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consacrée par l'expérience, et qui servent de modèle et de type aux établissemens particuliers.

»' Je dirai plus , et ici j'en appelle à tous ceux qui ont étudié dans les établissemens anciens , il est démontré presque impossible qu'il y ait des études bonnes et complètes ailleurs que dans les grandes maisons d'éducation, telles qu'étaient autrefois les colleges, et que sont aujourd'hui les lycées et plusieurs colleges ou écoles secondaires communales. La raison en est évidente : les enfans pouvant rester dix ans, c'est à dire depuis huit ans jusqu'à dix-huit, dans une maison d'éducation, il faut qu'il y ait dans un élablissement complet autant de professeurs, autant de répétiteurs particuliers que de cours ; c'est à dire qu'une maison complète aurait besoin d'environ vingt personnes, tant répétiteurs que maîtres attachés à l'instruction. Mais qu'arrivet-il dans les maisons qui ne sont pas assez nombreuses tenir les frais qu'exige ce nombre de maîtres, et qui ne sont pas à portée de suivre un lycée ? Les mêmes maîtres font à la fois plusieurs classes , et servent en même temps de professeurs et de répétiteurs. On sent que la fatigue et l'ennui qu'entraîne une tâche aussi pénible ont pour résultat infaillible de dégoûter bientôt celui qui la remplit; aussi ne se présente-t-il le plus souvent, pour occuper de telles places, que des gens qui sont loin d'avoir et le courage et le talent qu'elles exigeraient , et que le besoin seul force à les accepter.

» Toutefois l'inconvénient est bien plus grave encore. Le maitre de pension , qui, nécessairement réduit à une certaine quantité d'élèves, les reçoit pourtant de tous les âges, et par conséquent les admet à divers degrés d'instruction, est très borné par ses moyens pour le nombre de collaborateurs qu'il peut réunir; les huit ou dix classes dont il aurait besoin sont réduites à trois ou quatre, presque toujours trop fortes ou trop faibles pour les élèves qui y sont répartis : il faut bien alors que leur esprit s'étende ou se rétrécise, suivant le degré d'instruction qui leur est offert par une espèce de supplice analogue à celui qu'avait inventé le brigand Procuste.

» Je sais, et j'ai été à portée de voir que quelques instituteurs, par leur zèle, par leurs connaissances , et surtout par l'état florissant de leur maison, qui leur permettait de choisir et de multiplier leurs collaborateurs ,' ont obvié à une partie de ces inconvéniens. Je dois même rendre justice à un assez grand nombre de chefs d'écoles secondaires et de la capitale et des départemens , et publier hautement qu'ils n'ont négligé aucun moyen de remplir, autant qu'il était en eux, la lacune qui s'est trouvée dans l'éducation; mais je dois dire en même temps

que ce sont ceux-là mêmes qui , senlant et avouant l'insuffisance de leurs efforts, ont le plus applaudi à l'établissement des lycées, et se sont empressés d'y envoyer leurs élèves comme externes , de même qu'autrefois les meilleures pensions de Paris, celles qui avaient le titre de pension de l'Université, envoyaient aux colleges tous ceux de leurs écoliers qui étaient en état d'en suivre les classes. On ne connaisssait alors de véritable éducation que celle qui était donnée ou dans les colleges ou dans les établissemens qui y étaient attachés. Alors le charlatanisme ne pouvait pas abuser de l'ignorance des parens et par des programmes emphatiquement ridicules , et par des exercices où le maître qui interroge s'est d'avance concerté aver l'élève qui répond , et par des distributions dont tout le monde sort content, parce que le nombre des couronnes égale au moins celui des rivaux. On peut croire en général que, si l'on en excepte les pensions auxquelles leur éloignement ne permet pas de suivre les lycées, tous les établissemens qui refusent d'envoyer leurs élèves aux lycées n'en agissent ordinairement ainsi que par le sentiment de la faiblesse de leurs études , dont ils craignent que la publicité des concours ne trahisse le secret.

» Ceux qui disent tant de mal du mode actuel d'instruction peuvent-ils donc ignorer que la méthode adoptée par les lycées se rapproche beaucoup de celle que suivait avec tant de succès l'Université de Paris pour l'enseignement des langues anciennes , telle à peu de chose près qu'elle existait il y a vingt ans, et telle surtout que l'a développée, en l'améliorant encore, le

sage Rollin dans son excellent Traité des études ? Mais, comme s'en plaint Rollin lui-même, dans nos anciens colléges on ne s'occupait pas assez de la langue et de la littérature françaises ; l'étude de l'histoire et de la géographie y étaient souvent négligée; enfin le dessin et les langues modernes réclamaient le droit d'être admis dans l'éducation: d'un autre côté, le temps consacré aux sciences sous le nom de philosophie aurait été à peu près suffisant s'il eût été mieux employé; mais la logique et la métaphysique en consumaient la plus grande partie ; l'étude des mathématiques y était beaucoup plus rapide; celle de la physique trop superficielle ; celle de l'histoire naturelle absolument pulle. Ainsi les lycées , aux avantages qu'offrait l'Université pour l'étude des langues anciennes, unissent ce qu'elle laissait à désirer sous le rapport du dessin, des langues modernes , de la géographie , de l'histoire , et surtout des sciences mathématiques et physiques. Une sage distribution du temps, l'emploi de bonnes méthodes, et avant tout le zèle et la capacité des maîtres , fournissent aux

élèves les moyens de s'occuper, pendant le cours de leurs études, de ces diverses branches de connaissances , dont les unes peuvent se donner concurrenment, et les autres successivement. Le temps consacré à l'éducation n'y sera point abrégé , afin que les élèves dont l'esprit est plus lent à se développer puisse se mettre au niveau des esprits plus prompts et plus pénétrans : ceux-ci , après avoir rempli leur tâche , pourront se livrer à des études accessoires, telles

que
celles

que nous venons d'indiquer , et l'activité de leur esprit y trouvera un aliment utile.

» L'Université de Paris n'avait aucune autorité, n'exerçait aucune influence directe sur les autres Universités ou établissemens d'instruction publique de l'Empire; ce n'était même qu'à Paris où l'on pât dire qu'il existait un système complet d'éducation, et c'était une des principales causes de la supériorité des études de la capitale. Les autres corporations s'éloignaient plus ou moins de sa méthode, et n'avaient entre elles aucun rapport, aucune communication ; comme elles ne dépendaient pas même d'une autorité , ne convergeaient pas à un même point, leur méthode était partout différente , et le gouvernement n'avait aucun moyen direct de s'assurer de leur succès, de diriger leur marche, de réprimer leurs écarts.

» Tous ces inconvéniens disparaîtront par le projet dont je dois vous exposer les motifs. L'instruction deviendra partout uniforme et complète ; les abus qui pourraient s'y introduire seront bientôt connus et redressés. Et c'est surtout ici , messieurs,

, que l'on sent l'avantage qui doit résulter de la création d’nn corps enseignant pour tout l'Empire. Il est aisé de prevoir et toute l'influence qu'il va exercer sur les écoles , l'émulation générale qu'il va exciter eutre les maîtres , et l'uniformité d'études, comme de principes , qui résultera de son organisation.

» Le premier article du projet porte formation d'un Corps, ou Université impériale, chargé de l'enseignement public et de l'éducation de la jeunesse dans tout l'Empire.

» Ce mot formation indique que les élémens qui doivent composer ce corps existent, et qu'il ne s'agit plus que de les réunir et de les organiser. Que les fouctionnaires et professeurs actuels des lycées et autres établissemens d'instruction publique ne conçoivent donc aucune inquiétude sur leur sort ; la loi qui est soumise à votre sanction, les mesures et'les institutions qui en seront le développement et la conséquence , tout tend à améliorer et à consolider l'existence de ceux qui consacrent leurs soins à l'éducation. Entrés les premiers dans la carrière , ils ont déjà fait leurs preuves ; ils ont à la reconnaisa

et

sance publique des titres qui ne peuvent que s'accroître: le zèle et la capacité

dont ils continueront de faire preuve dans l'exercice de leurs fonctions leur donneront des droits incontestables à en obtenir de plusimportantes. Mais la considération donton entoure ces places et la perspective qui leur est ouverte, en augmentant le nombre des prétendans, donneront le droit d'exiger davantage.

» Les emplois seront ou donnés au concours, ou accordés à ceux qui auront fait preuve de capacité, et obtenu des grades à la suite d'examens. On rétablira l'institution utile des agrégés au professorat, et on la rendra plus complète en fournissant aux jeunes élèves qui se destineront à l'enseignement les moyens de terminer leurs études et de perfectionner leurs connaissances en les dirigeant vers l'art d'enseigner.

» Parmi les fonctionnaires des lycées qui se seront le plus distingués dans l'administration ou dans l'enseignement, seront choisis des inspecteurs ou des administrateurs généraux de l'instruction publique. Chargés de visiter chaque année un certain nombre d'établissemens publics de l'Université impériale, ils en préviendront le relâchement ; ils en connaîtront et en dénonceront les abus; ils pourront en comparer les succès. Un conseil sera chargé de recueillir tout ce qui pourrait contribuer à l'amélioration des études, et de veiller sans cesse sur le sort et le succès des écoles.

Chaque division de l'Université aura son conseil , qui, comme tribunal de discipline, sera le surveillant des mours et de la conduite régulière des maîtres et des élèves.

» Cette institution, messieurs , qui existait dans l'Université de Paris, est encore plus destinée à prévenir les délits qu'à les punir. Si la conduite de ceux qui servent de modèles aux autres doit être irréprochable , s'il faut être pur pour veiller sur l'innocence , on ne saurait douter que l'ordre et la régularité des maisons d'éducation, cette discipline à laquelle les maîtres eux-mêmes sont soumis , puisque pour faire exécuter les réglemens ils commencent par les observer , le spectacle d'une jeunesse qui a continuellement les yeux ouverts sur les moindres actions de ses maîtres , et, plus que tout cela , timent de ses devoirs , ne soient presque toujours un frein suffisant pour celui qui serait tenté de s'en affranchir, et ne rappellent sans cesse leurs engagemens à ceux qui seraient sur le point de les oublier. Mais si quelqu'un, par des fautes graves, par l'oubli fréquent de ses devoirs, par: un scandale public, par des leçons immorales ou irreligieuses, pouvait compromettre à la fois et l'innocence de la jeunesse qui lui est confiée et l'honneur du corps dont il est membre , son délit serait

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déféré devant le conseil de l'Université, qui, suivant la nature de ses délits , lui adresserait des avis ou des reproches, le suspendrait de ses fonctions, ou, en le rayant du tableau de l'Université , le rendrait inhabile à les remplir.

» Mais , je le répète , il est à croire que rarement ce tribunal de discipline sera force de déployer son utile sévérité. Les places ne devant être confiées qu'à des personnes de meurs et de conduite irréprochables, on peut croire que les membres du corps enseignant prendront, pour conserver les emplois, les moyens qui leur ont servi à les obtenir , et que, leur intérêt se trouvant lié à leur devoir , ils donneront à leurs élèves l'exemple des vertus en même temps que les leçons de la science. » Ainsi seront liés

par des rapports immédiats tous les établissemens d'instruction , qui sont en ce moment isolés et indépendans les uns des autres ; ainsi seront réunis dans une seule corporation tous les hommes occupés du noble emploi d'instruire et d'élever la jeunesse. Des grades acquis par des examens seront exigés pour mériter les emplois, et ils le seront dans un degré qui répondra à celui des fonctions auxquelles on voudra parvenir. Des statuts et des réglemens fixeront les devoirs des membres en général, et de chaque fonctionnaire en particulier.

» Un chef, muni d'une autorité suffisante et de pouvoirs déterminés, surveillera et dirigera toute la corporation, y maintiendra la discipline , et fera exécuter les réglemens avec la force et la sévérité qui seules peuvent assurer les avantages et la durée du corps enseignant.

> On doit se représenter la formation de ee corps comme le couronnement de tout l'édifice de l'instruction publique , reconstruit depuis quatre ans sur les bases établies

par

la loi du 11 floréal an 10 : c'est en même temps la garantie la plus forte de sa stabilité.

» Le second article de la loi prescrit aux universitaires des obligations civiles, temporaires et spéciales. Les mots civiles et temporaires indiquent assez la nature de ces fonctions , et qu'elles n'ont aucune connexité nécessaire avec les fonctions des cultes.

L'Université de Paris était une corporation civile ; elle adınettait indifféremment dans son sein et ceux qui étaient engagés dans les noeuds du mariage, et ceux qui étaient revêtus du caractère du sacerdoce , et ceux qui , sans aucun lien, sans aacun engagement, restaient célibataires pour vaquer librement à leurs fonctions ; c'était à la fois la plus ancienne et la plus célèbre de toutes les institutions créées pour l'éducation de la jeunesse. Les justes reproches qu'on peut adresser à quel

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