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Romain à qui il suffisait de frapper la terre du pied pour en faire sortir des légions.

N'en doutons pas, messieurs , elle retentira dans tous les coeurs français cette phrase sublime du discours prononcé hier par l'empereur! Oui, le peuple français voudra toujours être ce qu'il était lorsque, sur un champ de bataille, le premier il le salua du nom de grand peuple !

» Messieurs, votre commission spéciale m'a chargé de vous proposer d'adopter les deux projets de sénatus-consulte. » ( Adoptés dans la même séance.).

A ces mesures s'en joignaient d'autres , prises directement par le chef de l'Etat : les conscrits de réserve des années précédentes étaient mis en activité ; les anciens soldats retirés par congés, mais encore en état de servir , étaient rappelés sous les drapeaux avec des avantages particuliers; la marche des troupes, la disposition des camps, la distribution des commandemens, le transport des munitions, etc., tout était ordonné, et déjà prêt pour l'entrée en campagne. L'empereur quilta Paris le 2 vendémiuire : il était accompagné de l'impératrice. Ce même jour des conseillers d'état se rendirent par son ordre au Tribunat pour y faire les communications que le Sénat avait reçues la veille. Le Tribunat les renvoya å l'examen d'une commission. Un rapport eut lieu le 4, dont les conclusions , vivement appuyées et même encore développées par un grand nombre d'orateurs , portaient qu'une adresse serait faite à Sa Majesté pour lui exprimer l'indignation que ses fidèles sujets les membres du Tribunat ont éprouvée à la nouvelle des démarches hostiles de l'Autriche et de la Russie , et pour l'assurer de leur reconnaissance, de leur dévouement, etc. L'adresse fut rédigée le 5: Napoléon était déjà à Strasbourg. Le Tribunat délibéra qu'elle serait portée à l'empereur par une députation de douze de ses membres , et son président à leur tête. La députation partit sur le champ; mais chaque jour une victoire augmentait la distance qui la séparait de l'empereur :

qu'après deux mois qu'elle reviendra rendre compte de sa mission. ADRESSE du Tribunal à l'empereur (1). Du 5 ven

démiaire an 14. ( 27 septembre 1805.) « Sire , vos fidèles sujets les membres du Tribunat, en recevant la communication que vous avez ordonnée en leur faveur,

ce n'est

(1) Adresse proposée par M. Fréville , au nom d'une commission composée de MM. Fabre (de l’Aude), Tarrible, Duvidal, Faure , Girardin, Arnoult , Jard-Panvilliers, Jaubert, Leroy, Jubé, CarrionNisas et Fréville.

une

guerre nouvelle

ont éprouvé au même degré et l'indignation contre les puissances qui vous provoquent , et l'admiration pour la persévérance que vous avez mise à essayer tous les moyens qui pouvaient préserver le continent des calamités de la guerre. Si elle a été infructueuse pour la paix cette modération héroïque , elle ne demeure

pas stérile ; elle assure à Votre Majesté la reconnaissance de ses peuples : ils bénissent la magnanimité du héros qu'on vit toujours aussi habile à lancer le char de la victoire que prompt à l'arrêter dès que l'honneur et l'intérêt national permettaient de prêter l'oreille à la voix de l'humanité.

» Votre Majesté avait accompli les préparatifs d'une expédition qui devait punir la violation du traité d'Amiens, et affranchir les mers. C'est au moment où les alarmes de l'Angleterre annoncent sa détresse que l'Autriche et la Russie se montrent, non simplement menaçantes, mais complètement armées. Sire , cette perfidie révèle le mystère d'une longue intelligence entre nos ennemis. Ce n'est

pas qu'ils commencent; ils rallument celle qu'ils entreprirent il y a treize ans contre notre indépendance. Sous la foi des traités, ils n'ont jamais prétendu recueillir que les avantages d'une trève fallacieuse. Vous aviez vaincu les armées, mais non la haine de l'Autriche. Vous vous êtes efforcé d'en douter, Sire; c'était l'incrédulité de votre coeur, repoussant la nécessité de nouveaux sacrifices pour vos sujets. D'ailleurs vous aviez été si généreux ! Pouviez-vous croire à tant d'ingratitude ? Vous êtes si puissant ! Deviez-vous craindre qu'on osât vous défier ?

» Mais ce qui provoque la jalouse fureur de nos ennemis c'est la puissance même de Votre Majesté, inséparable de la prospérité de l'Empire. Certes ils ont de nombreux griefs à alléguer s'ils les comptent par tous ces actes de sagesse, par tous ces traits de bonté qui chaque jour augmentent les ressources. de l'Etat et l'enthousiasme du peuple pour votre auguste per sonne ! Il faut que leur haine soit bien aveugle , puisqu'ils ne voient pas qu'une coalition conduite comme un complot a déjà pour effet , aura pour résultat infaillible d'accroître cette puissance, qu'ils attaquent si imprudemnent ! En conspirant contre la gloire de l'empereur et la splendeur de la France , ils resserrent encore les liens de bienveillance et de fidélité, d'amour et d'admiration qui unissent le monarque et la nation dans l'irrésistible alliance de la force el du génie.

» Sire , vous n'aurez pas vainement invoqué les engagemens que votre peuple a contractés avec vous lorsque vous lui avez consacré votre existence en vous asseyant sur le trône. Plus vous avez montré de sollicitude pour lui épargner les calamités d'une nouvelle guerre, plus il est disposé à les abréger par de prompts et grands efforts , plus il est déterminé à vous offrir tous les moyens', toutes les preuves de dévouement qui peuvent vous mettre en état de dicter à vos ennemis une paix glorieuse et durable.

Sire, à l'instant où le Tribunat vous répond de l'ardeur et de la constance des Français pour la cause du prince et de la patrie, il a la conscience d'exprimer le sentiment national aussi fidèlement qu'à l'époque où il pressa. Votre Majesté de placer sur tant de lauriers la couronne impériale.

Arrivé à Strasbourg le 4 vendémiaire, le 9 l'empereur passa le Rhin. Le 14 l'armée française entrait en Bavière. L'empereur avait annoncé sa présence à l'armée par deux proclamations, l'une à ses soldats , l'autre aux Bavarois. Il fit hommage à sa capitale des premières dépouilles de l'ennemi.

L'EMPEREUR à l'armée.

« Soldats, la

guerre

de la troisième coalition est commencée. L'armée autrichienne a passé l'Ion, violé les traités, attaqué et chassé de sa capitale notre allié.

Vous-mêmes vous avez dû accourir à marches forcées à la défense de nos frontières. Mais déjà vous avez passé le Rhin; nous ne nous arrêterons plus que nous n'ayons assuré l'indépendance du corps germanique, secouru nos alliés, et confondu l'orgueil des injustes agresseurs. Nous ne ferons plus de paix sans garantie ; notre générosité ne trompera plus notre politique.

Soldats, votre empereur est au milieu de vous. Vous n'êtes que l'avant-garde du grand peuple ; s'il est nécessaire, il se levera tout entier à ma voix pour confondre et dissoudre cette nouvelle ligue, qu'ont lissue la haine et l'or de l'Angleterre.

» Mais, soldats, nous aurons des marches forcées à faire, des fatigues et des privations de toute espèce à endurer. Quelques obstacles qu'on nous oppose , nous les vaincrons , et nous ne prendrons de repos que nous n'ayons planté nos aigles sur le territoire de nos ennemis. Signé NAPOLÉON. »

L'EMPEREUR des Français à l'armée bavaroise. « Soldats bavarois, je me suis mis à la tête de mon armée pour délivrer votre patrie des plus injustes agresseurs.

» La maison d'Autriche veut détruire votre indépendance et vous incorporer à ses vastes états. Vous serez fideles à la mémoire de vos ancêtres, qui , quelquefois opprimés, ne fu

rent jamais abattus , et conserverent toujours cette indépendance, cette existence politique qui sont les premiers biens des nations, comme la fidélité à la maison Palatine est le

premier de vos devoirs.

» En bon allié de votre souverain, j'ai été touché des marques d'amour que

lui avez données dans cette circonstance importante. Je connais votre bravoure; je me flatte qu'après la première bataille je pourrai dire à votre prince ei à mon peuple que vous êtes dignes de combattre dans les rangs de la grande armée. » LETTRE de l'empereur aux préfet et maires de la ville

de Paris.

vous

« Messieurs les préfet et maires de notre bonne ville de Paris, nos troupes ayant , au combat de Wertingen, défait douze bataillons de grenadiers , l'élite de l'arınée autrichienne, toute son artillerie étant restée en notre pouvoir, ainsi qu'un grand nombre de prisonniers et huit drapeaux, nous avons résolu de faire présent des drapeaux à notre bonne ville de Paris, et de deux pièces de canon pour rester à l'Hôtel-deVille. Nous désirons que notre bonne ville de Paris voie dans ce ressouvenir et dans ce cadeau , qui lui sera d'autant plus précieux que c'est son gouverneur (Murat) qui commandait nos troupes au combat de Wertingen, l'amour que nous lui portons. Cette lettre r’étant à d'autre fin, nous prions Dieu qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde.

» Au quartier impérial d’Augsbourg , ce 18 vendémiaire an 14. Signé NAPOLÉON. (1)

L'armée avait pour chefs , sous les ordres de l'empereur, les généraux Bernadotte, Murat, Ney, Soult, Lannes , Augereau , Vandamme, Mortier, Davoust, Marmont, Bessières, Oudinot, etc. Massena commandait en Italie. Sur tous les points on comptait de rapides victoires. Le cinquième bulletin de la grande armée, daté du 20 vendémiaire, annonçait « qu'avant quinze jours les destins de » la campagne et des armées autrichiennes et russes seraient fixés.

L'empereur avait fait former en cercle chaque régiment pour leur

parler de la situation de l'ennemi, de l'imminence d'une grande » bataille , et de la confiance qu'il avait en eux. Cette harangue eut » lieu pendant un temps affreux ; il tombait une neige abondante; » la troupe avait de la boue jusqu'aux genoux, et éprouvait un froid

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(1) A: la réception de cette lettre, une députation des maires de París se rendit auprès de l'empereur , qui la recut à Schenbrunn.

en

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» vil. Mais les paroles de l'empereur étaient de flammes; en l’écou» tant le soldat oubliait ses fatigues et ses privations , et était impa. v tjent de voir arriver l'heure du combat. » Bientôt elle sonna même temps que l'heure du triomphe. Le sixième bulletin restera comme un document historique : il est compris dans la séance

sénatoriale qui suit. SÉNAT. Message de l'empereur; envoi de quarante

drapeaux. - Séance du 2 brumaire an 14 ( 24 octobre 1805), présidée par le prince Joseph, grand électeur.

Discours du président. « Sénateurs, au milieu de ses triomphes, Sa Majesté l'empereur a éprouvé le besoin de donner au Sénat une nouvelle marque de son affection ; c'est l'objet du message que Sa Majesté m'ordonne de mettre sous vos yeux.

• Vous verrez , messieurs, qu'il tarde à Sa Majesté que la jeunesse française puisse prendre part aux nouveaux succès qui l'attendent.

Mais déjà nos jeunes conscrits sont en mouvement ; tous partent ou sont partis.

» Toutes les familles savent que lorsque leurs enfans se rendent à la grande armée ils vont se ranger sous l'égide du père commun des Français , plus avare encore de leur sang qu'avide de leur gloire.

L'empereur et son armée ont dépassé les espérances de la nation : je suis heureux de pouvoir vous dire qu'elle répond • d'une manière digne d'elle à l'appel glorieux de son chef. »

Message de l'empereur. « Sénateurs, je vous envoie quarante drapeaux conquis par mon armée dans les différens combats qui ont eu lieu depuis celui de Wertingen. C'est un hommage que moi et mon armée faisons aux sages de l'Empire ; c'est un présent que des enfans font à leurs pères. Sénateurs, voyez-y une preuve de ma satisfaction pour la manière dont vous m'avez constamment secoudé dans les affaires les plus importantes de l'Empire. Et vous , Français , faites marcher vos frères ; faites qu'ils accourent combattre à nos côtés, afin

que,
effusion de

sang, sans efforts, nous puissions repousser loin de nous toutes les armées que forme l'or de l’Angleterre, et confondre les auxiliaires de l'oppresseur des mers ! Sénateurs, il n'y a pas encore un mois que je vous ai dit que votre empereur et son armée feraient leur devoir ; il me tarde de pouvoir dire que mon peuple ą

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sans

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