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» et royale, et lui présentera l'hominage de l'admiration, » la reconnaissance et de l'amour du peuple français.

Discours de M. le sénateur Chaptal.

« Vous venez de voter par acclamation un monument triomphal au héros qui fait la gloire et le bonheur de l'Empire. La France entière répond au voeu des pères de la patrie, et la nation s'enorgueillit de reconnaître son caractère dans les transports qui troublent si heureusement la gravité majestueuse et le calme accoutumé de vos délibérations. Lorsque les faits ont surpassé tout ce que la raison pouvait espérer tout ce que l'imagination pouvait concevoir, tout ce que l'histoire a pu nous transmettre , le

sage

lui-même ne connaît plus alors que l'enthousiasme pour les célébrer.

» Au monument glorieux que votre reconnaissance élève au vengeur de l'Empire , je propose d'en ajouter un autre qui, dans sa vénérable simplicite, sera l'expression fidèle de vos sentimens , et qui renfermera un grand souvenir pour l'histo re, un grand exemple pour les princes , une grande leçon pour nos descendans.

» Mais, avant de vous en soumettre l'idée, je demande au Sénat la permission de relire la lettre qui lui fut adressée par S. M. impériale après la capitulation d'Ulm, (L'orateur en fait lecture. Voyez plus haut cette lettre, dans la séance du Sénat du 2 brumaire an 14.)

» Sénateurs, vous êtes profondément émus de ces paroles touchantes, écrites par le vainqueur sur le chainp de bataille en vous envoyant les drapeaux de l'ennemi! C'est un honmage, vous dit-il, que moi et mon armée faisons aux sages de l'Empire ; c'est un présent que des enfans font à leurs pères. Jamais la puissance militaire , qui fonde et prolége les elats, a-t-elle honoré davantage la puissance législative, qui les afferınit! Aviez-vous l'idée d'un conquérant assez supérieur à la gloire des armes , surtout assez ami de l'humanité pour s'arrêter au milieu de ses triomphes , et commander à la victoire de rendre hommage à l'autorité pacifique des lois ? Mais qui de vous ne connait ici le génie du héros qui, pour imprimer à son siècle un caractère particulier, ne se borne point aux conquêtes ni aux prodiges des beaux-arts ? Il veut que son règne soit celui des grandes pensées , des pensées libérales, utiles aux progrès de la raison et au bonheur des peuples.

w Les arcs de triomphes , les statues , les chefs-d'oeuvre que l'art exécute sur le marbre et sur l'airain ne sont point, disait

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Pline à Trajan , les monumens les plus durables de la gloire des bons princes ; le seul hommage que l'adulation même ne peut rendre qu'aux grands hommes, c'est de perpétuer le sous venir de leurs paroles, et de les faire entendre pour

ainsi dire à la dernière postérité. La parole d'un grand hoinme est presque toujours le cachet de son âme, l'empreinte de son caraca tere, la loi de son siècle , et la leçon de l'avenir.

» Quelques générations se sont à peine écoulées, et l'herbe a couvert cette colonne élevée dans les plaines d'Ivry à la mémoire d'un monarque vainqueur des discordes civiles et des ligues étrangères ; sa statue ne frappe plus nos regards au sein de nos cités , tandis que le veu qu'il forma pour la félicité du laboureur restera éternellement gravé dans le cour du peuple français.

» Aimer le peuple est sans doute un sentiinent commun à
tous les rois : mais ne jamais perdre de vue ce qui assure son
repos et son bonheur; sous la tente , sur le champ de bataille,
au milieu des prestiges et des séductions de la victoire, appren-
dre à la force ce qu'elle doit à la sagesse ; rappeler aux guer-
riers français , vainqueurs des nations, qu'ils sont les enfans
'du Sénat ; prévoir et prévenir l'époque lointaine où des ar-
mées triomphantes pourraient creire qu'elles tiennent tout de
Ja fortune; concilier et garantir la majesté du trône , les droits
du souverain, l'autorité des magistrats , la gloire des armes,
l'ordre, la liberté, la sécurité publique ; voilà celui à qui l'em-
pire du monde ne fera jamais perdre l'empire de lui-même ;
voilà Napoléon le Grand , tel qu'il s'est montré dans sa lettre
mémorable au Sénat français !
» Je demande

que
cette lettre, gage

de tant de sentimens et de souvenirs, monument à la fois honorable pour le Sénat et glorieux pour l'armée , soit gravée sur des tables de marbre qui seront exposées dans la salle de nos séances. »

La proposition du sénateur Chaptal est adoptée sur le champ, rédigée ainsi qu'il suit:

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« Le Sénat , délibérant sur la proposition d'un de ses mem» bres , relative aux moyens de témoigner à S. M. l'empereur » et roi la reconnaissance du Sénat pour le gage précieux qu'il

reçoit de la bienveillance de S. M. dans les drapeaux dont » elle lui a fait don ;

» Décrète ce qui suit :

» Art rer. La lettre de S. M. l'empereur et roi datée d'El» chingen , le 26 vendémiaire an 14; et par laquelle S. M. fait » don au Séuat de quarante drapeaux conquis par son arınée,

sera gravée sur des tables de marbre qui seront placées dans » la salle des séances du Sénat.

» 2. A la suite de cette lettre sera pareillement gravé ce qui # suit:

Les quarante drapeaux, et quatorze autres ajoutés aux » premiers par S. M. , ont été apportés au Sénat par le Tri» bunat en corps, et déposés dans cette salle le mercredi

per janvier 1806. »

M. François ( de Neufchâteau) obtient ensuite la parole, et exprime de nouveau les sentimens qui animent l'assemblée ; mais la fin de son discours provoque un tel mouvement d'enthousiasme qu'elle doit être rapportée :

* Mes chers collègues , dit-il, permettez que j'exprime un dernier sentiment relatif à cette séance. Si l'objet en est mémorable , son époque précise n'est pas moins digne de remarque. Sénateurs, ce jour même est celui où votre senatus-consulte du 22 fructidor an 13 fait recommencer pour la France le calendrier des Romains. Puisque vous reprenez leur mode de mesurer le temps , imitez aussi un usage qui signalait chez eux le commencement de l'année. Dans le sein du Sénat romain c'était le consul de l'année qui , aux calendes de janvier, ouvrait l'anvée nouvelle par des voeux solennels pour l'éternité de l'Empire , pour la santé de l'empereur, et pour celle des citoyens. Les acclamations de tous les sénaleurs terminaient la cérémonie, et la formule même en était' consignée dans les registres du Sénat. Il y a , ce me semble, dans cet usage antique un esprit analogue au nôtre, et qui nous détermine à nous approprier une telle solennité. Et nous aussi , Français, dans ce premier jour de l'année nous prions l'arbitre suprême des destinées humaines de veiller sur les jours du héros qu'il nous a donné dans sa faveur! Nous le prions de faire entrer Napoléon le Grand sous un auspice heureux dans ce siècle nouveau qui doit porter son nom! Puisse une guerre glorieuse amener une paix générale et solide, qui remplisse le seul désir, la seul ambition du coeur de l'empereur, en lui assurrant le loisir d'appliquer désormais aux soins de son gouvernement toutes les forces d'un génie immense comme son Einpire! Sénateurs, ce veu comprend tout : faire des voeux pour l'empereur c'est en faire pour le salut et le bonheur de tout son peuple. Oui, demander à Dieu qu'il conserve Napoléon c'est demander qu'il affermisse toutes nos institutions , et qu'il daigne perpétuer la gloire de la France ! Joignez vns voix, mes

chers collègues, aux acclamations qui partent de mon cour, et qu'un cri unanime élève vers le ciel ce vou national : vive Nag POLÉON LE GRAND! vive l'empereur des Français , sauveur de

libérateur de l'Allemagne, et vengeur de l'Europe! »

son pays ,

A ces mots toutes les voix se joignent à celle de l'orateur, et la séance est levée aux cris redoublés de vive l'empereur, vive Napoléon le Grand ; et la musique, répétant ce vou d'acclamation de toute l'assemblée , exécute le vivat in æternum.

LETTRE de l'empereur au Sénat pour l'informer de la

paix (1) et du mariage du prince Eugène. — Lue par l'archi-chancelier dans la séance du 14 janvier 1806.

« Sénateurs , la paix a été conclue à Presbourg, et ratifiée à Vienne entre moi et l'empereur d'Autriche. Je voulais dans une séance solennelle vous en faire connaître moi-même les conditions ; mais, ayant depuis longtemps arrêté avec le roi de Bavière le mariage de mon fils le prince Eugene avec la princesse Auguste sa fille , et me trouvant à Munich au moment ou la célébration dudit mariage devait avoir lieu, je n'ai pu résister au plaisir d'unir moi-même les jeunes époux , qui sont tous deux le modèle de leur sexe. Je suis d'ailleurs bien aise de donner à la maison royale de Bavière, et à ce brave peuple bavarois , qui dans celle circonstance m'a rendu tant de services et montré tant d'amitié, et dont les ancêtres furent constamment unis de politique et de coeur à la France , cette preuve de ma considération et de mon estime particulière.

» Le mariage aura lieu le 15 janvier. Mon arrivée au milieu de mon peuple sera donc relardée de quelques jours : ces jours paraîtront longs à mon coeur; mais après avoir été sans cesse livré aux devoirs d'un soldat, j'éprouve un tendre délassement à m'occuper des détails et des devoirs d'un père de famille. Mais, ne voulant point retarder davantage la publication du traité de paix, j'ai ordonné, en conséquence de nos statuts constitutionnels, qu'il vous fût communiqué sans délai pour être ensuite publié comme loi de l'Empire.

» Donné à Munich , le 8 janvier 1806. Signé NAPOLÉON. »

(1) Voyez, à la fin du no VI, les principaux articles du traité de paix.

(1) LETTRE de l'empereur au Sénat, relative à l'adop

tion du prince Eugène et à l'hérédité de la couronne d'Italie. - Lue dans la séance du 22 janvier 1806.

« Sénateurs, le senatus-consulte organique du 18 floréal an 12 a pourvu à tout ce qui était relatif à l'hérédité de la couronne impériale en France.

» Le premier statut constitutionnel de notre royaume d'Italie, en date du 19 mars 1805, a fixé l'hérédité de cette couronne dans notre descendance directe et légitime , soit naturelle, soit adoptive. » Les dangers que nous avons courus au milieu de la

guerre, et que se sont encore exagérés nos peuples d’Italie ; ceux que nous pouvons courir en combattant les ennemis qui restent encore à la France , leur font concevoir de vives inquiétudes ; ils ne jouissent pas de la sécurité que leur offre la modération et la libéralité de nos lois, parce que leur avenir est encore incertain.

» Nous avons considéré comme un de nos premiers devoirs de faire cesser ces inquiétudes.

» Nous nous sommes en conséquence déterminé à adopter comme notre fils le prince Eugène , archi-chancelier d'état de notre Empire , et vice-roi de notre royaume d'Italie. Nous l'avons appelé, après nous et nos enfans naturels et légitimes, au trône d'Italie, et nous avons stalué qu'à défaut soit de notre descendance directe, légitime et naturelle , soit de la descendance du prince Eugène, notre fils , la couronne d'Italie sera dévolue au fils ou au parent le plus proche de celui des princes de notre sang qui, le cas arrivant, se trouvera alors régner en France.

» Nous avons jugé de notre dignité que le prince Eugene jouisse de tous les honneurs attachés à notre adoption , quoiqu'elle ne lui donne des droits que sur la couronne d'Italie; entendant

que

dans aucun cas, ni dans aucune circonstance, notre adoption ne puisse autoriser ni lui ni ses descendans á clever des prétentions sur la couronne de France , dont la succession est irrévocablement réglée par les Constitutions de l'Empire.

L'histoire de tous les siècles nous apprend que l'unifor

(1) Cette lettre et la précédente n'ont donné lieu , de la part du Sénat , qu'à des discours et adresses d'éloges, de félicitations, de remercimens, etc.

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