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fait le sien. Depuis mon entrée en campagne j'ai dispersé une armée de cent mille hommes ; j'en ai fait prés de la moitié prisonnière ; le reste est tué, blessé ou déserté, et réduit à la plus grande consternation. Ces succès éclatans je les dois à l'amour de mes soldats , à leur constance à supporter la fatigue. Je n'ai pas perdu quinze cents hommes, tués ou blessés. Sénateurs, le premier objet de la guerre est déjà reinpli ; l'électeur de Bavière est rétabli sur son trône. Les injustes agresseurs ont été frappés comme de la foudre, et, avec l'aide de Dieu, j'espère, dans un court espace de temps, triompher de mes autres ennemis.

» De mon camp impérial d'Elchingen, le 26 vendémiaire an 14. Signe NAPOLÉON. »

SixíÊME BULLETIN de la grande armée. (Lu par le prince Joseph.)

Elchingen , le 26 vendémiaire an 14. ( 18 octobre 1805.)

« La journée d'Ulm a été une des plus belles journées de l'histoire de France. La capitulation de la place est ci-jointe, ainsi que l'état des régimens qui y sont enfermés. L'empereur eût pu l'enlever d'assaut ; mais vingt mille hommes, défendus par des ouvrages et par des fossés pleins d'eau, eussentopposé de la résistance, et le vif désir de S. M. était d'épargner le sang. Le général Mack, général en chef de l'armée, était dans la ville. C'est la destinée des généraux opposés à l'empereur d'être pris dans des places : on se souvient qu'après les belles manoeuvres de la Brenta le vieux feld maréchal Wurmser fut fait prisonnier dans Mantoue ; Mélas le fut dans Alexandrie ; Mack l'est dans Ulm.

» L'armée autrichienne était une des plus belles qu'ait eue l'Autriche : elle se composait de quatorze régimens d'infanterie formant l'armée dite de Bavière , de treize régimens de l'armée du Tyrol et de cinq régimens venus en poste d'Ita. lie, faisant trente-deux régimens d'infanterie, et de quinze régimens de cavalerie.

L'empereur avait placé l'armée du prince Ferdinand dans la même situation où il plaça celle de Mélas. Après avoir hésité longlemps, Mélas prit la noble résolution de passer sur le corps de l'armée française ; ce qui donna lieu à la bataille de Marengo : Mack a pris un autre parti. Ulm est l'aboutissant d'un grand nombre de routes ; il a conçu le projet de faire échapper ses divisions par chacune de ces routes , et de les réunir en Tyrol et en Bohême. Les divisions Hohenzollerna

et Werneck ont débouché par Heydenheim; une petite division a débouché par Memmingen. Mais l'empereur, dès le 20, accourut d'Augsbourg devant Ulm, déconcerta sur le champ les projets de 'ennemi , et fit enlever le pont et la position d'Elchingen, ce qui rémédia à tout.

» Le maréchal Soult, après avoir pris Memmingen, s'était mis à la poursuite des autres colonnes. Enfin il ne restait plus au prince Ferdinand d'autre ressource que de se laisser en. fermer dans Ulm, ou d'essayer par des sentiers de rejoindre la division de Hohenzollern : ce prince a pris ce dernier parti; il s'est rendu à Aalen avec quatre escadrons de cavalerie.

» Cependant le prince Murat était à la poursuite du prince Ferdinand. La division, Werneck a voulu l'arrêter à Langenau; il lui a fait trois mille prisonniers, dort un officier général, et lui a enlevé deux drapeaux. Tandis qu'il mancuvrait par

sa droite à Heydenheim , le maréchal Lannes marchait par Aalen et Nordlingen. La marche de la division ennemie était embarrassée par cinq cents charriots, et affaiblie par le combat de Langenau. A ce combat le prince Murat a été très satisfait du général Klein. Le vingtième régirnent de dragons, le neuvierne d'infanterie légère, et les chasseurs de la garde impériale , se sont particulièrement distingués. L'aide de camp Brunet a montré beaucoup de bravoure.

» Ce combat n'a point retardé la marche du prince Murat, Il s'est porté rapidement sur Neresheim , et le 25, à cinq heures du soir, il est arrivé devant cette position. La division de dragons du général Klein a chargé l'ennemi.Deux drapeaux, un officier général et mille hommes ont été de nouveau pris au combat de Neresheim. Le prince Ferdinand et sept de ses généraux n'ont eu que le temps de monter à cheval : on a trouvé leur dîner servi. Depuis deux jours ils n'ont aucun point pour se reposer. Il paraît que le prince Ferdinand ne pourra se soustraire à l'armée française qu'en se déguisant ou en s'enfuyant avec quelques escadrons par quelque route détournée d'Allemagne.

L'empereur traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel autrichien témoignait son étonnement de voir l'empereur des Français trempé, couvert de boue , autant et plus fatigué que le dernier tambour de l'armée. Un de ses aides de camp lui ayant expliqué ce que disait l'officier autrichien , l'empereur lui fit répondre : Votre maître a voulu me faire ressouvenir que j'étais un soldat; j'espère qu'il conviendra que le tróne et la pourpre impériale ne m'ont pas fait oublier mon premier métier.

» Le spectacle que l'armée offrait dans la journée du 23

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était vraiment intéressant. Depuis deux jours la pluie tombait à sceaux ; tout le monde était trempé ; le soldat n'avait point eu de distributions; il était dans la boue jusqu'aux genoux : mais la vue de l'empereur lui rendait la gaieté, et du moment qu'il apercevait des colonnes entières dans le même état, il faisait retentir le cri de vive l'empereur,

» On rapporte aussi que l'empereur répondit aux officiers qui l'entouraient, et qui admiraient comment dans le moment le plus pénible les soldats oublient toutes les privations , et ne se montrent sensibles qu'au plaisir de le voir : Ils ont raison, car c'est pour épargner leur sang que je leur fais essuyer de si grandes fatigues.

L'empereur , lorsque l'armée occupait les hauteurs qui dominent Ulm, fit appeler le prince de Lichtenstein, général major, enfermé dans cette place, pour lui faire connaître qu'il désirait qu'elle capitulât; lui disant que s'il la prenait d'assaut il serait obligé de faire ce qu'il avait fait à Jaffa , ou la garnison fut passée au fil de l'épée ; que c'était le triste droit de la guerre ; qu'il voulait qu'on lui épargnât, et à la brave nation autrichienne, la nécessité d'un acte aussi effrayant ; que la place n'était pas tenable; qu'elle devait donc se rendre. Le prince insistait pour que les officiers et soldats eussent la faculté de retourner en Autriche. Je l'accorde aux officiers , et non aux soldats, a répondu l'empereur; car qui me garantira qu'on ne les fera point servir de nouveau ? Puis, 'après avoir hésité un moment, il ajouta :-Hé bien , je me fie à la parole du prince Ferdinand. S'il est dans la place, je veux lui donner une preuve de mon estime, et je lui accorde ce que vous me demandez, espérant que la cour de Vienne ne démentira pas la parole d'un de ses princes. Sur ce

que M. de Lichtenstein assura que le prince Ferdinand n'était point dans la place , alors je ne vois pas , dit l'empereur, qui peut me garantir que les soldats que je vous renverrai ne serviront pas.

» Une brigade de quatre mille hommes occupe une porte de la ville d'Ulm.

» Dans la nuit du 24 au 25 il y a eu un ouragan terrible ; le Danube est tout à fait débordé, et a rompu la plus grande partie de ses ponts, ce qui nous gêne beaucoup pour nos subsistances.

» Dans la journée du 23 le maréchal Bernadotte a poussé ses avant-postes jusqu'à Wasserbourg et Haag, sur la chaussée de Braunau. Il a fait encore quatre à cinq cents prisonniers à l'ennemi , lui a enlevé un parc de dix-sept pièces d'artillerie de divers calibres; de sorte que depuis son entrée

maneuvres.

à Munich , sans perdre un seul homme, le maréchal Bernadotte a pris quinze cents prisonniers , dix-neuf pièces de canon , deux cents chevaux, et un grand nombre de bagages.

» L'empereur a passé le Rhin le 9 vendémiaire ; le Danube le 14, à cinq heures du matin ; le Lech le même jour, à trois heures après midi. Ses troupes sont entrées à Munich le 20. Ses avant-postes sont arrivés sur l’Inn le 23. Le même jour il 'était maître de Memmengen , et le 25 d'Ulm.

» Il avait pris à l'ennemi, aux combats de Wertingen , de Güntzbourg ; d'Elchingen , aux journées de Memmeugen et d'Ulm, et aux combats d'Albreck, de Langenau et de Neresheim , quarante mille hommes , tant infanterie que cavalerie , plus de quarante drapeaux, un très grand nombre de pièces de canon , de bagages, de voitures , etc.; et pour arriver à ces grands résultats il n'avait fallu que des marches et des

» Dans ces combats partiels les pertes de l'armée française ne se montent qu'à cinq cents inorts et à mille blessés ; aussi le soldat dit-il souvent : l'empereur a trouvé une nouvelle méthode de faire la guerre ; il ne se sert que de nos jambes, et pas de nos baïonnettes. Les cinq sixièmes de l'armée n'ont pas tiré un coup de fusil, ce dont ils s'affligent; mais tous ont beaucoup marché, et ils redoublent de célérité quand ils ont l'espoir d'atteindre l'ennemi.

» On peut faire en deux mots l'éloge de l'armée ; elle est digne de son chef.

» On doit considérer l'armée autrichienne comme anéantie. Les Autrichiens et les Russes seront obligés de faire beaucoup d'appels de recrues pour résister à l'armée française , qui est venue à bout d'une armée de cent mille hommes sans éprouver pour ainsi dire aucune perte. »-(Suivait la capitulation d'Ulm, dont la garnison, prisonnière , était de trente-six mille hommes , avec soixante pièces de canon )

Au milieu des acclamations qui s'élèvent à la lecture du me ssage de l'empereur et du bulletin de la grande armée, la proposition cst faite et adoptée de rédiger , séance tenante , une adresse à S, M., qui lui sera portée dans son camp par une députation des membres du Sénat. La rédaction de cette adresse est aussitôt confiée à une commission composée de MM, Lacépède, Clément de Ris , François ( de Neufchâteau), le prince Louis Bonaparte , et l'arclii-chancelier de l'Empire. Après quelques minutes , sur la proposition de M. Lacépède , organe de cette commission , le Sénat adopte l'adresse qui suit.

Les sénateurs chargés de la porter à l'empereur sont

/

MM. Colaud, Sainte-Suzanne, Monge et Gardier-Laboissière. C'est à Lintz qu'ils la lui ont présentée.

Adresse du Sénat à l'empereur.

« Sire, il nous semblait entendre encore Votre Majesté impériale et royale nous adresser , du haut de son trône, les paroles mémorables qui ont donné , il n'y a que peu

de jours, le signal des combats ; et déjà Votre Majesté a fixé le destin de la Germanie.

» Elle a paru, et les armées de l'Autriche ont été détruites ou dispersées.

» La grande nation répond par ses vives acclamations aux chants de victoire dont la grande armée fait retentir les rives du Danube, de l'Iller et de l'Iser, délivrées par

les armes de Votre Majesté.

» De toutes les parties de l'Empire s'élancent de nombreuses phalanges, impatientes de combattre sous les yeux de Votre Majestě. Ces jeunes Français n'ont qu'un désir , celui d'arriver dans les camps de Votre Majesté impériale avant que tous les ennemis de la tranquillité de l'Europe n'aient disparu devant Votre Majesté.

» Le Sénat , Sire , pénétré de la nouvelle et si honorable marque de la bienveillance de Votre Majesté, vous présente l'homınage de l'admiration et de l'amour du grand peuple.

» Les trophées de votre gloire , ces témoins de la valeur des braves, que dirige la puissance irrésistible de votre génie, vont orner le lieu de vos séances ; ils y attesteront à la postérité vos merveilleux triomphes , et la reconnaissance des Français. Il faudra bien des monumens , Sire, pour que l'histoire puisse rendre croyables les prodiges que vous opérez !

» Le Sénat tout entier voudrait aller vous exprimer tous les sentimens qui l'animent. Un devoir sacré peut seul le retenir loin de Votre Majesté : son respect, son dévouement et ses voeux vous suivront partout où la gloire conduira vos légions victorieuses. »

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