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» aperçu de la perte de son Aigle; que la preuve qu'il avait été » réuni , et qu'il n'avait point été rompu , c'est qu'un moment après » il avait culbuté deux bataillons russes et pris deux drapeaux, dont » il faisait hommage à l'empereur, espérant que cela mériterait qu'il » leur rendit une autre. Aigle. L'empereur a été un peu incertain ;

puis il a dit : Officiers et soldats , jurez-vous qu'aucun de vous ». s'est aperçu de la perte de son Aigle, et que si vous vous en » étiez aperçu vous vous seriez précipités pour la reprendre, ou » vous auriez péri sur le champ de bataille ? car un soldat qui a » perdu son drapeau a tout perdu. Au même moment mille bras se » sont élevés :- Nous le jurons ! et nous jurons aussi de défendre » l’Aigle que vous nous donnerez avec la même intrépidité que nous » avons misé à prendre les deux drapeaux que nous vous présentons. » En ce cas, a dit en souriant l'empereur, je vous rendrai donc votre » Aigle.

Les succès combinés de toutes les armées françaises avaient fait que l'armée d'Italie, commandée par le général Masséna , était devenue le huitième corps de la grande armée , qui occupait tous les états des couronnes d'Allemagne et d'Autriche; et pendant que la paix se négociait la guerre était suspendue. La trahison la ralluma sur un point : Naples avait ouvert ses ports aux Anglais pour favoriser leurs projets hostiles. « Le général Saint-Cyr marcha à grandes » journées sur Naples pour punir la trahison de la reine, et préci» piter du trône cette femme criminelle , qui avec tant d'impudeur a » violé tout ce qui est sacré parmi les hommes. On a voulu intercéder » pour elle auprès de l'empereur; il a répondu : Les hostilités dus» sent-elles recommencer, et la nation soutenir une guerre de trente » ans , une si atroce perfidie ne peut étre pardonnée. La reine de » Naples a cessé de régner; ce dernier crime a rempli sa destinée. » Qu'elle aille à Londres augmenter le nombre des intrigans, et » former un comité d'encre sympathique avec Drake, Spencer» Smith, Taylor, Wickam ; elle pourra y appeler, si elle le juge » convenable , le baron d'Armfeld, MM, de Fersen, d’Antraigues, » et le moine Morus. » ( Trente. septième bulletin. )

Cependant un tel ennemi ne pouvait empêcher la paix ; elle fut en effet signée le 6 nivose ; et le même jour parurent les trois proclamations qui suivent :

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A L'ARMÉE D'Italie.

De mon camp impérial de Schænbrunn,

le 6 nivose ani 14. Soldals, depuis dix ans j'ai tout fait pour sauver le roi de Naples; il a iout fait pour se perdre.

Après la bataille de Drgo, de Mondovi, de Loli, il ne

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pouvait m'opposer qu'une faible résistance; jc me fiai aux paroles de ce prince, et fus généreux envers lui.

Lorsque la seconde coalition fut dissoute à Marengo, le roi de Naples, qui le premier avait commencé cette injuste guerre,

abandonné à Lunéville par ses alliés, resta seul et sans défense. Il m'implora ; je lui pardonnai une seconde fois.

» Il y a peu de mois vous étiez aux portes de Naples. J'avais d'assez légitimes raisons et de suspecter la trahison qui se méditait, et de venger les outrages qui m'avaient été faits. Je fus encore généreux : je reconnus la neutralité de Naples ; je vous ordonnai d'évacuer ce royaume ; et pour la troisième fois la maison de Naples fut raffermie et sauvée.

» Pardonnerons-nous une quatrième fois ? Nous fieronsnous une quatrième fois à une cour sans foi, sans honneur , sans raison ? Non! non! la dynastie de Naples a cessé de régner; son existence est incompatible avec le repos de l’Europe et l'honneur de ma couronne.

» Soldats, narchez, précipitez dans les flots, si tant est qu'ils vous attendent, ces débiles bataillons des tyrans des mers! Montrez au monde de quelle manière nous puoissons les parjures! Ne tardez pas à m'apprendre que l'Italie tout entière est soumise à mes lois ou à celles de

le plus beau pays de la terre est affranchi du joug des hommes les plus perfides ; que la sainteté des traités est vengée, et que les mânes de mes braves soldats égorgés dans les ports de Sicile , à leur retour d'Egypte, après avoir échappé aux périls des naufrages, des déserts, et de cent combats, sont enfin apaisés !

» Soldats, mon frère (Joseph) #iarchera à votre tête. Il connaît mes projets ; il est le dépositaire de mon autorité : il a toute ma confiance ; environnez-le de toute la vôtre.

Signé NAPOLÉON.

mes

alliés; que

A LA GRANDE ARMÉE. — Schønbrunr, 6 nivose an 14.

« Soldats , la paix entre moi et l'empereur d'Autriche est signée. Vous avez dans cette arrière-saison fait deux campagnes ; vous avez rempli tout ce que j'attendais de vous. Je vais partir pour me rendre dans ma capitale. J'ai accordé de l'avancement et des récompenses à ceux qui se sont le plus distingués ; je vous tiendrai tout ce que je vous ai promis. Vous avez vu votre empereur partager avec vous vos périls et vos fatigues ; je veux aussi que vous veniez le voir entouré de la grandeur et de la splendeur qui appartiennent au souverain du premier peuple de l'univers. Je donnerai une grande fête aux premiers jours de mai à Paris ; vous y serez lous ; et après nous irons où nous appelleront le bonheur de notre patrie et les intérêis de notre gloire.

» Soldats, pendant ces trois mois qui vous seront nécessaires pour relourner en France, soyez le modèle de toutes les armées : ce ne sont plus des preaves de courage et d'intrépidité que vous êtes appelés à donner , mais d'une sévère discipline. Que mes alliés n'aient pas à se plaindre de votre passage; et en arrivant sur ce territoire sacré, comportez-vous comme des enfans au milieu de leur famille : mon peuple se comportera avec vous comme il le doit envers ses héros et ses défenseurs.

Soldats, l'idée que je vous verrai tous avant six mois rangés autour de mon palais sourit à mon cæur, et j'éprouve d'avance les plus tendres émotions. Nous célébrerons la méinuire de ceux qui dans ces deux campagnes sont morts au champ d'honneur, et le monde nous verra tous prêts à imiter leur exemple , et à faire encore plus que nous n'avons fait , s'il le faut, contre ceux qui voudraient attaquer notre honneur, ou qui se laisseraient séduire par l'or corrupteur des éternels ennemis du continent ! Signé NAPOLÉON. O

A LA VILLE DE VIENNE,

Schønbrunn , 6 nivose an 14.

« Habitans de la ville de Vienne , j'ai signé la paix avec l'empereur d'Autriche. Prêt à partir pour ma capitale, je veux que vous sachiez l'estime que je vous porte , et le contentement que j'ai de votre bonne conduite pendant le temps que vous avez été sous ma loi. Je vous ai donné un exemple inouï jusqu'à présent dans l'histoire des nations. Dix mille hommes de votre garde nationale sont restés armés, ont gardé vos portes ; votre arsenal tout entier est demeuré en votre pouvoir ; et pendant ce temps-là je courais les chances les plus hasardeuses de la guerre.

Je me suis confié en vos sentimens d'honneur, de loane foi, de loyauté : vous avez justifié ma confiance.

» Habitans de Vienne , je sais que vous avez tous blâmé la guerre que des ministres veudus à l'Angleterre ont suscitée sur le continent. Votre souverain est éclairé sur les menées de ces ministres corrompus ; il est livré tout entier aux grandes qualités qui le distinguent, et désormais j'espère , pour vous et pour le continent, des jours plus heureux.

1 Habitans de Vienne, je me suis peu montré parmi vous ; nou par dédain ou par un vain orgueil, mais je n'ai pas

voulu distraire en vous aucun des sentimens que vous deviez au prince avec qui j'étais dans l'intention de faire une prompte

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paix. En rous quittant recevez , comme un présent qui vous prouye mon estime , votre arsenal intact, que les lois de la guerre ont rendu ma propriété; servez-vous-en toujours pour le maintien de l'ordre. Tous les maux que vous avez soufferts , attribuez-les aux malheurs inséparables de la guerre ; et tous les ménagemens que mon armée a apportés dans vos contrées vous les devez à l'estime que vous avez méritée.

Signé NAPOLÉON. » Le traité de paix, conclu par M. Ch.-M. Talleyrand Périgord pour l'empereur des Français , et MM. le prince Jean de Lichtenstein et le comte de Gyulay pour l'empereur d'Allemagne , fut signé le 5 nivose an 14 par les plénipotentiaires, réunis à Presbourg , et ratifié le 6 ( 27 décembre 1805) par l'empereur Napoléon, à Schonbrun. Il avait pour bases principales :

19. L'empereur d'Allemagne reconnaît les dispositions faites par l'empereur des Français relativement aux principautés de Lucques et de Piombino.

» 2°. L'empereur d'Allemagne renonce à la partie des états de la République de Venise à lui cédée par les traités de CampoFormio et de Lunéville , laquelle sera réunie au royaume d'Italie.

» 3o. L'empereur d'Allemagne reconnaît l'empereur des Français comme roi d'Italie , et s'engage à reconnaître le successeur que l'empereur des Français, conformément à sa déclaration, se sera donné comme roi d'Italie.

» 4°. Les électeurs de Bavière et de Wurtemberg prennent le titre de roi ; ils jouissent de la plénitude de la souveraineté et de tous les droits qui en dérivent ; et l'empereur d'Allemagne les reconnaît en cette qualité.

» 50. L'empereur d'Allemagne renonce aux principautés seigneuries, domaines et territoires ci-après désignés... (et donnés au roi de Bavière, au roi de Wurtemberg , à l'électeur de Bade).

» 6o. L'empereur des Français garantit l'intégrité de l'empire d’Autriche dans l'état où il sera en conséquence du présent traité.

7°. Les hautes parties contractantes reconnaissent l'indépendance de la république Helvétique, régie par l'acte de médiation , de même que l'indépendance de la république Batave.

» 8o. Les prisonniers de guerre seront restitués dans quarante jours à dater de l'échange des ratifications du présent traité. »

C'est le for vendlémiaire an 14 que Napoléon éiait venu annoncer la guerre au Sénat; il quitta Paris le 2 : depuis quelques jours des préparatifs avaient été faits pour l'entrée en campagne.

Ainsi , en cent jours, la grande armée avait rompu la troisième coalition de l'Europe contre la France, humilié l'Angleterre, battu et dispersé les troupes russes et autrichiennes, conquis tous les états de l'empereur d'Allemagne; et pour la troisième fois Napoléon replaçait ce prince sur le trône, lui dictait la paix, et la donnait au continent.

Et ces cent jours, si glorieux, sont les derniers de l'ère républicaine! Conformément à un senatus - consulté du 22 fructidor an 13, elle se termina le ro nivose an 14.

Avant d passer aux séances du Sénat qui ont eu pour objet l'inauguration des drapeaux ennemis, les chants de victoire, la communication du traité de paix, etc. , plaçons ici, comme une tache dans un admirable tableau, ce triomphe d'une autre nature; il appartient à l'orgueil et à la faiblesse , aux préjugés et à la mauvaise foi. ( Voy. pour les rapprochemens, dans le tome XIII de ce Recueil, l'Etablissement de l’Ere républicaine.

RETABLISSEMENT DU CALENDRIER GRÉGORIEN.

Motifs du projet de senatus-consulte relatif au chan

gement de calendrier , exposés au Sénat par M. le conseiller d'état Regnault (de Saint-Jean-d'Angely, séance du 15 fructidor an 13. (2 septembre 1805.)

« Wiessieurs, tous les changemens, toutes les reformes que la politique a approuvés lorsque le génie les a concus, que les meurs ont sanctionnés lorsque les lois les ont consacrés, que les nations étrangères commenceront par envier, et fiuiront par emprunter à la nation française , sont et seront toujours soigneusement maintenus par l'administration, fortement protégés par le gouvernement.

» Tel est, par exemple, l'établissement des nouveaux poids et mesures , que défendront toujours contre la routine, l'obsa" tination ou l'ignorance , l'unanimité de l'opinion des savans , la base invariable de leur travail, la nature même de celle base, qui est commune à toutes les nations, les

avantages la division pour les calculs, enfin le besoin de l'uniformite

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