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à imaginer; il était dans l'ignorance la plus absolue des intérêts de l'Europe et de la situation du continent; c'était en un mot une jeune trompette de l'Angleterre. Il parlait à l'empereur comme il parle aux officiers russes, que depuis longtemps il indigne par sa hauteur et ses mauvais procédés. L'empereor contint toute son indignation, et ce jeune homme, qui a pris une véritable influence sur l'empereur Alexandre, retourna plein de l'idée que l'armée française était à la veille de sa perte. On se convaincra de tout ce qu'a dů souffrir l'empereur quand on saura que, sur la fin de la conversation , il lui proposa de céder la Belgique, et de mettre la couronne de fer sur la tête des plus implacables ennemis de la France (des rois de Sardaigne ). Toutes ces différentes démarches remplirent leur effet. Les jeunes têtes qui dirigent les affaires russes se livrèrent sans mesure à leur présomption naturelle: il n'était plus question de battre l'armée française , mais de la tourner et de la prendre ; elle n'avait tant fait que par la lâ cheté des Autrichiens. On assure que plusieurs vieux généraux autrichiens , qui avaient fait des campagnes contre l'empereur prévinrent le conseil que ce n'était pas avec cette confiance qu'il fallait marcher contre une armée qui comptait tant de vieux soldats et d'officiers du premier mérite ; ils disaient qu'ils avaient vu l'empereur, réduit à une poignée de monde dans les circonstances les plus difficiles , ressaisir la victoire par

des opérations rapides et imprévues, et détruire les armées les plus nombreuses ; que cependant ici on n'avait obtenu aucun avaam tage , qu'au contraire toutes les affaires d'arrière-garde de la première armée russe avaient été en faveur de l'armée française. Mais à cela cette jeunesse présomptueuse opposait la bravoure de quatre-vingt mille Russes , l'enthousiasme que leur inspirait la présence de leur empereur, le corps d'élite de la garde impériale de Russie; et, ce qu'ils n'osaient probablement pas dire, leur talent, dont ils étaient étonnés

que

les Autrichiens voulussent méconnaître la puissance.

» Le to l'empereur, du haut de son bivouac, aperçut avec une indicible joie l'armée russe commençant, à deux portées de canon de ses avant-postes , un mouvement de flanc pour ner sa droite. Il vit alors jusqu'à quel point la présomption et l'ignorance de l'art de la guerre avaient égaré les conseils de cette brave armée. Il dit plusieurs fois : Avant demain au soir cette armée est à moi. Cependant le sentiment de l'ennemi était bien différent; il se présentait devant nos grandes gardes à portée de pistolet ; il défilait par une marche de flanc sur une ligne de quatre lieues, en prelongeant l'armée française , qui paraissait ne pas oser sortir de sa position : il n'avait qu'une crainte ,

tour

XX.

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c'était que l'on ée française ne lui échappåt. On fit tout pour confirmer l'ennu.ni dans cette idée. Le prince Murat fit avancer un petit corps de cavalerie dans la plaine ; inais tout d'un coup il parut étonné des forces immenses de l'ennemi , et rentra à -Ja hâte. Ainsi tout tendait à confirmer le général russe dans l'opération mal calculée qu'il avait arrêtée. L'empereur fit mettre à l'ordre la proclamation ci-jointe (1). Le soir il voulut visiter à pied et incognito tous les bivouacs ; mais à peine eutil fait quelques pas qu'il fut reconnu. Il serait impossible de peindre l'enthousiasme des soldats en le voyant. Des fanaux de paille furent mis en un instant au haut de milliers de perches, et quatre-vingt mille hommes se présenterent au devant de l'empereur en le saluant par des acclamations; les uns pour fêter l'anniversaire de son couronnement, les autres disant que

l'armée donnerait le lendemain son bouquet à l'empereur. Un des plus vieux grenadiers s'approcha de lui, et lui dit: Sire , tu n'auras pas besoin de l'exposer. Je te promets , au nom des grenadiers de l'armée, que tu n'auras à combattre que des yeux, et que nous t'amenerons demain les drapeaux et l'artillerie de l'armée russe pour célébrer l'anniversaire de ton couronnement.

L'empereur dit en entrant dans son bivouac, qui consistait en une mauvaise cabane de paille, sans toit, que lui avaient faite les grenadiers : Voilà la plus belle soirée de ma vie ; mais je regrette de penser que je perdrai bon nombre de ces braves gens. Je

que cela me fait, qu'ils sont véritablement mes enfans; et en vérité je me reproche quelquefois ce sentiment, car je crains qu'il ne finisse par me rendre inhabile à faire la guerre. Si l'ennemi eût pu voir ce spectacle il eût été épouvanté ; mais l'insensé continuait toujours son mouvement, et courait à grands pas à sa perte.

» L'empereur fit sur le champ toutes ses dispositions de bataille. Il fit partir le maréchal Davoust en toute hâte pour se rendre au couvent de Raygern; il devait, avec une de ses divisions et une division de dragons , y contenir l'aile gauche de l'ennemi, afin qu'au moment donné elle se trouvât tout enveloppée. Il donna le commandement de la gauche au maréchal Lannes, de la droite au maréchal Soult, du centre au maréchal Bernadotte, et de toute la cavalerie, qu'il réunit sur un seul point, au prince Murat. La gauche du maréchal Lannes était appuyée au Santon, position superbe que l'empereur avait fait fortifier , et où il avait fait placer dix-huit pièces de canon. Dès

sens ,

au mal

(1) C'est la proclamation du 10 , rapportée ci-dessus.

la veille il avait confié la garde de cette belle position au dixseptième régiment d'infanterie légère, et certes elle ne pouvait être gardée par de meilleures troupes. La division du général Suchet formait la gauche du maréchal Lannes ; celle du général Caffarelli formait sa droite, qui était appuyée sur la cavalerie du prince Murat. Celle-ci avait devant elle les hussards et chasseurs sous les ordres du général Kellermann, et les divisions de dragons Walther et Beaumont, et en réserve les divisions de cuirassiers des généraux Nansouty et d'Haupoult , avec vingt-quatre pièces d'artillerie légère.

» Le maréchal Bernadotte , c'est à dire le centre , avait à sa gauche la division du général Rivaud , appuyée à la droite du prince Murat , et à sa droite la division du général Drouet.

» Le maréchal Soult, qui commandait la droite de l'armée, avait à sa gauche la division du général Vandamme; au centre la division du général Saint-Hilaire , à sa droite la division du général Legrand.

» Le maréchal Davoust était détaché sur la droite du général Legrand , qui gardait les débouchés des Etangs, et des vil. lages de Sokolnitz et de Celnitz. Il avait avec lui la division Friand et les dragons de la division du général Bourcier. La division du général Gudin devait se mettre de grand matin en marche de Nicolsburg pour contenir le corps ennemi qui aurait pu

déborder la droite. L'empereur, avec son fidèle compagnon de guerre le maréchal Berthier , son premier aide-de-camp le colonel général Junot, et tout son état major , se trouvait en réserve avec les dix bataillons de sa garde et les dix bataillons de grenadiers du général Oudinot , dont le général Duroc commandait une partie.

» Cette réserve était rangée sur deux lignes en colonnes , par bataillon, à distance de déploiement, ayant dans les intervalles quarante pièces de canon servies par les canonniers de la garde. C'est avec cette réserve que l'empereur avait le projet de se précipiter partout où il eût été nécessaire. On peut dire que cette réserve seule valait une armée.

» À une heure du matin l'empereur monta à cheval pour parcourir ses postes , reconnaître les feux des bivouacs de l'ennemi, et se faire rendre compte par les grandes gardes de ce qu'elles avaient pu entendre des mouvemens des Russes. Il apprit qu'ils avaieut passé la nuit dans l'ivresse et des cris tumultueux, et qu'un corps d'infanterie russe s'était présenté au village de Sokolniiz, occupé par un régiment de la division du général Legrand , qui reçut ordre de le renforcer.

» Leu frimaire le jour parut enfin. Le soleil se leva radieux;

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et cet anniversaire du couronnement de l'empereur, où allait se passer un des plus beaux faits d'armes du siècle , fut une des plus belles journées de l'autoinne.

» Cette bataille, que les soldats s'obstinent à appeler la Journée des trois empereurs , que d'autres appellent la Journée de l'anniversaire , et que l'empereur a nommée la Bataille d'Austerlitz , sera à jamais mémorable dans les fastes de la grande nation.

L'empereur, entouré de tous les maréchaux, attendait pour donner ses derniers ordres

que

l'horizon fût bien éclairci. Aux premiers rayons du soleil les ordres furent donnés, et chaque maréchal rejoignit son corps au grand galop.

» L'empereur dit en passant sur le front de bandière de plusieurs régimens: Soldats, il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre qui confonde l'orgueil de nos ennemis. Et aussitôt les chapeaux au bout des baïonnettes et des cris de vive l'empereur fureut le véritable signal du combat. Un instant après la canonnade se fit entendre à l'extrémité de la droite, que l'avant-garde ennemie avait déjà débordée ; mais la rencontre imprévue du maréchal Davoust arrêta l'ennemi tout court, et le combat s'engagca.

» Le maréchal Souli s'ébranle au même instant, se dirige sur les hauteurs du village de Pratzen avec les divisions des généraux Vandamine et Saint-Hilaire, et coupe entièrement la droite de l'ennemi , dont tous les mouvemens devinrent incertains. Surprise par une marche de flanc pendant qu'elle fuyait, se croyant attaquante et se voyant attaquée, elle se regarde comme à demi battue.

» Le prince Murat s'ébranle avec sa cavalerie. La gauche commandée par

le maréchal Lannes, marche en échelons par régimens, comme à l'exercice. Une canonnade épouvantable s'engage sur toute la ligne; deux cents pièces de canon et près de deux cent mille hommes faisaient un bruit affreux : c'était un véritable coinbat de géans. Il n'y avait pas une heure qu'on se battait, et toute la gauche de l'ennemi était coupée. Sa droite se trouvait déjà arrivée à Austerlitz , quartier général des deux empereurs, qui durent faire marcher sur le champ la garde de l'empereur

de Russie

pour

tâcher de rétablir la communication du centre avec la gauche. Un bataillon du quatrième de ligne fut chargé par la garde imperiale russe à cheval , et culbuté ; mais l'empereur n'était pas loin ; il s'aperçut de ce mouvement; il ordonna au maréchal Bessières de se porter au secours de sa droite avec ses invincibles, et bientôt les deux gardes furent aux mains.

in Le succès ne pouvait être douteux; dans un moinent la

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canon

garde russe fut en déroule : colonel, artillerie, étendards, tout fut enlevé. Le régiment du grand-duc Constantin fut écrasé ; lui-même ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval.

» Des hauleurs d'Austerlitz les deux empereurs virent la défaile de toute la garde russe. Au même moment le centre de l'armée, commandé par le général Bernadotte , s'avança; trois de ses régimens soutinrent une très belle charge de cavalerie. La gauche, commandée par le maréchal Lannes donna plusieurs fois. Toutes les charges furent victorieuses. La division du général Caffarelli s'est distinguée. Les divisions de cuirassiers se sont emparées des batteries de l'ennemi. A une heure après midi la victoire était décidée ; elle n'avait pas été un moment douteuse. Pas, un homme de la réserve. n'avait été nécessaire , et n'avait donné nulle part.

La nade ne se soutenait plus qu'à notre droite. Le corps ennemi, qui avait été cerné et chassé de toutes ses hauteurs, se trouvait dans un bas-fond et acculé à un lac. L'einpereur s'y porta avec vingt pièces de canon. Ce corps fut chassé de position position, et l'on vit un spectacle horrible , tel qu'on l'avait vu à Aboukir; vingt mille hommes se jetant dans l'eau et se noyant dans les lacs.

» Deux colonnes , chacune de quatre mille Russes , mellent bas les armes et se rendent prisonnières ; tout le parc

enneini est pris. Les résultats de cette journée sont quarante drapeaux russes, parmi lesquels sont les étendards de la garde impériale ; un nombre considérable de prisonniers : l'état-major ne les connaît pas encore tous ; on avait déjà la note de vingt mille : douze ou quinze généraux; au moins quinze inille Russes tués, restés sur le champ de bataille. Quoiqu'on n'ait pas encore les rapports, on peut au premier coup d'ail évaluer notre perte à huit cents hommes tués, et à quinze ou seize cents blessés. Cela n'étonnera pas les militaires, qui savent que ce n'est que dans la déroute qu'on perd des hommes, et nul autre corps que le bataillon du quatrième n'a été rompu. Parmi les blessés sont le général Saint-Hilaire, qui , blessé au commencement de l'action , est resté toute la journée sur le champ de bataille : il s'est couvert de gloire : les généraux de division Kellermann et Walther, les généraux de brigade Valhubert, Thiebaud , Sebastiani, Compan et Rapp, aidede-camp de l'empereur : c'est ce dernier qui, en chargeant à la tête des grenadiers de la garde , a pris le prince Repuin, commandant les chevaliers de la garde impériale de Russie. Quant aux hommes qui se sont distingués, c'est toute l'armée, qui s'est couverte de gloire; elle a constannnent chargé aux criu

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