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possibles le plus naturel et le plus simple; nous dirons seulement que ce n'est ni celui qu'on veut abandonner, vi celui qu'on proposede reprendre : l'orateur du gouvernement vous a développé avec beaucoup de soin leurs inconvéniens et leurs avantages. Le principal défaut du calendrier actuel est dans son mode d'inlercalation. En fixant le commencement de l'année au minuit qui précède à l'Observatoire de Paris l'équinoxe vrai d'automue , il remplit à la vérité de la manière la plus rigoureuse la condition d'attacher constamment à la même saison l'origine des années : mais alors elles cessent d'être des périodes du temps régulières et faciles à décomposer en jours, ce qui doit répandre de la confusion sur la chronologie , déjà trop embarrassée

par

la multitude des ères. Les asironomes , pour qui ce défaut est très sensible, en ont plusieurs fois sollicité la réforme. Avant que la première bissextile s'introduisît dans le Houveau calendrier, ils proposerent au comité d'instruction publique de la Convention nationale d'adopter une intercalation régulière , et leur demande fut accueillie favorablement. A cette époque la Convention , revenue à de bons principes , et s'occupant de l'instruction et des progrès des lumières, montrait aux savans une considération et une déférence dont ils conservent le souvenir. Ils se rappelleront toujours avec une vive reconnaissance que plusieurs de ses menıbres , par un noble dévouement au milieu des orages de la révolution, ont préservé d'une destruction totale les monumens des sciences et des arts. Romme, principal auteur du nouveau calendrier, convoqua plusieurs savans ; il rédigea de concert avec eux le projet d'une loi par laquelle on substituait un mode régulier d'intercalation au mode précédemment établi ; mais, enveloppé peu de jours après dans un événement affreux, il périt , et son projet de loi fut abandonné. Il faudrait cependant

у revenir si l'on conservait le calendrier actuel, qui changé par là dans un de ses élémens les plus essentiels, offria rait toujours l'irrégularité d'une première bissextile placée dans la troisième année.

La suppression des décades lui a fait éprouver un changement plus considérable encore. Elles donnaient la facilité de retrouver à tous les instans le quantième du mois ; mais à la fin de chaque année les jours complémentaires troublaient l'ordre de choses attaché aux jours de la décade , ce qui nécessitait alors des mesures administratives. L'usage d'une petite période indépendaute des mois et des années, telle

que la semaine , obvie à cet inconvénient, et déjà l'on a rétabli en France cette période , qui depuis la plus haute antiquité , dans laquelle se perd son origine , circule sans interruption à

Travers les siècles en se mêlant aux calendriers successifs des differens peuples.

» Mais le plus grave inconvénient du nouveau calendrier ést l'embarras qu'il produit dans nos relations extérieures , en nous isolant sous ce rapport au milieu de l'Europe ; ce qui subsisterait toujours , car nous ne devons pas espérer que ce calendrier soit jamais universellement admis. Son époque est uniquement relative à notre histoire. L'instant où son année commence est placé d'une manière désavantageuse en ce qu'il partage et répartit sur deux années différentes les mêmes opérations et les mêmes travaux. Il a les inconvéniens qu'introduirait dans la vie civile le jour commençant à midi, suivant l'usage des astronomes. D'ailleurs cet instant se rapporte au seul méridien de Paris : en voyant chaque peuple compter de son principal observatoire les longitudes géographiques, peuton croire qu'ils s'accorderont tous à rapporter au nôtre le commencement de leur année ? Il a fallu deux siècles et toute l'iniluence de la religion pour faire adopter généralement le calendrier grégorien. C'est dans cette universalité si désirable, si difficile à obtenir, et qu'il importe de conserver lorsqu'elle est acquise, que consiste son plus grand avantage. Ce calendrier est maintenant celui de presque tous les peuples d'Europe et d'Amérique : il fut longtemps celui de la France; présentement il règle nos fêtes religieuses, et c'est d'après lui que nous comptons les siècles. Sans doute il a plusieurs défauts considérables ; la longueur de ses mois est inégale et bizarre , l'origine de l'année n'y correspond à celle d'aucune des saisons ; mais il remplit bien le principal objet d'un calendrier en se décomposant facilement en jours , et en conservant à très peu près le commencement de l'année moyenne à la même distance de l'équinoxe. Son mode d'intercalation est commode et simple: il se réduit, comme on sait, à intercaler une bissextile tous les quatre ans, à la supprimer à la fin de chaque siècle , pendant trois siècles consécutifs, pour la rétablir au quatrième ; et si en suivant cette analogie on supprime encore une bissextile tous les quatre mille ans, il sera fondé sur la vraie longueur de l'année. Mais dans son état actuel il faudra quarante siècles pour éloigner seulement d'un jour l'origine de l'année moyenne de sa véritable origine; aussi les savans français n'ont jamais cessé d'y assujettir leurs tables astronomiques, devenues par leur extrême précision la base des éphémérides de toutes les nations éclairées.

» On pourrait craindre que le retour à l'ancien calendrier ne fût bientôt suivi du rétablissement des anciennes mesures ; mais l'orateur du gouvernement a pris soin lui-même de dis

siper cette crainte. Comme lui, nous sommes persuadés que Join de rétablir le nombre prodigieux des mesures différentes qui couyraient le sol de la France, et entravaient son commerce intérieur, le gouvernement, bien convaincu de l'utilité d'un

système unique de mesures , et de la perfection du système métrique , prendra les moyens les plus efficaces pour en accélérer l'usage, et pour vaincre la résistance

que

lui opposent encore les anciennes habitudes , qui déjà s'effacent de jour en jour.

D'après toutes ces considérations , votre commission vous propose , à l'unanimité, l'adoption du projet de senatus-consulte présenté par

le
gouvernement.»

-Sur ce rapport,et dans la même séance , le Sénat décréta: « À compter du 11 ni» vose prochain, premier janvier 1806, le calendrier grégo» rien sera mis en usage dans tout l'Empire français.

VI bis.

MES

INAUGURATION DES DRAPEAUX ENNEMIS.

SAGES RELATIFS AU TRAITÉ DE PAIX, AU MARIAGE DU PRINCE EUGÈNE, ETC. -RETOUR DE L'EMPEREUR.

Le Sénat , le Tribunat, la Ville de Paris et le Chapitre de NotreDame avaient obtenu chacun une part des dépouilles de l'ennemi. Les membres du Tribunat députés auprès de l'empereur furent chargés par lui d'apporter à Paris ces, trophées, et de les remettre à leur destination. Il y eut à cette occasion des solennités civiles et religieuses, qu'avaient précédées, à l'annonce des deux grandes journées d'Ulm et d'Austerlitz , des réjouissances publiques. Partout, dans la chaire et à la tribune, on prononça des panegyriques de Napoléon.

Les tribuns, dans leur séance du 9 nivose an 14 (30 décembre 1805), avaient terminé tous leurs discours par une proposition tendant à donner au héros, qui à force de prodiges rendait l'éloge impossible, un témoignage d'admiration, d'amour et de reconnaissance qui restât inmortel comme sa gloire. Une commission fut chargée de résumer, séance tenante, ces diverses propositions, et de leur donner le caractère d'un vou national. Les tribuns MM. Faure, Girardin, Gallois , Curée et Albisson , composaient la commission. Elle eut pour organe M. Faure, qui présenta le rapport ci-après , avec un voeu que le Tribunat adopta par acclamation. C'est le surlendemain que, pour ac omplir la mission qui lui avait été confiée par l'empereur , le Tribunat en corps se rendit avec pompe au Sénat conservateur; il était accompagné des autorités, de la musique militaire et d'une partie de la garnison de la ville de Paris.

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RAPPORT fait au Tribunat par M. Faure. Séance du g nivose an 14.

(30 décembre 1805.) « Messieurs, la commission dont j'ai l'honneur d'être l'organe vient d'examiner les diverses propositions qu'a fait naître la plus juste admiration pour le héros du dix-neuvième siècle.

» Jamais aucun peuple ne sentit aussi vivement le besoin d'exprimer sa reconnaissance. Jamais les talens et les arts n'eurent à s'exercer sur un aussi vaste champ d'honneur et de gloire: ils vont être appelés à célébrer le plus beau siècle dont la France ait à s'enorgueillir. Ils diront à la postérité comment un seul homme étonna l'univers par l'imınense étendue de son génie, par la rapidité de ses conceptions , et par la célérité non moins grande avec laquelle ses desseins furent exécutés, et toujours couronnés des succès les plus éclatans. Ils transmettront d'âge en âge les noms des braves qui luttèrent de zèle et d'ardeur pour suivre ses sublimes inspirations ; ils tâcheront de faire concevoir cette campagne de deux mois, qui fut une suite non interrompue de trioinphes, et finit par la victoire d'Austerlitz, victoire tellement décisive que les résultats en sont incalculables. Peut-être un jour, si de nombreux monumens n'attestaient pas tant de merveilles, la postérité regarderait-elle comme fabuleux des récits puisés dans la plus exacte vérité.

» Les idées heureuses que vous avez présentées , messieurs, ont rendu l'examen de la commission extrêmement facile , et elle ne pouvait hésiter à les adopter.

» La nation est impatiente de voir celte colonne surmontée de la statue du plus grand des héros , et que le peuple bénira comme les Romains bénirent celle de Trajan.

» Avec quel transport d'adıniration on contemplera l'image de cet être extraordinaire , dont les prodiges opérés dans sa jeunesse suffiraient pour illustrer la vie de plusieurs grands hommes !

* Puisse aussi bientôt s'élever un édifice où les arts se disputeront l'honneur de rappeler aux siècles futurs cette foule d'événemens mémorables qui effacent l'éclat des plus brillantes époques de l'antiquité!

» 'La commission désire comme vous , messieurs, cet édifice soit déposée l'épée de l'empereur, ce glaive devant lequel disparurent les armées ennemies. Là se rassemblera le peuple pour être témoiu des récompenses décernées aux services

? que dans

>>

éminens rendus à la patrie , pour entendre l'éloge de ses plus zélés défenseurs ; là tous les objets qui s'offriront à ses regards éleveront son âme , enflammeront son courage, et porteront tous les genres de vertus jusqu'au plus haut degré d'enthousiasme.

» Il est encore un autre objet universellement réclamé ; c'est l'institution d'une fête nationale pour célébrer l'anniversaire de la naissance de Napoléon. Ce sera la fête du peuple français, puisqu'il y trouvera l'occasion de présenter à son auguste chef un nouvel liommage de son amour et de son respect.

» La commission a réuni toutes ces pensées pour en former » un veu qu'elle me charge de vous proposer en ces termes :

« Le TRIBUNAT, exerçant le droit qui lui est accordé par » l'article 2g des Constitutions de l'Empire; » Considérant

que

des gages éternels de la reconnaissance » nationale sont dus à un monarque qui fait la gloire et le » bonheur de son peuple, et dont la vie offre un tissu d'actions ► héroïques;

Qu'il n'est pas d'expressions qui puissent peindre l'étendue » et la rapidité des prodiges opérés par Napoléon et les armées » françaises, surtout dans cette campagne à jamais mémc» rable, terminée si glorieusement par la victoire d'Austerlitz ;

Que tant de sujets d'admiration et de gratitude doivent » être transmis à la postérité par des monumens où tout rap

pelle de si précieux souvenirs ; » EMET LE vou : » 1. Que sur une des principales places de la capitale il soit

érigé une colonne surmontée de la statue de l'empereur. » Celte colonne portera pour inscription : A NAPOLÉON LE » Grand la patrie reconnaissante. La place recevra le nom » de Napoléon-le-Grand. (1)

» 2°. Qu'il soit élevé un édifice où soient réunis les chefs» d'oeuvre des arts destinés à consacrer la gloire de Napoléon » et des armées françaises ;

Que dans ce monument soit déposée, avec l'appareil le plus pompeux : pour y rester pendant la paix, l'épée que

l'empereur portait à Austerlitz, et qu'elle en soit retirée » avec la même pompe si la guerre impose la nécessité d'en » faire

usage; Que dans ce inême lieu soient distribués les grands prix que S. M. doit donner de sa propre main aux productions

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»

(1) Proposition de M. Chabot ( de l'Allier).

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