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dans mon espérance! Votre amour , plus que l'étendne et la richesse de votre territoire , fait ma gloire. Magistrals , prêm tres, ciloyens, tous se sont montrés dignes des hautes destinées de cette belle France , qui depuis deux siècles est l'objet des ligues et de la jalousie de ses voisins.

» Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître les événe-, mens qui se sont passés dans le cours de l'année. Mon Conseil d'état vous présentera des projets de loi pour améliorer les différentes branches de l'administralion. Mes ministres des finances et du trésor public vous communiqueront les comptes qu'ils m'ont rendus; vous y verrez l'état prospère de nos finances. Depuis mon retour je me suis occupé sans relâche de rendre à l'administration ce ressort et celle activité qui portent la vie jusqu'aux extrémités de ce vaste Ernpire. Mon peuple ve supportera pas de nouvelles charges ; mais il vous sera proposé de nouveaux développemens au système des finances, dont les bases ont été posées l'année dernière. J'ai l'intention de diminuer les impositions directes, qui pèsent uniquement sur le territoire , en remplaçant une partie de ces charges par des perceptions indirecles.

» Les tempêtes nous ont fait perdre quelques vaisseaux après un combat imprudenment engagé. Je ne saurais trop me louer de la grandeur d'âme et de l'altachement que le roi d'Es, pagne a montrés dans ces circonstances pour la cause coinmune. Je désire la paix avec l'Angleterre. De mon côté je n'en retarderai jamais le moment; je serai toujours prêt à la conclure, en prenant pour bases les stipulations du traité d'Amiens. Messieurs les députés au Corps législatif, l'attachement que vous m'avèz montré, la manière dont vous m'avez seconde dans les dernières sessions ne me laisse point de doule sur votre assistance. Rien ne vous sera proposé qui ne soit nécessaire pour garantir la gloire et la sûreté de mes peuples. COMPTE RENDU DE LA SITUATION DE L'EMPIRE ; la

par le ministre de l'intérieur, M. Champagny. Séance du 5 mars 1806.

« Messieurs les députés des départemens au Corps législatif, je suis chargé par S. M. l'empereur de vous rendre compte de la situation de l'Empire pendant l'année qui vient de s'écouler.

» Ses destinées venaient d'être fixées sur une base immuable; une cérémonie dont le souvenir formera une époqưe dans nos annales avait élevé le chef de l'Etat et son auguste famille à la dignité que demandaient et les voeux et les besoins de la France , lorsque l'ann 'e dernière vous vous réunites dans celle

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enceinte ,

, que vint consacrer sa présence. Ce fut au milieu de vous que

brillerent les premiers rayons de cet éclat immortel dont l'ont environné les hommages du peuple et les bénédictions du ciel, augure heureux pour

les travaux auxquels vous alliez vous livrer: aussi vos opérations ont-elles répondu à son attente , car toutes ont été utiles; l'amour du bien public, l'inspiration du génie ont guidé tous vos pas, et l'unité établie dans l'Empire , et si solennellement proclamée , a semblé mettre plus d'harmonie encore dans vos sentimens et dans vos délibérations.

L'empereur à son tour vous avait annoncé qu'il envisageait une grande dette dans ses nouveaux honneurs. Tous ses instans ont été consacrés à l'acquitter : vous savez s'il a rempli ses proinesses , et à quel point il a surpassé votre attente ; vous savez de quels événemens, peut-être direz-vous de quels prodiges , une année à peine écoulée a été remplie. Je les rappellerai sans prétendre les raconter ni en décrire les immenses résultats. L'Europe , encore immobile d'étonnement et de crainte; la France, transportée d'admiration et d'amour , me dispensent de dire ce que j'essaierais vainement d'exprimer.

» A peine vos travaux étaient terminés lorsque l'empereur entreprit de visiter une partie de la France. Si partout il a été salué par les témoignages les plus vifs et les plus unanimes des affections publiques, si les habitans des villes et des campagnes sont accourus au devant de lui en lui offrant l'hommage de leur reconnaissauce et de leur amour,

pas éprouvé une jouissance moins chère à son coeur en voyant ses propres yeux les heureux résultats d'une administration constamment animée depuis six ans par la plus généreuse sollicitude pour le bien des peuples et la restauration de l'ordre public. Il a vu les traces de nos malheurs effacées, et leurs souvenirs mêmes presque éteints ; les lois respectées ; les magistrats livrés avec zèle à leurs devoirs ; les moeurs épurées ; les idées religieuses en honneur ; l'urbanité française rendue à son ancienne délicatesse. Si quelques améliorations restaient encore à opérer, ce n'étaient plus ces réparations qui succèdent à de grands désastres; c'étaient ces perfectionnemens qui appartiennent à un temps de calme et de prospérité. Cependant l'empereur a voulu les connaître, les accomplir; il a appelé à lui tous ceux qui par Icurs fonctions ou leurs lumières pouvaient seconder ses vues ; admis tous ceux qui avaient des grâces à solliciter; accueilli les demandes ; écoulé, provoqué les observations ; récompensé les services; vu lui-mêine les moindres détails; et partout il a laissé dans des mesures d'une haute sagesse des monumens durables de son passage.

il n'a

Troyes reçoit ses premiers regards et obtient ses premiers bienfaits : ces bienfaits lui promettent une existence digne de son ancienne célébrité. Le projet d'une navigation de la Seine se faisant

par

les mêmes bateaux de Paris à Châtillon, non loin de sa source, est conçu; les détails en sont arrêtés. L'amélioration de celle de la Saône est projetée ; les villes qu'elle baigne reçoivent des embellissemens ; les quais de Châlons, Tournus, Macon, doivent être restaurés et agrandis. Macon verra s'élerer dans ses murs une cathédrale plus belle que

celle dont elle regrette la destruction : l'empereur contribue à cette construction d'une somme considérable , prise sur ses propres. revenus. La Seille , rendue navigable, sera un nouveau bienfait pour le département de Saône-et-Loire. Le département de l'Ain se réveille à la vue de son souverain, qui vivifie tout, et qui s'occupe avec intérêt d'accroître son industrie , et de corriger l'insalubrité d'une partie de son territoire.

» Lyon, déjà comblée des bienfaits de celui qui releva ses édifices et repeupla ses ateliers, croit n'avoir plus de voeux à former, et n'éprouve que le besoin d'entourer de ses justes transports le libérateur qu'elle chérit; mais la sollicitude de l'empereur pour cette capitale de l'industrie française n'est point épuisée, et lorsqu'on ne l'entretient que de reconnaissance son regard découvre encore les moyens d'accélérer les progrès d'une prospérité toujours croissante depuis son règne : les parties méridionales de la ville seront assainies; le Rhône sera contenu dans ses rives, et rapproché de la ville, qu'il semble vouloir abandonner; de sages réglemens fixent la fidélité dans les ateliers , et garantissent la confiance du consommateur étranger sans gêner la liberié de l'industrie; des récompenses , décernées par l'empereur lui-même, redoublent l'émulation des ouvriers ; une école de dessin assurera le perfectionnement de l'art. Lyon, communiquant avec la mer par le midi, bientôt avec le Rhin par le canal Napoléon, avec l'Océan et la Manche par la Saône, la Loire et la Seine, débouché de la Suisse et du Piémont , jouira d'un entrepôt qui, développant le bienfait d'une situation si heureuse, achevera de la rendre le centre d'un vaste commerce.

» L'ancienne Savoie , longtemps opprimée par la politique de ses souverains , heureuse d'être réunie par ses lois à une patrie à laquelle elle appartint toujours par ses moeurs,

offre à l'empereur des cours fidèles et déjà éprouvés ; tout est en mouvement dans ses vallées , jadis presque inaccessibles , bientôt ouvertes aux communications les plus fécondes: mais les grandes opérations dont elle est le théâtre ne laissent point négliger ses moindres intérêts. Le château de Chambéry renaît de ses cendres'; des édifices abandonnés sont rendus à l'utilité piha

D

blique ; des asiles sont ouverts à l'indigence; des points de repos sout assurés aux voyageurs ; le germe de l'industrie est seme sur un sol auquel il paraissait étranger.

L'empereur franchit les Alpes par cette route que son ginie a conçue , et que sa puissance exécute. Ici une nouvelle scène s'offre à ses regards. Le Piémont conserve encore quelques vestiges d'une révolution moins terrible, mais plus récente que la nôtre; il semble n'être point entièrement français , ni par

les sentimens qui le dominent, ni par les avantages dont il jouit. L'empereur, qui deux fois avait paru autour des murs de Turin à la tête d'une armée victorieuse , et n'y était point entré par respect pour l'infortune ou la faiblesse , y entre pour la première fois ; il s'y montre comme le père de ses nouveaux enfans, sans soldats , sans gardes , accompagné seulement des bienfaits qu'il apporte; plus grand et plus puissant de cette noble sécurité. Les affections auxquelles il s'est confie éclatent de toutes parts ; le peuple piémontais s'est montré digne de la confiance dont il l'honore. Les hommages publics viennent former son cortége; les grands propriétaires, restés à l'écart, se pressent autour de lui. Les administrations, incertaines, s'éclairant de son génie , suivent une marche plus ferme et plus régulière ; les abus sont réformés; le commerce, languissant, se ranime; de nouveaux débouchés lui sont promis ; les incertitudes sont fixées ; les opinions sont réconciliées ; ceux qui dans des temps difficiles se dévouerent aux intérêts de la France sont assurés que la France, fidèle , n'oubliera jamais leurs services ; ceux qui , engagés par les bienfaits de leurs aui. ciens mailres , ont cru que le malheur ajoutait aux devoirs de la reconnaissance , apprennent que leur nouveau souverain est trop généreux pour conserver d'autre souvenir que celui du dévouement dont ils se montrèrent capables ; les services sont récompensés, quelle qu'en soit la date , et la nouvelle patrie acquitte les dettes de l'ancienne ; les familles principales, admises autour du trône impérial , répandent autour d'elles l'éclat des honneurs qu'elles ont reçus ; les grands propriétaires, sans espérer le retour d'aucun privilége, n'ont plus d'exclusion à craindre ; chaque chose reprend la place que lui marquaient la sagesse et la justice. Le Piémont, conquis autrefois

par les armes , est maintenant naturalisé par les bienfaits.

» Tous les points du Piémont verront daler de cette époque des institutions précieuses ; mais trois villes surtout ont dû fixer l'attention de l'empereur; Turin, Casal, Alexandrie Turin, jadis résidence d'une cour; Casal, ancienne capitale du Mont-Ferrat, depuis longtemps naturalisée par les souvenirs, les affections et les moeurs; Alexandrie, autour de la

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qnelle, dans toutes les guerres, roulèrent comme sur leur pivot les grandes opérations militaires.

Turin, veuve de ses rois , est consolée par une augusle promesse; un frère de l'empereur gouvernera cette belle contrée , et son caractère connu garantit le bonheur dont il la fera jouir. Il résidera à Turin; une cour aimable et brillante rendra à cette ville bien plus qu'elle n'a perdu ; son magnifique palais deviendra le séjour de la bonté et des grâces. Jadis lriste forteresse environnée d'ennemis, maintenant ouverte à la France et à l'Italie , dont elle semble être le lien, elle ne sera entourée que de peupl s amis, et le commerce et les arts , empressés de s'y rendre , lui prodigueront leurs bienfaits.

» Casal, oubliée jusqu'à ce jour, mais toute dévouée au chef de l'Empire , n'a fait entendre que ses acclamations , et pas une plainte. L'empereur a prévenu lous ses veux ; un lycée, un évêché, des tribunaux , rendent la vie à celle belle cité ; des concessions l'enrichissent : ces bienfaits donneront un développement rapide aux avantages qu'elle tenait de son heureuse situation, d'un climat favorable et de tous les dons de la nature.

Alexandrie, fière de recevoir dans ses murs les mêmes braves dont elle vit la victoire et dont elle fut la conquête , célèbre leur arrivée comme une fête triomphale. Ils sont assemblés sous ses murs; le vainqueur de Marengo est entouré des compagnons de sa gloire dans cette plaine qui en fut l'illustre théâtre ; le prix de la valeur est distribué par les mêmes mains qui eu dirigerent les exploits; un monument est consacré aux mânes de ceux qui s'immolèrent pour la patrie; les peuples de l'Italie, accourus à ce spectacle , célebrent avec les soldats français l'anniversaire d'un jour qui fixa leurs destinées en assurant celles de la France.

» En de tels lieux les Français seront toujours sûrs de vaincre Là sera établi le boulevart de l'Empire ; là s'élevera la première place forte de l'Europe : les fleuves se détournent pour en proieger l'enceinte ; les combinaisons les plus profondes de l'art dirigent des travaux immenses , où déjà plus de douze millions ont été dépensés. L'empereur en a tracé le plan, suivi tous les détails. Il rend Alexandrie le siège de tous les grands établissemens militaires. Mais en lui assignant une si haute importance dans la guerre, il veut la faire jouir de tous les bienfaits de la paix : il retablit son adıninistration intérieure ; il lui crée un commerce d'entrepôt et de transit, que

lui destinaient les rivières qui la baignent et les communications dont elle est le centre; ses campagnes, jadis dévastées par

des brigands, sont délivrées du fléau qui les désolait depuis plusieurs siècles.

* Les bénédictions qui accompagnent l'empereur ont retenti

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