Page images
PDF
EPUB

chef auguste qui , après avoir sauvé la patrie des plus grands périls , après l'avoir replacée au premier rang parmi les autres états, va rendre encore à ses institutions la stabilité, la force, l'éclat et la dignité qu'elles avaient perdus !

» Je demande 1° « que le Tribunat en corps se transporte auprès de l'empereur des Français pour le féliciter sur sa

proinotion à la dignité imperiale , et lui présenter l'hom». mage

d'une inviolable fidélité ; 2° qu'il soit ouvert au secré» tariat un registre sur lequel chacun des membres du Tribu» nat inscrira son vote sur la proposition présentée à l'accep» lation du peuple par l'article 142 du dernier senatus-consulte

organique. » (ADOPTÉ. )

PROPOSITION faite par M. Albisson, tribun.

Même scance.

[ocr errors]

Tribuns, le 18 brumaire est achevé! Le vou du peuple français, proclamé par son organe légal, est rempli!

» Le Sénat, qui l'a entendu, vient de consacrer à jamais son titre auguste de conservateur; comme nous, qui l'avons émis, avons consacré à jamais la mémoire du Tribunat. » Je propose

d'arrêter « qu'au moment où le Tribunat en » corps rendra son premier hommage à l'empereur son pré» sident lui exprime le væu de voir éterniser par une médaille » l'heureuse époque de l'alliance, jusqu'ici peu connue, de

l'Empire avec la liberté, d'après ce bel éloge donné à Trajan » par le moins adulateur et le plus instructif des historiens :

Principatum ac libertatem , res olim dissociabiles, mis"' » cuit (1). » (ADOPTÉ.)

[ocr errors]
[ocr errors]

12.

Discours du Tribunat en corps à l'empereur ; M. Fabre ( de l'Aude),

président, portant la parole. Audience du prairial an 1. (22 mai 1804.)

« Sire, le rang que la nation française occupe dans l'univers, la prééminence que votre génie et vos victoires lui ont assurée , exigeaient que le chef suprême de cette nation fût décoré d'un titre qui donnåt une juste idée de sa grandeur et de sa puissance.

w Le Sénat vous a proclamé empereur des Français.
» Ce nouveau titre n'ajoute rien sans doute à votre gloire.
». Elle est indépendante de la majesté du trône; vous ne la

(1) Tacite, vic d'Agricola,

[ocr errors]

devez ni à la force des circonstances ni aux hasards de la naissance.

» Elle vous appartient tout entière.

» Eh! quel autre que vous, Sire, pouvait être appelé à commander ce peuple?

» N'est-ce pas vous qui l'avez délivré de l'oppression sous laquelle il gémissait! qui avez porté au plus haut degré la gloire de ses armes, étendu son territoire, relevé ses autels, et assuré sa tranquillité intérieure, que douze années de révolution et de malheurs semblaient avoir bannie pour toujours !

Quels titres plus sacrés et plus glorieux pouviez-vous avoir à la confiance et à l'amour des Français ! » Les dangers que vous avez courus n

n'ont fait

que

leur donner une nouvelle force; chacun de nous a tremblé

pour

la patrie, pour son existence personnelle, celle de ses enfans et des objets qui lui sont les plus chers.

» Heureux le monarque que de pareils liens attachent à un peuple essentiellement généreux et constant dans ses affections !

» Tels sont les sentimens qui se manifestent de toutes parts , et que le Tribunat se fait un devoir de reporter à Votre Majesté impériale.

* Les services signalés que vous avez rendus à tout un peuple, et la sagesse de votre administration, les ont fait naître ; la reconnaissance les éternisera.

» Le Tribunat, convaincu que les progrès des lumières et le perfectionnement du système représentatif ont enfin résolu le problème du meilleur des gouvernemens, a émis le væu qu'il soit frappé une médaille destinée à consacrer l'alliance , jusqu'à ce jour inconnue, et désormais éternelle, de l'Empire et de la liberté.

» Il a en même temps délibéré de présenter à Votre Majesté impériale l'hommage de son inviolable fidélité.

J'ai l'honneur de remettre à Votre Majesté les deux arrêtés que le Tribunat a pris à cet égard le 29 floréal dernier. »ei's

[ocr errors]

RÉPONSE de l'empereur.

« Je vous remercie du soin que vous mettez à relever le peu de bien que je puis avoir fait.

» Le Tribunat a contribué par ses travaux à la perfection des différens actes de la législation de la France , et en cela il a rempli le plus constant de mes voeux.

Je me plais à tout devoir au peuple : ce sentiment seul me rend chers les nouveaux honneurs dont je suis revêtu. »

Discours du président du Tribunat à l'impératrice.

- Du méme jour.

« Madame, parmi les hommages que la reconnaissance et le respect rendent au nouveau chef héréditaire de la nation, le plus doux, le plus cher à nos coeurs est celui que nous venons offrir à son auguste compagne.

» A mesure que nous faisons revivre les principes fondamentaux de l'ancienne constitution de l'Etat, qu'il a fallu pour l'intérêt du peuple et de la nouvelle dynastie elle-même concilier avec le système représentatif, nous revenons d'une manière chaque jour plus sensible à ces habitudes sociales, à ces moeurs douces , à ce caractère aimant qui distinguaient les Français pardessus tous les autres peuples.

» Les femmes reprennent le rang dont une grossière démagogie les avait écartées; nous ne séparons plus l'épouse de l'époux ; les honneurs leur sont communs. Qui plus que Votre Majesté est digne de partager ceux du trône avec ce héros dont vous avez partagé la fortune , adouci les travaux, charmé les instans de loisir !

» Si d'éminens services et son génie l'appellent au rang suprême, la douceur et la bienfaisance de votre caractère, vos qualités aimables, cette inépuisable bonté qui ne s'est jamais dementie , et la constante expérience qu'en ont faite ceux qui ont eu recours à vous, font bénir l'heureuse étoile qui vous a placée à côté de lui.

» Tandis qu'il veillera sur l'Empire, continuez, madame, à veiller sur son bonheur intérieur; la nation vous en sera reconnaissante. C'est l'emploi que votre cour a pris dès longtemps ; la France le confirme avec confiance dans les mains de Votre Majesté impériale. »

[ocr errors]

DISCOURS prononcé par Son Excellence "M. François

(de Neufchâteau), président du Sénat conservateur, le dimanche 7 prairial an 12 (27 mai 1804), à l'occasion du serment individuel prêté le même jour à l'empereur par les membres du Sénat.

Sire, le senatus-consulte du 28 floreal confere à votre Majesté l'empire le plus légitime qu'il y ait sur la terre. Ce n'est point une charte arrachée par la force dans un siècle de barbarie, ce n'est point le droit de conquête qui vous fait empereur ;

c'est le choix libre et réfléchi d'une nation éclairée. Il n'y a dans le monde aucune autorité qui puisse présenter un plus saint caractere, ni qui ait pu avoir pour base un titre plus légal.

Les membres du Sénat viennent prêter entre vos mains le serment individuel que ce grand acte leur prescrit. Permettez à celui d'entr'eux que Votre Majesté a bien voulu choisir pour être leur premier organe d'essayer de vous exprimer les sentimeus que leur inspire cette auguste cérémonie. Quand Votre Majesté, qui répare tant de ruines, rétablit aussi parmi nous la religion du serment, nous devons bien considérer l'objet et l'étendue des

promesses inviolables

que nous allons vous faire. Heureux si je pouvais les rendre aussi bien que je les conçois !

» En notre qualité de gardiens et d'interpretes des lois constitutionnelles, nous avons adopté, au nom de la patrie, le contrat solennel qui vous lie à ses destinées avec la qualité et le rang d'empereur. Nous avons désiré que ce lien sacré s'étendst éternellement au sang de Bonaparte, et l'hérédité de l’Empire est proposée en conséquence à l'approbation du peuple. Sûrs d'avoir pressenti son vou, parce que nous n'avons consulté que son intérêt , nous nous félicitons d'avance de son assentiment prochain; mais pendant qu'il explique dans une forme régulière sa volonté suprême sur l'ordre de transmission de sa grande magistrature, nous remplissons ici un des premiers devoirs du corps conservateur en prenant à témoin le Dieu qui voit les consciences, le Dieu qui punit les parjures, de notre ferme volonté d'obéir scrupuleusement aux lois fondamentales de la République française, et d'être constammentfidèles à celui que ces lois appellent à nous gouverner sous le seul nom qui rende d'une manière convenable l'idée d'un homme qui commande en vertu de la loi à trente millions d'hommes.

» Pour remplir cette idée sublime vous n'auriez eu besoin sans doute ni d'un titre nouveau, ni d'un autre pouvoir; Bonaparte, premier consul, était déjà l'honneur et l'orgueil de la France. Des siècles écoulés sous le gouvernement des rois sont effacés par quatre années du gouvernement consulaire ; mais le chef des Français était trop au-dessus des consuls et des rois pour que leur nom pût lui suffire. Les consuls ne furent à Rome que des magistrats temporaires ; et déjà vous aviez été nommé premier consul à vie. En France les rois n'ont été que des suzerains féodaux; et la France n'a plus de fiefs, et n'en veut plus avoir. Tous les Français demandent un premier magistrat dont le nom représente la majesté nationale, dont le pouvoir soit fixe , et s'accorde pourtant avec la liberté, c'est à dire avec ce beau droit dont les Français

sont si jaloux, ce droit de n'obéir qu'aux lois et de ne craindre qu'elles.

» Le seul nom d'empereur remplit ces diverses conditions pour la France, pour vous, pour le peuple français.

» Pour la France. Ce grand pays réunissant en un seul corps les trois cents nations qui jadis partageaient la surface des Gaules , ce vaste territoire, devenu homogène, se classe naturellement au nombre des premiers empires.

» Pour Votre Majesté. Les vertus martiales et les vertus civiles , et le génie et la fortune s'unissent d'un autre côté pour élever Napoleon au rang des premiers empereurs.

» Pour le peuple français. Cette dénomination est également assortie avec la dignité qui est redevenue aujourd'hui l'apanage de chaque citoyen. Si l'on put jadis réclamer avec une juste fierté les droits, peut-être vexatoires pour le reste des hommes, de la cité romaine, à combien plus forte raison les membres de la République doivent-ils se glorifier d'appartenir à un état ou l'homme et la glebe sont libres, ou nul n'est plus serf ni vassal, où aucune propriété n'est plus déshonorée par la tache de la roture, où aucune industrie n'est plus découragée par des entraves flétrissantes, ou il n'y a que le mérite qui puisse prétendre aux honneurs, et ou , bien loin d'avoir, comme on le croit communément, aboli la noblesse, on n'a fait que reprendre cette distinction à un très petit nombre de familles usurpatrices pour en restituer l'éclat à la grande famille, qui en était déshéritée, et pour ramener tout un peuple brave, ardent, inagnanime, à cette égalité des droits qui fut son attribut sous la première dynastie, mais qui, vers le milieu de la seconde race, ne fut plus par malheur que le monopole et la proie de quelques privilégiés ? C'est cette égalité des droits , seule véritable noblesse,

que les Français ont reconquise au prix de tant de sang, de tant d'exploits, de tant d'efforts dans ces longues années de révolution, de tourment et d'angoisses, dont Napoléon Bonaparte, comme premier consul, leur a montré le terme, et dont, comme empereur, il doit leur garantir le prix.

» Sire, nous élevons, nous distinguons une famille, pour que toutes les autres demeurent dans l'égalité. On ne saurait trop le redire, c'est afin de la racheter cette égalité primitive la France s'était armée en 1789; c'est afin de la conserver qu'après trois lustres écoulés la France vous nomme empereur, et rend ce titre héréditaire. Nous faisons une seule et grande exception, parce qu'elle est indispensable pour conserver la regle.

» Il n'y a point de bonnes lois que celles qui reposent sur

que

« PreviousContinue »