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dans toute la chaine de l’Apennin. Gênes les a entendues ; elle "s'est empressée de présenter à l'empereur son hommage et ses vaux. Ses veux sont d'être Française : elle l'est à moitié par ses affections, par ses habitudes; l'intérêt de sa propre existence Jui commande de l'être entièrement. Resserrée entre la mer qui la nourrissait autrefois , et dont nos ennemis , qui sont les siens, ont fermé les passages , et ces montagnes dont nos lois, sagement prohibitives, font une barrière pour elle, Gênes, manquant de tout, sans force , sans lois, presque sans gouvernement, sollicite l'honneur d'une adoption qui la réunisse å un grand peuple , et la fasse entrer en partage des biens dont il jouit , et du premier de tous , de son gouvernement. Ce võu'a été accompli: il était celui de toutes les classes des citoyens, et pour toutes la réunion a été un bienfait. L'empereur l'a consacrée par sa présence; il a été accueilli avec les transports que fait naître un libérateur. Gênes , française, reçoit les denrées du Piémont, fournit à la France les produits de son industrie, vit et s'enrichit par elle , et lui promet à son tour un accroissement de force maritime et de richesse commerciale. Plusieurs de ses citoyens , déjà connus de l'empereur , reçoivent de lui des distinctions flatteuses ; les lois françaises y sont introduites sans blesser aucun des intérêts qui l'avaient fait fleurir autrefois ; ses finances sont améliorées ; la dette publique est consolidée. Son territoire est agrandi ; il est partagé en départemens, et le département le plus près de la France reçoit un nom qui rappelle un des premiers succès du héros de la France, une des premières couronnes dont la victoire orna ce front depuis si chargé de lauriers. La terre où ce premier laurier, présage de tant d'immortels succès, fut cueilli, avait bien mérité d'être française. Le bienfait de cette organisation est assuré à Gênes par le choix d'un grand dignitaire nommé pour l'établir.

» Parme et Plaisance , longtemps incertaines de leurs destinées , encore soumises à des institutions gothiques, ont aussi possédé le chef de l'Empire , et de son passage datent pour elles un code de lois, un système d'administration assorti aux lumières du siècle. Si de fausses alarmes ont jeté un instant de trouble dans quelques vallées de ces états ,

des inesures promptes et sans violence ont bientôt ramené l'ordre parmi des pâtres égarés, incapables d'indiquer eux-mêmes le motif d'une agitation

presque puérile , et qui a cessé du moment où l'on s'en est sérieusement occupé.

Cependant l'Italie a changé de face , et l'antique royaume des Lombards s'est relevé à la voix de Napoléon. L'Italie se reposant à l'ombre de la monarchie de ses longues agitations, n'a plus rien à envier à la France ; le mêine soufle la ranime;

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la même puissance la protége; le même esprit fonde ses institutions nouvelles en les accommodant à sa situation et à ses meurs.

» Milan a salué du nom de son roi celui qu'elle avait appelé son libérateur. Mantoue reçoit avec transport celui qui fut sous ses murs le vainqueur de cinq armées envoyées successivement pour la défendre. Rassemblés à Castiglione , les soldats français se rappellent les succès de l'armée d'Italie : dans quelque partie de l'Europe que les conduise le génie qui les mena tant de fois à la victoire , ils se promettent encore de plus brillans succès. L'Italie s'enorgueillit de recevoir des lois d'un nouveau Charlemagne, et croit voir renaître avec son antique gloire toute la prospérité que lui assurent son sol et son climat.

» Un prince nourri de ses leçons, adopté d'avance par ses affections comme il l'a été ensuite par ses décrets, continue son oeuvre en se formant sur ce modèle : l'Italie s'attache avec enthousiasme à ses pas ; déployant un nouveau caractère ,

elle espère prouver que sa longue faiblesse fut le vice de ses institutions , et non le tort de ses habitans.

» La France, qui recueille avec avidité le détail de ces grandes créations , suppose encore l'empereur occupé à les accomplir , lorsque déjà il est à la porte de la capitale, se faisaut rendre compte de la situation intérieure de l'Empire. Peu de jours après l'Angleterre , étonnée , entend retentir la côte de Boulogne du canon qui annonce sa présence : c'est là, au milieu de l'élite de l'armée, dans les derniers soins de ces grands préparatifs, qu'il vient goûter le repos. Ses longues combinaisons touchent à leur terme; l'armée, impatiente, croit atteindre le moment qui récompensera ses longs travaux. Mais l’Angleterre, tremblante, non plus pour sa gloire ou son commerce , mais pour sa propre

existence a préparé sur le continent une puissante diversion ; elle a lancé un cri de terreur. A ce cri le continent s'est ébranlé ; ses guerriers ont pris les armes ; de toutes parts ils s'avancent contre la France ; déjà ils menacent sa frontière. A cette agression inattendue, l'empereur change ses plans de campagne. L'Angleterre triomphe d'avoir versé sur le continent tous les maux qu'elle avait redoutés : vain triomphe; elle n'a pas tardé d'apprendre qu'elle n'avait fait que précipiter la ruine de ceux qu'elle regardait comme ses appuis, et creuser l'abîme qui doit l'engloutir.

» Dans peu de jours l'empereur avait transporté son armée des bords de la Manche aux rives du Rhin ; il avait pris cougé du Sénat , de la nation ; il avait passé le Rhin ; il était à Ulm, à Vienne , à Austerlitz.

» Je n'entreprendrai point de vous dire ces choses vraiment admirables, qni ne peuvent être dignement racontées que par

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» Ce

celui qui les a faites; ces choses que nous savons tous , que nous apprendrons à nos enfans au moment où ils commenceront à pouvoir nous entendre ; que nos neveux se diront avec orgueil, ct qui fondent à jamais la gloire de la nation, presque aussi élevée que son incomparable chef. Ministre de l'empereur, je trompe ses intentions en tenant ce langage ; mais je suis Français , et heureux de l'être , et je ne puis parler froidement de celui qui fait la gloire et la prospérité de mon pays.

J'ai commencé ce précis de tant d'événemens à l'époque du couronnement ; vous savez combien glorieuse est revenue au bout d'un an cette mémorable époque , et comment cette couronne , donnée par un grand peuple, a été raffermie par Dieu et

par

la victoire sur une tête si digne de la porter.

que vous savez moins , et ce qu'il n'appartient davantage

de vous dire, c'est qu'au milieu de ces immenses et péni-, bles travaux, lorsque l'empereur, livré aux hasards et aux combinaisons de la guerre, én éprouvait toutes les fatigues comme le simple soldat, exposé à toute l'intempérie d'une saison rigoureuse , n'ayant souvent pour lit qu'une botle de paille , et pour toit que ce ciel d'où semble émaner tout le feu de son génie ; alors même il tenait, à trois cents lieues de distance, tous les fils de l'administration de la France, en soignait les plus petits détails, s'occupait des intérêts de son peuple comme de ceux de ses soldats , voyait tout, savait tout; semblable à cette âme invisible qui gouverne le monde , et que l'on ne connaît que par sa puissance et ses bienfaits. Vous en avez pour preuve les décrets nombreux datés d’Ulm, de Munich, de Vienne , d'Austerlitz.

» L'intérieur était dégarni de troupes ; Paris n'avait pas un soldat, et jamais l'ordre public n'a été plus exactement maintenu , jamais les lois n'ont été mieux observées : la France obéissait au nom de son souverain , ou plutôt au sentiment d'amour et d'adıniration qu'elle éprouve.

» C'est ce sentiinent qui båte la marche de la conscription, triple ses résultats, et devance l'époque où le contingent devait être fourni: par lui est formé ce long rempart de soldats volontaires qui garnissent nos frontières des bords de la Manche jusqu'aux montagnes des Alpes; armée nouvelle , presque spontanément formée , et qui annonce à l'Europe qu'à la voix de son chef la France entière peut devenir une grande armée. C'est ce même sentiment de dévouement et d'ardeur guerrière qui apimait ces jeunes gens empressés de servir de gardes d'honneur à l'empereur, et qui seuls dans toute la France pourraient regretter la rapidité de ces exploits auxquels ils n'ont pu prendre aucune part. La paix avait été conclue lorsque, dans qaclques parties de la France, on savait à peine que la guerre était commencée; guerre moins longue que ne l'est votre session annuelle , et dont les suites doivent embrasser et les siècles , et l'Europe , et les autres parties du monde.

Si le courage et le génie ont fait la guerre , la générosité et la modération ont fait la paix. Un souverain , malheureux par la guerre , a recouvré par la paix une grande partie de ses états ; ses pertes ne sont rien auprès du danger qu'a couru la monarchie dont il est le chef. Des princes nos alliés ont vu étendre leur puissance et ennoblir leurs titres. Les bienfaits de l'empereur environnent la France de peuples amis de son gouvernement. L'Italie, celle noble fille de la France, et qui promet d'être digne d'elle , a recueilli les fruits de la guerre; inais sa force fait la nôtre; sa richesse ajonite à notre prospérité ; nos ennemis sont repoussés de ses rivages; ils ne peuvent plus avoir avec elle de relations commerciales; cette richie proie est enlevée à leur avidité : l'Italie est une conquête faite sur l'Angleterre. Elle s'unir à l'Allemagne par le double lien du voisinage et de l'amitié, et par cette alliance que son prince vient de contracter avec la fille d'un des plus puissans souverains de l'Empire germanique. C'est maintenant que la paix est assurée aux paisibles habitans des montagnes du Tyrol ; le commerce viendra enrichir ses vallées désertes ; sa conquête aura été un bienfait

» L'empereur, généreux envers ses ennemis , grand pour ses alliés, n'a été ni moins grand ni moins généreux pour son peuple et pour son arınée. Jamais une telle moisson de trophées n'avait été offerte aux regards des hommes ; jamais nation ne reçat un plus inagnifique présent : l'enceinte ou siége le Sénat de l'Empire, la cathédrale de cette cité, l'Hôtel-de-Ville, sont remplis et décorés des enseignes enlevées à l'ennemi offertes par la noble et delicale libéralité du conquérant; récompense également honorable pour les compagnons de sa vicloire et pour son peuple, qui l'avait suivi de ses voeux , qui se préparait à le seconder de tous ses efforts.

L'arınée a fait plusieurs campagnes en trois mois : la France les a comptées par les succes ; l'empereur les compte pour les récompenses qu'il accorde. Les braves qui reviennent avec lui reviennent avec de nouveaux honneurs: ceux qui se sont dévoués pour la patrie lui ont légué les intérêts de leurs familles et le soin de leur mémoire ; il y a satisfait. Mais la plus digne récompense du soldat français c'est le regard de son empereur ; c'est la gloire de l'Empire , accrue par son courage ; ce sont les transports de la France entière , qui l'accueillent à son retour. L'empereur veut qu'il vienne les goûter sous ses yeux ; qu'une

pour lui.

du clergé.

par un

fête triomphale soit donnée par la capitale à l'armée , spectacle digne des grands événemens qu'il doit célébrer , ou tout l'éclat des arts , où toute la pompe des cérémonies , où tous les signes de la gloire, où tous les accens de la joie publique viendront entourer la grande armée réunie auprés de son auguste chef, et feront un brillant cortége à ces phalanges de héros.

» Tels sont les principaux événemens de l'année qui vient de s'écouler : je n'ai pu que les indiquer. Je vous dois de plus grands détails sur les dispositions législatives et sur les opérations administratives qui ont signalé celte brillante époque de notre histoire.

» L'administration a eu beaucoup à se louer du patriotisme

» Les traitemens faits aux desservans des succursales ont été un objet de dépense notable , mais d'une importance majeure. Un grand nombre d'églises dégradées ont été réparées, et l'influence de la morale et de la religion se fait sentir. Dans ces circonstances un attachement sincère de la part des évêques et des curés a été manifesté à l'empereur non par de belles paroles, mais zèle efficace et actif, que S. M. a su apprécier.

» La cour de cassation a rempli sa tâche. Elle maintient l'uniformité de la législation; sa surveillance réprime les abus qui s'introduisent dans les tribunaux. De nouveaux réglemens ont diminué d'un tiers les frais de justice, et l'empereur a mis à profit cette économie pour augmenter le traitement des juges, qui lui a paru trop disproportionné à l'importance de leurs fonctions.

» Le code judiciaire vous sera présenté. Différens corps qui ont adressé des réclamations ont été entendus. Ce ne sera pas un ouvrage parfait; mais il sera meilleur que ce qui existe jusqu'à présent.

» Les crimes ont diminué. La sûreté est telle que depuis bien des années les tribunaux criminels ont eu moins de crimes à punir.

» Du centre de l'Italie , l'empereur avait veillé sur la sûreté intérieure de la France, et sur les moyens de rendre invariable l'ordre qu'il y avait établi; il avait institué les compagnies de réserve : cette force, eatièrement départementale, augmente les ressorts de l'administration en même temps qu'elle ajoute à sa dignité; elle veille autour des établissemens publics, et laisse à la gendarmerie la partie la plus active de son service , que ce corps estimable suit avec autant de succès que de zèle , la poursuite des brigands et des perturbateurs de l'ordre public ; elle laisse disponibles les corps de l'armée , forme la jeunesse au service militaire , et lui apprend que c'est

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