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rieux et sublime; elle imprime à ses cérémonies cette gravité imposante etce caractère touchant qui commandent le recueillement et le respect ; elle lie les actions passagères des hommes à cet ordre de choses éternel, la source unique de toutes les consolations célestes , et l'unique but de toutes les espérances pieuses. Les arts eux-mêmes manquent d'éloquence s'ils ne s'adressent à cet instinct moral et religieux qui dans l'homme peut seul faire participer le cæur aux élans de l'imagination et aux conceptions de l'esprit.

Sire , deux grandes fêtes doivent être au milieu de nous les signes permanens des grandes choses opérées par votre génie. L'une rappellera l'union sainte de la paix et de la justice, la France réconciliée avec elle-même, le christianisme reprenant sa divine et salutaire influence, la morale recouvrant ses tribunaux , les tribunaux une puissance qu'ils ne tiennent pas des lois , les lois une sanction céleste , un code nouveau adapté aux progrès des idées et à la stabilité des principes , une organisation nouvelle de tout l'ordre social, rajeuui quoique replacé sur ses antiques bases, vivifié par un nouvel esprit et par

de nouvelles formes ; en un mot elle sera destinée à perpétuer le souvenir de notre régénération intérieure.

» L'autre célébrera le rétablissement de ce gouvernement vraiment national, qui donne un père à la patrie, et qui, supprimant les convulsions intestines, communique à l'ordre politique la marche douce et paisible de l'ordre de la nature; cette splendeur qui rejaillit du trône sur les citoyens , et les ennoblit aux yeux des nations étrangères ; cette mémorable victoire d'Austerlitz , qui a sauvé le midi civilisé de l'Europe de la tyrannie du nord encore barbare; ces événemens accomplis en si peu de temps, une ligue insensée dissipée, des trônes élevés, une nouvelle balance de l'Europe établie, et le héros de la France devenant le pacificateur de l'Allemagne, le restaurateur de l'Italie et le bienfaiteur de l'humanité ; en un mot elle sera destinée à perpétuer le souvenir de l'accroissement de prépondérance et de force que la France a acquis au dehors pour

le bonheur du monde. Mais , Sire, le principe salutaire de l'économie du temps doit présider à l'institution des fêtes : dispensées avec épargne, elles impriment à l'amour du travail une nouvelle impulsion; elles renouvellent les forces, et communiquent à l'industrie nationale une activité particulière en fournissant à la médiocrilé aisée l'occasion honnête d'étaler un luxe innocent.

Que le jour de l'Assomption soit consacré à la première de ces solennités ; c'est celui de la naissance de Voire Majesté impériale et royale. Tous les bienfaits que la Providence destinait à la grande nation dans l'ordre éternel de ses décrets, tous les souvenirs glorieux, tous les souvenirs chers aux Français viennent s'y rattacher. Que la célébration de la fête de Saint-Napoléon ait lieu dans ce grand jour! La fête patronale de Votre Majesté impériale et royale doit être celle de tout l'Empire.

» La seconde de nos solennités nationales sera célébrée le premier dimanche qui suivra le jour anniversaire du couronnement de Votre Majesté impériale et royale ; elle sera environnée de tout l'éclat de vos victoires et de toute la

grandeur à laquelle le nom frarçais est parvenu sous ses auspices.

» J'ai l'honneur en conséquence de proposer à Votre Majesté impériale et royale le projet de décret suivant..

• Je suis avec un profond respect, elc. Signé PORTALIS. •

(Un décret impérial, daté du même jour, consacre les dispositions exposées dans ce rapport.)

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RAPPORT fait à l'empereur par le ministre de l'inté

rieur. - Du 19 février 1806. • Sire, dans le cours des discordes qui ont accompagné nos troubles civils, deux grands monumens publics oni offert un spectacle qui a affligé les amis des arts et les âmes religieuses.

L'église de Sainte-Geneviève , le plus beau de tous les temples de la capitale ; ce temple , qui, placé au sommet du mont consacré à un culte tutélaire, couronnait si noblement l'ensemble des chefs-d'oeuvre qui décorent cette capitale , et annonçait de loin à l'étranger le règne auguste de la religion sur cette population immense , enlevé au vou de la piété au moment même où elle en allait jouir, consacré ensuite à une autre destination, laissé enfin désert, sans emploi et sans but, semble s'élonner lui-même d'un tel abandon. La froide curiosité, en visitant son enceinte , s'étonne de rencontrer déjà, dans un monument à peine achevé, la solitude des ruines; le génie des arts , qui épuisa sur lui toute la richesse de ses conceptions, s'afflige de le trouver sans caractère, je dirais

presque sans âme et sans vie ; la religion, voyant ses espérances trompées, détourne ses regards d'un monument dont la majesté ne peut être dignement remplie que par le culte du Trés-Haut, et qui s'élevait comme le juste liommage rendu à Dieu par le génie des hommes.

Saint-Denis s'enorgueillit d'un autre monument qui date au contraire de l'origine même de la nation, que Dago

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Lert dédia au prolecteur de la France , que releva l'abbé Sugèr, qui reuserme en quelque sorte dans son sein l'histoire tout entière de cet Empire. La reposent trois races qui régnèrent sur la France; spectacle qui commande des méditations profondes pour les princes et pour les peuples , rappelant à la fois toute la grandeur des choses humaines et leur fragile durée; mausolée consacré par la religion et par les siècles; vaste cercueil plein d'une poussière de rois, placé à l'écart et hors du tumulte de la capitale comme par un mouvement de terreur et de respect.

» Je ne rappellerai point les ravages auxquels il fut livré; son enceinte seule y avait survécu. Dans un siècle parvenu au plus haut degré de la civilisation, on découvrait au centre de l'Émpire cette ruine colossale , entourée de débris épars, comme peu vent l'être les restes de quelque édifice des premiers âges dans les déserts de l’Asie. Sire, ce triste aspect n'est plus; par vos ordres Saint-Denis a été réparé, et garanti au moins des ravages des saisons. Votre Majesté vient de visiter le Panthéon ; et déjà votre pensée seule a ranimé et presque recréé ces deux monumens. Elle leur rendra toute leur dignité première : votre génie réparateur peut effacer ces derniers vestiges que l'esprit de la destruction laissa de son terrible passage. Sainte-Geneviève sera rouverte à l'empressement des fidèles ; Saint-Denis sera rendu à son antique et imposante destination. La pensée de Votre Majesté a embrassé le passé et l'avenir; celui-ci lui offrait des créations nouvelles, l'autre des torts à réparer: elle veut que Saint-Denis serve de sépulture aux empereurs. Elle eût voulu replacer les cendres des rois des trois premières dynasties ; mais déjà elles n'existent plus ; elle a ordonné que trois chapelles suppléeraient aux tombeaux qui pendant tant de siècles ont été déposés dans cette église. Če spectacle ap-, prendra aux souverains ce que l'histoire leur enseigne à chaque instant, que le courage, les vertus et le bien qu'ils font à leurs peuples fondent les dynasties, qui finissent sous des princes faibles , incertains ou ignorans. Aucune des trois races n'eut de fondateur plus illustre , qui en moins de temps répara plus de maux, fit plus, et fut plus aimé de son peuple que celui de la dynastie impériale : les princes qui lui succéderont seront dignes de son nom et de son sang , et le monument qu'il consacre sera un spectacle des vicissitudes humaines autant que de la grandeur de celui qui l'aura restauré.

» Le zèle des beaux-arts avait recueilli avec une activité courageuse les monumens funèbres exilés des temples, et s'était félicité dans les temps orageux de leur trouver un asile ; mais il gémit aujourd'hui de les voir déposés dans une enceinte où

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tout leur est étranger, où semble éteinte la pensée qui les éleya , où rien ne les explique , où, devenus stériles et muets ils ne transmettent qu'une impression incertaine à l'âme du spectateur.

» Votre Majesté a voulu rendre à la religion les mausolées que la religion fonda, leur rendre à eux-mêmes leur caractère primitif, les rétablir dans leur harmonie naturelle avec tous les souvenirs qu'ils doivent consacrer, et, sans les dérober å l'admiration publique, associer leur présence aux cérémonies funèbres et au spectacle du culte divin. Ainsi un voile religieux, s'étendant sur eux, deviendra pour eux une sorte de décoration ; ils décoreront eux-mêmes un temple majestueux. Le génie des beaux - arts retrouvera désormais à leur vue le même enthousiasme qui en inspira la création. Qu'auprès d'eux s'élèvent des mausolées nouveaux, propres à rappeler de plus grands souvenirs ; monumens dignes de ces souvenirs et du siècle qui les verra naître.

Telle est, Sire , la nouvelle destination que vous avez marquée au Panthéon; Votre Majesté a voulu qu'il soit le temple de la religion et celui de la reconnaissance, dont le vou réuni, en s'élevant vers le ciel, lui demande d'acquitter la dette contractée sur la terre envers ceux qui auront bien servi la patrie et le prince. Les grands dignitaires, les grands officiers de l'Empire, de la couronne et de la Légion-d'Honneur les généraux et sénateurs, vous paraissent avoir des droits á cette noble sépulture ; grande conception , qui accomplit ainsi dans une même consécration les veux du patriotisme , de la morale et des beaux-arts. » Je suis avec un profond respect, etc. Signé CHAMPAGNY. »

(Un décret impérial, daté du 20 du même mois, consacre les dispositions exposées dans ce rapport. Il établit en outre un chapitre composé de dix chanoines pour desservir l'église de Saint-Denis. Il charge le chapitre métropolitain de Notre-Dame, augmenté de six membres, de desservir l'église Sainte-Geneviève.

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VIII.

SESSION DE 1806

DISCOURS prononcé par l'empereur à l'ouverture de la

session, le 2 mars 1806. (1) « Messieurs les députés des départemens au Corps législatif, messieurs les tribuns et les inembres de mon Conseil d'état, depuis votre dernière session la plus grande partie de l'Europe s'est coalisée avec l'Angleterre. Mes armées n'ont cessé de vaincre que lorsque je leur ai ordonné de ne plus combattre. J'ai vengé les droits des états faibles, opprimés par les forts. Mes alliés ont augmenté en puissance et en considération ; mes ennemis ont élé humiliés et confondus : la maison de Naples a perdu sa couronne sans retour. La presqu'ile de l'Italie tout enticre fait partie du grand Empire : j'ai garanti, comme chef suprême, les souverains et les constilutions qui en gouvernent les différentes partics.

» La Russie ne doit le retour des débris de son armée qu'au bienfait de la capitulation que je lui ai accordce. Maître de renverser le trône impérial d'Autriche , je l'ai rassermi. La conduite du cabinet de Vienne fera-t-elle que la postérité me reprochera d'avoir manqué de prévoyance ? J'ai ajouté une entière confiance aux protestations qui m'ont été faites par son souverain. D'ailleurs les haules destinées de ma couronne ne dépendent pas des sentimens et des dispositions des cours étrangères : mon peuple maintiendra toujours ce trône à l'abri des efforts de la baine et de la jalousie ; aucun sacrifice ne lui sera pénible pour assurer ce prenier intérêt de la patrie.

» Nourri dans les camps, el dans des camps toujours triomphans, je dois dire cependant que dans ces dernières circonsiances ines soldats ont surpassé mon altente ; mais il m'est doux de déclarer aussi que mon peuple a rempli tous ses devoirs. Au fond de la Moravie , je n'ai cessé un moment d'éprouver les effets de son amour et de son enthousiasıne; jamais il ne m'en a donné des marques qui aient penetré mon cour de plus douces éinotions. Français, je n'ai pas été trompé

.

pas

(1) C'est par un décret daté de Schenbrunn, le 6 nivose an 14 ( 27 décembre 1805), que Napoléon avait convoqué le Corps législatif.

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