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» du génie et de l'industrie nationale ; qu'il soit également

destiné aux actes solennels de la Légion-d'Honneur et de » l'instruction publique. (1)

» 3o. Que chaque année l'anniversaire de la naissance de » Napoléon soit célébré par une fête nationale , dont l'éclat » soit digne d'un monarque si cher à son peuple.

» La commission vous propose en outre le projet d'arrêté suivant :

« Le Tribunat , pénétré d'une sensibilité respectueuse pour » le don qui lui a été fait par S. M. l'empereur et roi de huit

drapeaux pris sur les ennemis de la France , et voulant perpétuer le souvenir du bienfait et de la reconnaissance, » Arrête qu'il sera frappé une médaille en mémoire de l'inauguration de ces drapeaux dans la salle de ses séances.»(2)

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SÉNAT. Séance publique du 1er janvier 1806,

présidée par le prince grand électeur; le Tribunat en corps, l'archi-chancelier et tous les ministres présens. - Réception des cinquante-quatre drapeaux (3) donnés au Sénat par l'empereur.

Discours du président du Tribunat, M. Fabre(de l'Aude).

« Le Tribunat a été chargé par S. M. l'empereur et roi d'apporter au Sénat une partie des drapeaux pris sur les ennemis de la France.

» Cette mission nous a d'aụtant plus flattés qu'en même temps qu'elle est un gage honorable de la bienveillance de l'empereur, elle nous met à portée d'offrir dans cette auguste enceinte le tribut de nos hommages au premier corps de l'Etat, présidé par un prince que d'éminens services ont rendu si cher à la nation, et qui justifie si bien la confiance dont S. M. l'honore.

» En voyant ces enseignes arrachées aux ennemis de l'État, le peuple de Paris s'est livré aux transports de la plus vive allégresse ; ses acclamations non interrompues se sont fait en

(1) Cette proposition et la suivante sont de M. Carrion-Nisas. (2) Proposition de M. Favard.

Y compris les quarante dont l'envoi était annoncé dans la séance du 2 brumaire. (Voyez plus haut. )

tendre depuis le palais du Tribunat jusqu'à celui du Sénat : c'était le cri de l'enthousiasme , de l'amour et de la reconnaissance pour le triomphateur ; sentimens d'autant plus doux à exprimer que les nombreuses victoires remportées par la grande armée l'ont été presque sans effusiou de sang français.

» C'est aux sublimes conceptions de son génie, à un genre de tactique inconnu jusqu'à nos jours, et à la célérité de ses grandes maneuvres, que l'empereur a dû des succès aussi inouïs , et la conquête en une seule campagne de vastes états sur la maison d'Autriche.

» A mesure que les bulletins de la grande armée annonçaient les progrès rapides de notre empereur , et sa marche en quelque sorte triomphale , on se demandait comment tant de miracles avaient pu s'opérer ; et les récits les plus vrais étaient soupçonnés d'exagération.

» Le vainqueur d'Arcole , de Lodi , de Marengo, avait déjà effacé la gloire des plus grands capitaines.

» Il a plus fait dans la campagne contre la troisième coalition ; il s'est surpassé lui-même.

» Ses ennemis ont été confondus, et le monde entier est resté frappé d'étonnement et d'admiration.

» Combien les Français doivent s'enorgueillir d'être gouvernés par ce chef illustre dont le génie et la fortune ne connaissent point d'obstacles , et dont les lauriers ont coûté si peu de larmes à l'humanité!

Messieurs , les députés du Sénatont été, comme ceux du Tribunat, témoins de la reconnaissance des peuples vaincus, et de leur empressement à bénir le héros qui a su leur épargner les calamités de la guerre.

Ainsi , aucun douloureux souvenir ne peut troubler la joie du Sénat en recevant les présens du vainqueur : ils vont orner la salle de ses séances , et c'est désormais sous ces auspices qu'il délibérera sur les grands intérêts de l'Etat.

Puisse la considération dont jouissent à tant de titres les pères de la patrie s'accroître, s'il est possible, de jour en jour par des témoignages fréquens de confiance et d'affection de la part d'un monarque qui sait apprécier tous les genres de talens , qui les a réunis dans cette auguste assemblée par des choix aussi dignes de lui qu'honorables pour ceux qui en ont été l'objet, et dont enfin toutes les pensées tendent à la gloire et au bonheur de la grande nation ! »

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Réponse du président du Sénat.

« Le Sénat voit avec une vive émotion ces trophées de la valeur française, ces gages de l'honorable bienveillance de l'empereur.

» Lorsque S. M. les a confiés à des magistrats si souvent les organes du væeu de la nation, elle a pressenti que

l'armée applaudirait à son choix. Fidèle à sa maxime, rien de fait tant qu'il reste quelque chose à faire, l'empereur n'a voulu enlever à aucun des vainqueurs l'avantage de combattre encore.

» En exposant à l'admiration publique ces enseignes qui attestent les succès prodigieux de la grande armée, le Tribunat a exercé sur l'opinion l'initiative qui lui est propre ; il a pu se convaincre à son tour que si nos espérances étaient trompées , nous saurions mériter par de nouveaux efforts une paix qui permît à la génération qui s'éleve de jouir du fruit de tant de victoires , et la détendît contre les suggestions sans cesse renaissantes de l'ennemi du continent.

Déjà cette jeunesse bouillante se précipite en foule dans les rangs glorieux de la grande armée ! C'est ainsi que le grand peuple répond au cri de victoire de ses enfans ; c'est ainsi qu'il applaudit aux propositions pacifiques du héros qui n'a voulu vaincre que pour obtenir une paix durable, seule digne de la prévoyance de son génie , de l'énergie et de la grandeur de la nation!

» Le Sénat vous voit avec beaucoup de plaisir dans son sein, messieurs , et vous invite à assister à sa séance. »

Discours et proposition de M. le maréchal Pérignon. « Ces trophées de la victoire, le prix des premiers pas de l'invincible Napoléon contre cette nouvelle coalition , sont destinés à décorer cette enceinte en témoignage de l'honorable prédilection que conserve au Sénat S. M. impériale et royale.

C'est aujourd'hui que nous célébrons l'inauguration de ce dépôt, qui nous est remis au nom de la gloire par les mains de la sagesse et de la valeur. Pourrions-nous les recevoir sans éprouver une vive émotion! ne pas les saluer avec enthousiasme ! Ils furent les augures de ces triomphes en tout genre , sans nombre comme sans exemple , qui ont rendu notre héros maître absolu des destins de la guerre , et qui assurent à la capitale de son Empire l'espoir de jouir bientôt de son heureux retour.

» On voit en tous lieux les imaginations s'exercer pour célébrer ce retour tant désiré avec la

pompe
et l'éclat

que la gloire lui assigne, et que notre reconnaissance et notre amour veulent lui décerner.

» Ici ce sont les hommes les plus érudits qui sont consultés ;

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ailleurs on parcourt avec avidité l'histoire des siècles les plus héroïques : nulle part on n'a pu se fixer. Nulle époque en effet ne saurait être comparéc à celle qui nous pénètre de tant de sentimens envers le monarque que nous brûlons de revoir, et qu'il sera si glorieux pour nous de recevoir en triomphateur. Mais quels honneurs lui rendre ? J'avouerai qu'il m'est impossible de les bien indiquer ; et peut-être dois-je craindre le même aveu des grands talens devant qui j'ai l'honneur de parler. Cependant, quelque difficile que soit cette tâche, nous avons à la remplir. Le Sénat , qui le premier donna le signal de porter la couronne sur la tête du grand Napoléon, sera jaloux aussi de prendre l'initiative des hommages à offrir au héros alors qu'il revient avec ses aigles intactes , victorieuses , ayant détruit les armées de l'Autriche, conquis les états de cette puissance , dompté les Russes dans une guerre commencée et finie en moins de soixante jours, et après avoir préparé par tant de prodiges les succès qui l'attendent sur ces plages isolées , seules ennemies de la paix du monde. Mais, encore un coup, quels honneurs lui rendre ? Irons-nous tous en corps, à l'imitation de tout Paris sans doute , à l'imitation de tous les peuples , qui seront accourus sur ses pas , lui offrir le spectacle des larmes de joie que l'amour et l'admiration nous feront verser ? Oui, nous irons! et ces effusions si touchantes seront bien chères à notre augusle souverain ; elles satisferont complétement son grand cour: il a souvent manifesté que l'amour et le bonheur de ses peuples suffisaient à son ambițion.

» Vous ne croyez pourtant pas , sénateurs, que j'entende borner à une démarche sentimentale ce que nous avons à faire dans la grande circonstance qui occupe ma pensée. Je porte mes regards sur la postérité, et sur toutes les classes de la

postérité. Je sais que le burin de l'histoire, la verve des poètes , transmettront tous les faits étonnans dont nous sommes les témoins ; mais l'histoire, l'ode, l'épopée , ne sont pas pour tout le monde ; ces récits d'ailleurs, toujours si brillans quand le sujet est si riche , n'en paraissent que plus fabuleux : certes la crainte qu'on se refusât à les croire vrais nous ravirait la plus douce de nos espérances. Aussi, sénateurs, mes voeux seraient de porter votre prévoyance à faire qu'il n'y ait pas un seul de nos neveux à qui puisse échapper la certitude comme la connaissance des merveilles de nos jours ; qui puisse ignorer le dévouement, le respect , l'admiration et l'amour qui envirojinent l'auteur de ces inerveilles. Le moyen de les rendre toujours présentes au souvenir de tous, de mieux les montrer à l'émie lation de nos enfans , et d'appeler sur elles toute la confiance qui leur est due, c'est d'ériger, de multiplier à l'infini des monu

de nos

leurs espérances sont fixés sur un seul champ de bataille. Mais Napoléon ,i'a pas fait seulement les dispositions de son armée ; il semble faire encore les dispositions de l'armée enneoue : il commande à ses mouvemens par ceux qu'il fait devant elle; il la fait venir ou il lui convient qu'elle soit; il la place dans des lieux ou les Russes ne pourront longlemps déployer ce genre d'héroïsme qu'on leur connaît, celui de se faire tuer. Il avait vaincu les Autrichiens sans avoir eu besoin d'une seule bataille ; il gagne

cette décisive bataille contre les Russes sans que la victoire puisse être un seul instant incertaine et flottante. Toutes les puissances ennemies sont dans la consternation, et le monde entier dans l'étonnement.

» Ainsi triomphe toujours et partout ice rare et indomptable génie, tantôt en exaltant cet invincible courage armées , qui depuis douze ans promènent leurs victoires dans l'Europe; tantôt, ce qui est sans doute le sublime de l'art et du talent, en rendant les combats même impossibles et inutiles pour ses ennemis, en leur montrant et en leur faisant avouer qu'ils sont vaincus lorsqu'ils ont vu ses plans de campagne et de bataille ! Ainsi il élève bien plus haut encore la place qu'il occupait depuis longtemps parmi les premiers capitaines de tous les siècles.

» Un officier français, à qui peut-être il n'a manqué pour remporter des victoires que de commander des armées, et qui, ne pouvant gagner des batailles, écrivait avec éloquence des livres qui enseignaient à vaincre ; un juge très éclairé et très sévère de tous les modèles et de tous les maîtres de son art, dans un éloge de Frédéric II, où il ne reconnaît le génie de la guerre que dans ceux qui ont préparé leurs triomphes par de nouvelles créations dans la tactiquc, parmi tant de généraux, de rois et d'empereurs dont les noms et les victoires fatiguent les

pages de l'histoire ancienne et moderne, semble d'abord n'en apercevoir aucun qui puisse soutenir un parallèle avec son héros ; il fait ensuite avancer le seul nom de César , et il croit l'élever encore en le plaçant à côté de celui de Frédéric; devant ces deux noms tous les autres s'anéantissent à ses yeux; il ne voit plus que Frédéric et César, se donnant la main à travers le désert des siècles.

» Mais avec quel éclat de fortune et de génie Napoléon s'avance vers ce même parallèle pour l'embellir ou pour l'effacer ! Comme toutes les circonstances de sa dernière campagne rendent son rapprochement avec le grand Frédéric inévitable, et le font servir au rehaussement de sa gloire ! Il a les mêmes ennemis que Frédéric , et ce sont de même presque toutes les premières puissances militaires de l'Europe ; il va les

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