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national trois fois répétée par le chef de l'État. Elevé à ce rang par l'enthousiasme général , il sembla vouloir lui-même appeler deux ans après à l'expérience et à la froide justice : malgré le malaise qu'à cette époque l'insuffisance des récoltes faisait éprouver au peuple, la reconnaissance publique lui répondit par une acclamation encore plus générale que la première. Il provoque aujourd'hui une nouvelle expression de la volonté nationale au milieu de la souffrance inséparable d'un état de guerre; et l'affection publique se lève encore pour déclarer qu'elle veut cimenter, perpétuer l’union établie entre elle et son chef, et mettre dans une dépendance mutuelle la destinée de ses héritiers et celle de nos derniers neveux.

» Vous aviez pressenti ou plutôt reconnu le vou nalional, sénateurs, lorsque par votre message du 6 germinal dernier vous demandâtes au chef de l'Etat d'assurer aux enfans le bonheur

que

lui devaient les pères. Vous pouvez vous féliciter de cette heureuse intelligence des désirs du peuple; elle est le fruit de la fidèle habitude où vous êtes de médiler sur ses intérêts et de consulter ses sentimens.

» Le peuple français a dû vouloir l'hérédité du pouvoir suprême.

L'histoire de tous les âges et de tous les pays avait dès longtemps montré aux hommes éclairés l'utiliié de cette institution. Les esprits les moins cultivés purent en savoir autant

que

les sages quand la nation eut recommencé sur ellemême, pendant dix années de révolution, l'expérience de tant de peuples et de tant de siècles , et après que tant d'histoires se furent reproduites et inises en action dans cette histoire de dix ans, où chaque citoyen fut acteur et témoin.

» Dans cette révolution, où le peuple français se montra si formidable à ses ennemis, il apprit à craindre deux fléaux qui sont ordinairement la suite l'un de l'autre, la

guerre

civile et l'anarchie; il apprit à les prévoir partout où pouvait en repo-ser le germe, et à en découvrir le principe partout où il se trouverait caché. Il envisagea comme une crise nouvelle la vacance d'un pouvoir électif; il vit avec joie la loi de l'Etat 'conférer au restaurateur de l'Etat la faculté de désigner son successeur; à celui qui avait su recommencer la gloire de la France, le droit de choisir le plus capable de la conserver ; à celui qui devait trouver l'immortalité dans ses oeuvres,

le droit de préférer celui qu'il jugerait le plus intéressé à l'assurer : d'ailleurs il avait pa, ainsi que le peuple romain , prévoir dans le règne d'Antonin celui de Marc-Aurèle. Mais l'avenir n'offrait pas les mêmes sûretés ; le présent était agité de l'inquiétude de l'avenir; l'expérience autorisait à craindre également

pour la suite et les élections populaires et les designativus arbitraires : elle demandait pour nos neveux ce système complet de l'hérédité qu'elle a consacré, ce système dont la puissance est égale pour écarter toute semence de discorde et du sein de la famille régnante et du sein de la nation ; ce système qui, d'un côté préservant des influences des cours, prévient de l'autre et les influences de l'étranger, toujours trop sensibles dans les élections, et celles des anciennes prétentions et celles des nouvelles ambitions ; les factions, les séditions, la corruption ; des élections opposées entre elles, des acclamations opposées aux élections; des règnes tumultueux sous des princes faibles à qui un grand parti dispute leur titre, à qui le reste de l'Etat vend chèrement l'aveu qu'il leur donne ; des règnes tyranniques et sanguinaires sous des princes violens qu'irritent les partis contraires; des interregnes plus funestes que les plus mauvais règnes, temps ou périssent les lois, et où la société tombe dans une plorable dissolution.

· Autant il est naturel que les opinions soient partagées sur des choix qui sont l'ouvrage d'une ou plusieurs opinions, aulant il est naturel que le respect public s'attache aux nomimations

que fait la loi , qu'elle fait d'avance pour un long avenir, sans acception de personne, et surtout en se conformant aux règles générales qui concernent l'hérédité des droits impartageables dans les familles.

» L'institution de l'hérédité du pouvoir est forte contre les prétentions et contre les ambitions particulières, parce qu'elle place les héritiers naturels du trône sous la sauvegarde de ces habitudes et de ces opinions communes à tous les citoyens, qui dans les successions font passer les droits indivisibles à celui des descendans , ou , à défaut de descendans, à celui des collatéraux que l'âge fait considérer comme le plus sage et le plus fort.

» 'Cette institution est puissante, parce qu'elle met l'héritier du pouvoir, dès l'instant de sa naissance, en possession des esprits, et qu'elle lui soumet les enfans des citoyens au sortir de leur berceau. Quand il se présente pour régner au moment marqué par la loi, il ne trompe aucune espérance , il u'étonne aucune ambition, il ne blesse aucun titre, il n'offense aucun amour-propre : né sur le trône, il n'avait plus qu'à s'y asseoir.

» Cette institution est forte , parce qu'elle attache étroitement à tous les héritiers du prince tous les descendans des familles considérables qui ont reçu de lui quelque bienfait, ou ont été placés près de lui dans un rang honorable.

» A ces motifs de respect pour l'hérédité se joint l'idée , upiversellement établie , qu'elle contribue à la douceur du gouvernement et à l'excellence de l'administration. Elle con

tribue à la douceur du gouvernement en unissant dans l'esprit du prince le sort de sa postérité et celui de l'Etat, et en tendant à les confondre dans ses affections ; elle conseille au prince la conservation et le bonheur de sa famille pour la sûreté de l'Etat, et le bonheur public pour la gloire et la sûreté de sa famille ; elle recommande à sa prudence l'établissement ou le maintien de toutes les institutions propres à préserver ses successeurs de la négligence ou de l'abus du pouvoir, les seuls ennemis

que la stabilité puisse trouver irréconciliables sous le système de l'hérédité.

» Elle contribue à l'excellence de l'administration , nous dirions presque à ses merveilles , en attachant aux mêmes vues une longue suite de princes animés du même esprit, dirigés par un même intérêt; en imposant à chacun l'accomplissement des desseins utiles qui ont été conçus par ses prédécesseurs ; en promettant à tous l'exécution parfaite des ouvrages utiles qu'ils auront entrepris; en favorisant ainsi la conception des plus vastes projets d'intérêt général. L'hérédité seule peut réunir, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, rendre présent dans chaque règne l'intérêt de plusieurs autres règnes , entretenir dans une constante intelligence tous les âges et toutes les parties d'un grand empire , unir l'Océan et la Méditerranée, le nord et le midi, le passé et l'avenir.

» Telles ont été, sénateurs, les considérations générales qui ont fait désirer en France l'hérédité du suprême pouvoir. Vous n'avez

pas

oublié les circonstances où ce sentiment s'est développé dans toute son énergie. Les factions étaient dissipées, les séditions n'étaient plus à craindre ; mais les poignards , dernière ressource des prétentions renversées, des ambitions comprimées, étaient pour la troisième fois, depuis quatre ans, levés sur le chef de l'Etat. Outre les dangers qui venaient le chercher dans son palais , on prévit dans cette guerre nouvelle, que sa modération n'avait pu prévenir, ceux qu'il irait chercher lui-même au sein de l'orgueilleuse contrée qu'habitent les éternels ennemis de la France. Chacun alors sentit son propre péril, et les alarmes de ce moment pénible sollicitèrent vivement pour l'avenir comme pour elles-inêmes la seule institution qui promît de la sécurité. Deux frères dont le chef de l'Etat a des longtemps éprouvé les talens, les vertas et l'affeetion, tous deux signalés par des services éminèns, l'un au sein des conseils, dans les affaires les plus graves et dans les négociations les plus importantes; l'autre dans les batailles; celui-ci couvert de glorieuses cicatrices ; le premier décoré de quatre traités de paix mémorables, qui ont été son ouvrage : ces deux frères semblaient répondre à la nation de l'établissement de

l'hérédité dans la descendance de leur auguste famille, en préservant le suprême pouvoir du danger de tomber à sa première transmission dans une minorité. Ils répondaient même de la conservation du chef de l'Etat, en rendant inutile par leur seule existence tout attentat sur sa personne. Ainsi, sénateurs, si d'un côté les circonstances étaient urgentes, de l'autre elles étaient propices lorsque vous annonçâtes le vou général pour cette hérédité , que la volonté formelle du peuple français transmet à la descendance de Napoléon ou de ses deux frères.

« Ce n'est pas, a dit l'immortel auteur de l'Esprit des Lois,

ce n'est pas pour la famille régnante que l'ordre de succes» sion est établi, mais parce qu'il est de l'intérêt de l'Edat » qu'il y ait une famille régnante. » Sans doute, sénateurs , la dernière partie de cette proposition recevra du temps présent une nouvelle sanction; mais, pour l'ordre de succession qui s'établit aujourd'hui en France, l'affection vouée à la famille régnante n'a pas moins influé que la politique. Le peuple français a sans doute le sentiment de son intérêt; mais il en a toujours dédaigné les calculs. En lui l'intérêt est aujourd'hui confondu avec l'admiration qu'inspirent 'les grandes qualités , les grandes actions, les grands hommes, avec la reconnaissance qu'inspirent les choses utiles qui lui sont consacrées , avec l'amour qu'ínspirent les témoignages de dévouement et surtout d'amour dont il est l'objet. Ce fut l'admiration générale qui dans le principe établit le pouvoir du prince qui nous gouverne; c'est un sentiment plus doux et plus durable encore qui en vote aujourd'hui la perpétuité. Quand la nation vit briller dans le commandement des armées un esprit de gouvernement étendu comme l’Empire, fort comme les circonstances, éclairé comme le siècle, elle admira, elle espéra: le pouvoir épars se rendit comme de lui-même dans les inains de Bonaparte ; il n'eut qu'à les fermer pour le saisir, et les mouvoir

pour l'exercer. Mais quand elle eut considéré pendant près de cinq années cette infatigable application de l'esprit le plus flexible à la fois et le plus fort à tout ce qui intéressait le bien public; quand elle eut vu cet esprit, qui portait tant de lumières dans les conseils , néanmoins en chercher 'toujours dans ces conseils mêmes, et bientôt franchir l'enceinte de sa cour et de la capitale pour aller jusqu'aux extrêmes frontières recueillir des vérités utiles au sein du peuple, dans l'étude de ses intérêts et de ses besoins ; quand elle eut remarqué le soin qu'il prenait d'honorer les moeurs, qui sont les auxiliaires des lois, et les lumières, qui soutiennent et perfectionnent les meurs ; quand elle eut yu son courage et son dévouement héroïque

affronter les périls de la guerre , qu'il pouvait dompter par son seul génie, chercher une victoire en Italie , en préparer une autre sur l'Océan , en un mot réaliser ce que Montesquieu a dit de Charlemagne , qu'il finissait de toutes parts les affaires qui renaissaient de toutes parts , et remplir cette tâche dans un temps où le gouvernement embrasse bien d'autres intérêts et exige bien d'autres lumières qu'au temps de Charlemagne... Alors la nation prit l'habitude de se reposer sur lui du soin de son bonheur; elle s'attacha au pouvoir qu'il exerçait comme au bien-être qu'elle tenait de lui ; elle s'attacha sa famille comme à l'espérance de conserver ces biens dont il faisait jouir ; elle voulut cette union indissoluble qu'elle vient de contracter, et qui va fixer dans le cæur des Français un sentiment qui leur a toujours été naturel, le besoin d'aimer le chef qui les gouverne, et de s'en voir aimés; d'enseigner à leurs enfans l'amour du prince, et de voir les princes élevés dès l'enfance à l'amour du peuple.

» Hâtons-nous, sénateurs, de déclarer le voeu de la nation aux nations étrangères. Elles auront vu les anciens monarques de la France tirer leur puissance d'une source différente : les uns furent élevés sur le pavois par

leurs soldats; d'autres furent couronnés

par les seuls grands de l'Etat; un grand nombre reçurent leur consécration uniquement de leur clergé. Ce triple spectacle, qui va se reproduire dans un même événement, aura été précédé d'un autre plus imposant, la manifestation libre des suffrages unanimes d'une nation où l'on peut compter autant de citoyens qu'il y a de chefs de famille, et où les lumières ont pénétré dans toutes les classes de citoyens. Elles auront vu puiser ainsi la force avec le pouvoir dans sa véritable source, et la dignité impériale s'élever , par l'étroite union du prince le plus digne de respect avec la nation la plus digne d'amour, á une hauteur jusqu'à présent inconnue. »

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