Page images
PDF
EPUB

mité des lois nuit essentiellement à la force et à la bonne

organisation des empires lorsqu'elle s'étend au-delà de ce que permettent soit les moeurs des nations , soit les considérations géographiques. » Nous nous réservons d'ailleurs de faire connaître

par

des dispositions ultérieures les liaisons que nous entendons qu'il existe après nous entre tous les états fédératifs de l'Empire français. Les différentes parties, indépendantes entre elles , ayant un'intérêt commun, doivent avoir un lien commun.

» Nos peuples d'Italie accueilleront avec des transports de joie les nouveaux témoignages de notre sollicitude. Ils verront un garant de la félicité dont ils jouissent dans la permanence du

gouvernement de ce jeune prince , qui, dans des circonstances si orageuses, et surtout dans ces premiers momens , si difficiles pour les hommes mêmes expérimentés, a su gouverner par l'amour et faire chérir nos lois.

» Il nous a offert un spectacle dont tous les instans nous ont vivement intéressé. Nous l'avons vu mettre en pratique, dans des circonstances nouvelles, les principes que nous nous étions étudié à inculquer dans son esprit et dans son coeur pendant tout le temps où il a été sous nos yeux. Lorsqu'il s'agira de défendre nos peuples d'Italie, il se montrera également digne d'imiter et de renouveler ce que nous pouvons avoir fait de bien dans l'art si difficile des batailles.

» Au même moment où nous avons ordonné que notre quatrième statut constitutionnel fût communiqué aux trois colléges d'Italie , il nous a paru indispensable de ne pas différer un instant à vous instruire des dispositions qui assoient la prospérité et la durée de l'Empire sur l'amour et l'intérêt de toutes les nations qui le composent. Nous avons aussi été persuadé que tout ce qui est pour nous un sujet de bonheur et de joie ne saurait être indifferent pi à vous ni à mon peuple.

» Donné à Munich, le 12 janvier 1806. Signé NAPOLÉON. »

[ocr errors]

AUDIENCE sclenuelle donnée par l'empereur lors de

son retour de la campagne d'Austerlitz. - Au palais des Tuileries, le 28 janvier 1806.(1)

patrie!

Discours du Sénat, prononcé par M. François ( de Neufchâteau ),

président. « Sire, quel beau jour pour la France entière que celui qui semble lui rendre la lumière et la vie en lui restituant l'aspect de Votre Majesté! Quel beau moment pour le Sénat , honoré comme il l'est de votre confiance auguste , que l'instant où il cst admis à contempler , dans tout l'éclat de la victoire et de la paix, ce trôneimpérial que six cent mille hommes armés s'étaient flattés de renverser! Sire, que nous aimons à vous y voir assis après une absence si longue , et qui sous un autre que vous eût éié si inquiétante!

» Nous pouvons dire justement une absence si longue, quoiqu'elle n'ait duré qu'environ qualre mois. Par le nombre de vos triomphes , ces mois sont devenus des siècles; mais ils n'ont pas été moios lents pour notre impatience de revoir et de posséder le héros de notre âge, le libérateur de l'Europe et le père de la

Cependant, nous devons le dire à Votre Majesté impériale et royale, vous n'avez pas cessé d'être présent dans le sein du Sénat , Sire, non seulement par cette renommée qui remplit l'univers, mais par ce sentiment qui nous attache tous à Votre Majesté, et lie nos destinées et nos affections à ses affections et à ses destinées. A dater du moment où Votre Majesté impériale et royale vint nous annoncer ce départ, qu'elle n'avait pu prévoir, tous nos cours l'ont suivie au delà des frontières. La rapidité de sa marche, devançant toujours notre espoir , redoublait toujours notre zèle. Ses dangers , ses fatigues, nous les partagions sans relâche. Ses paroles sublimes et ses actions étonnantes nous tenaient sur ses pas dans un enchantement qui pendant quatre mois, n'a pas été interrompu. Oui, Sire, sans reprendre haleine, nous étions avec vous à Wertingen, à Ulm, à Vienne , à Austerlitz , et, d'une manière plus douce , à Carlsruhe, à Stuttgard , et en dernier lieu à Munich. Avec le soldat, nous allions de victoire en victoire; avec le père de famille, nous avons célébré une noce heureuse et brillante.

» Mais, après toutes ces merveilles , combien votre retour

(1) Napoléon était arrivé à Paris dans la nuit du 26 au 27.

[ocr errors]

était ardenament désiré ! Quel empressement unanime aurait précipité sur les pas du Sénat , au devant de notre empereur et de notre héros, la population immense de la première de ses villes, si le temps vous avait permis de vous prêter à nos désirs, ou plutôt si le dévouement de Votre Majesté au service public ne vous eût pas fait un devoir de signaler votre arrivée

par

la tenue de vos conseils. C'est un trait caractéristique, et qui doit être remarqué dans votre manière de voir. Régner c'est s'oublier soi-même et vivre pour les autres. Ainsi, pour Votre Majesté, le travail de la veille n'a d'autre perspective et d'autre récompense que le travail du lendemain !

» Ah! Sire , suspendez un jour cette action infatigable ! Tous les yeux sont jaloux de voir Napoléon le Grand ; tous les cours sont ouverts pour

lui! » Nous n'essaierons

pas

de peindre ce que nous éprouvons ; Jes transports de la joie publique seront plus éloquens que nos faibles paroles. Mais ce que le Sénat doit dire, c'est que les sentimens du peuple répondent dignement aux actions du prince. La nation française s'enorgueillit de son monarque. Sire, tous vos contemporains se félicitent de leur siècle.

» Heureux ceux qui ont pu échapper ou survivre à nos mal. heureuses discordes , pour être les témoins de la gloire de leur pays, et contempler l'éclat et la prospérité que la faveur du ciel verse sur cet Empire depuis que le Sénat et le peuple, et Dieu même, ont remis le sceptre en des mains dignes de le

porter!

au dedans !

» Ah ! qu'à partir de cette époque la France doit chérir sa quatrième dynastie ! Que de problèmes résolus et au dehors et

» Au dehors, en effet, le nom français est respecté, nos alliés sont affermis , nos ennemis sont reconnus pour les ennemis de l'Europe, et leurs combinaisons perfides n'ont abouti qu'à augmenter l'éclat de votre diadême et votre gloire personnelle. S'ils avaient conspiré pour vous rendre plus grand encore , ils n'auraient pas mieux réussi.

» Au dedans, Votre Majesté , toujours fidèle à ses principes, maintient inviolablement l'union de la liberté avec la monarchie. Toutes nos craintes sont passées; nos espérances sont accrues. Sire , tous les Français sentent ce qu'ils vous doivent il n'en est pas un seul qui ne soit pénétré pour Votre Majesté de cet enthousiasme que sa grande âme communique, et qui semble élever vers elle toutes les autres âmes.

Daignez donc , Sire , recevoir à ces titres sacrés gos félicitations, nos sentimens et nos hommages, qui sont ceux de votre grand peuple ! Daignez, ô le meilleur et le plus illustre

des princes ! accueillir favorablement ces tributs d'admiration, de dévouement et de respect que le Sénat en corps est empressé d'offrir à Votre Majesté impériale et royale! Et quoique votre modestie parle si simplement des prodiges sans nombre par lesquels ce génie, qui avait déjà surpassé tous les autres héros, vient de se surpasser lui-même, souffrez que nous exécutions le décret du Sénat en donnant solennellement au sauveur de la France le nom de Grand , ce nom si juste, ce titre que la voix du peuple , qui est ici la voix de Dieu, nous prescrit de vous décerner.

» En joiguant ce beau titre à la commune expression du vou universel , nous finirons par ces mots, devenus en France un cri national, qui émane de tous les cours et qui est sur toutes les lèvres: vive Napoléon le Grand ! »

L'empereur a répondu « qu'il remerciait le Sénat des senti» mens que le président venait d'exprimer ; et il a ajouté qu'il » mettait son unique gloire à fixer les destinées de la France » de manière que dans les âges les plus reculés elle fût toujours » reconnue par la seule dénomination du grand peuple.

»

Discours du Tribunat , prononcé par M. Fabre (de l'Aude), président.

Sire, le Tribunat vient mêler aux acclamations publiques l'expression de la joie que lui iuspire l'heureux retour de votre Majesté.

» Dans le cours de la campagne qu'elle vient de terminer si glorieusement, Votre Majesté n'a point perdu de vue l'état intérieur de la France ; sa vigilance et sa prodigieuse activité se sont étendues à toutes les parties de l'administration.

» Mais la présence de Votre Majesté n'en était pas moins vivement désirée.

» Chacun a senti le besoin de contempler le héros qui venait d'opérer tant de prodiges , et que d'innombrables bienfaits avaient rendu l'objet de l'admiration, de l'enthousiasme et de l'amour de ses peuples.

» Sire, les ennemis de la France sont eux-mêmes forcés de rendre hommage à la sublimité de vos conceptions.

» Constante et ferme dans toutes ses entreprises , Votre Majesté a toujours la certitude d'arriver au but qu'elle veut atteindre , soit que ses projets aient été si bien combinés , et ses mesures si bien prises, qu'elle contraigne la fortune å les couronner; soit qu'une puissance surnaturelle prenne ellemême le soin de les lui inspirer et d'en assurer le succès.

» Sire, la confiance sans bornes que vous témoignent vos

fideles sujets , et que justifie une expérience déjà longue , si on compte plus les faits que les années, est dictée par le souvenir des plus éminens services, et le dévouement le plus étendu.

» Le Tribunat se félicite d'avoir à exprimer à Votre Majesté des sentimens dont il a été constamment animé; il regrette de ne point trouver des expressions assez fortes pour peindre dignement tout ce que Votre Majesté a fait pour la gloire et le bonheur de ses peuples, et tout ce que de leur côté ils ressentent pour votre auguste personne d'amour et de reconnaissance. »

L'empereur a répondu «qu'il désirait qu'on ne se ressou» vînt de ce qui a été fait de bien dans ces derniers mois qu'au

moment où son armée rentrerait en France, afin que ses » soldats fussent alors accueillis comme doivent l'être des en» fans qui sont la gloire et l'honneur de leurs familles; qu'il » fallait en ce moment s'occuper uniquement de perfectionner » la législation, parce que les bonnes lois sont la cause la

plus durable de la prospérité des peuples. »

VII.

INSTITUTION DE DEUX FÊTES, la saint NAPOLÉON et

l’ANNIVERSAIRE DU CONCORDAT, l’ANNIVERSAIRE DU COURONNEMENT et DE LA BATAILLE D'AUSTERLITZ. RESTITUTION AU CULTE DE L'ÉGLISE SAINTE-GENEVIÈve (le Panthéon), et RESTAURATION DE L'ÉGLISE DE SAINT-DENIS.

RAPPORT fait à l'empereur par le ministre des cultes.

Du 19 février 1806. « Sire, les solennités périodiques et nationales sont des monumens impérissables ; liées au cercle des saisons et des années, elles rattachent les grandes époques de la terre au cours inaltérable des cieux. Elles sont de vivantes représenta. tions des événemens des temps anciens ; elles les rendent contemporains de tous les âges, et la patrie emprunte de ces institutions l'activité de sa force et de sa puissance. Elles ont sur les inscriptions mortes l'avantage du présent sur le passé.

» Mais les cérémonies et les pompes civiles ne sont rien si elles ne se rattachent aux pompes et aux cérémonies de la religion. La religion comble l'espace immense qui sépare le ciel de la terre; elle communique à toutes les pompes un sens mysté

« PreviousContinue »