à la paix qu'après avoir perdu l'espoir de couvrir le continent de sentait que pour venir à bout d'un tel dessein il ne lui suffisait pas d'associer à ses vues une puissance étrangère presque autant que l'Angleterre , par sa position, au système continental ; que, n'ayant rien à attendre de la Prusse, dont les sentimens étaient trop connus son espérance serait vaine tant que l'Autriche resterait fidèle à sa neutralité.

L'Autriche , après avoir éprouvé deux fois, à l'issue de deux guerres malheureuses, aux époques des traités de CampoFormio et de Lunéville , jusqu'à quel point la France aimait à se montrer généreuse envers un ennemi vaincu , n'avait pas, comme la France, religieusement observé ses traités. Nonobstant leurs stipulations formelles , la dette de Venise n'était point acquittée; elle était même déclarée anéantie : l'empereur savait que ses sujets de Milan et de Mantoue éprouvaient un déni de justice, et que la cour de Vienne n'en payait aucun, mépris des engagemens solennels qu'elle avait contractés.

» Il savait que les relations de commerce de son royaume d'Italie avec les états héréditaires étaient entravées , et que ses sujets , Français et Italiens , ne trouvaient en Autriche qu'un accueil bien différent de celui auquel l'état de paix leur donnait droit de s'attendre.

» Dans le partage des indemnités en Allemagne , l'Autriche avait été traitée avec une faveur qui devait combler ses désirs, et passer même ses espérances ; cependant ses démarches annonçaient que son ambition n'était pas satisfaite : elle employait tour à tour la séduction et les menaces pour se faire céder

par de petits princes des possessions à sa convenance. C'est ainsi qu'elle avait acquis sur le lac de Constance Lindau, et dans le lac même l'île de Menau , ce qui mettait entre ses mains l'une des clefs de la Suisse ; elle s'était fait céder par.

au

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