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se livrent à des factions : un peuple est d'autant plus à plaindre qu'il a des enfans plus illustres ; tout ce qui pourrait faire l'orgueil des nations en devient alors le fléau. Dès qu'il y a un tròne dignement occupé, les sublimes vertus ont une récompense ; c'est d'en approcher de plus près , et la distinction est d'autant plus flatteuse que des dignités plus réelles portent des noms plus imposans. Le titre d'empereur a toujours rappelé non cette royauté devant laquelle s'humilient et se prosternent des sujets, mais l'idée grande et libérale d'un premier magistrat commandant au nom de la loi, à laquelle des citoyens s'honorent d'obéir. Le titre du Sénat indique aussi une assemblée de magistrats choisis, éprouvés par de longs travaux, et vénérables par leur âge. Plus l'empereur est grand , plus le Sénat doit être auguste.

» Heureux à cet égard les membres du Sénat français ! Il n'y a pas d'ambition , militaire ou civile , qui ne puisse être satisfaite de l'espoir d'arriver au rang de ces peres conscrits, appelés les prerniers à se trouver présens lors du serment que l'empereur doit prêter au peuple français. Oui, Sire, nous regarderons comme le plus beau de nos jours celui où nous aurons été les premiers témoins nécessaires de votre engagement envers la nation ; et nous demanderons au ciel que la pompe d'an si grand jour ne se répète en France que dans les temps les plus lointains, et pour nos arrière-neveux. Ah! puisse-t-il en être des fêtes du couronnement comme des fêtes séculaires, que nul individu romain dans le cours de sa vie ne put jamais voir qu'une fois !

Enfin , Sire, la conséquence de l'hérédité proclamée c'est le dépôt dans nos archives des actes qui constatent l'état civil des princes du sang impérial. Nous réclamons ce grand dépôt, et le Sénat conservateur prie Votre Majesté de donner promptement les ordres nécessaires pour que ces actes importans, confiés à sa garde par l'article 13 du titre JII de l'Acte des Constitutions du 28 floréal dernier, lui soient apportés dans les formes et avec la solennité qui peuvent garantir au peuple l'authenticité de ces actes, auxquels doit s'attacher l'éternelle durée de l'Empire français. »

Réponse de l'empereur.'

« Je monte au trône où in'a appelé le von unanime du Sénat , du peuple et de l'armée, le coeur plein du sentiment des grandes destinées de ce peuple , que du milieu des camps j'ai le premier salué du nom de grand.

Depuis nion adolescence mes pensées tout entières lui

sont dévolues; et , je dois le dire ici , mes plaisirs et mes peines ne se composent plus aujourd'hui que du bonheur ou du malheur de mon peuple.

» Mes descendans conserveront longtemps ce trône.

» Dans les camps ils seront les premiers soldats de l'armée, sacrifiant leur vie pour la défense de leur pays.

Magistrats , ils ne perdront jamais de vue que le mépris des lois et l'ébranlement de l'ordre social ne sont que le résultat des faiblesses et de l'incertitude des princes.

» Vous, sénateurs, dont les conseils et l'appui ne m'ont jamais manqué dans les circonstances les plus difficiles , votre esprit se transmettra à vos successeurs; soyez toujours les soų. tiens et les premiers conseillers de ce trône, si nécessaire au bonheur de ce vaste empire.

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II.

SESSION DE L'AN XIII.

vaux.

DISCOURS (1) prononcé par l'empereur à l'ouverture de

la session du Corps législatif, le 6 nivose an 13. (27 :cembre 1804.)

« Messieurs les députés des départemens au Corps législatif, messieurs les tribuns et les membres de mon Conseil d'état , je viens présider à l'ouverture de votre session : c'est un caractère plus imposant et plus auguste que je veux imprimer à vos tra

» Princes , magistrats , soldats , citoyens , nous n'avons tous dans notre carrière qu'un seul but; l'intérêt de la patrie. Si ce trône, sur lequel la Providence et la volonté de la nation m'ont fait monter, est cher à mes yeux, c'est parce que, seul, il peut défendre et conserver les intérêts les plus sacrés du peuple français. Sans un gouvernement fort et paternel, la France aurait à craindre le retour des maux qu'elle a soufferts.

» La faiblesse du pouvoir suprême est la plus affreuse calamité des peuples. Soldat ou premier consul, je n'ai eu qu'une pensée ; empereur, je n'en ai point d'autre : les prospérités de la France. j'ai été assez heureux

pour
l'illustrer

par

des vicla consolider par des traités, pour

l'arracher aux discordes civiles, et y préparer la renaissance des moeurs, de

toires , pour

(1) C'est la première scssion ouverte par l'empereur.

la société et de la religion. Si la mort ne me surprend pas au milieu de mes travaux , j'espère laisser à la postérité un souvenir qui serve à jamais d'exemple ou de reproche à mes successeurs.

» Mon ministre de l'intérieur vous fera l'exposé de la situation de l'Empire. Les orateurs de mon Conseil d'état vous présenteront les différens besoins de la législation. J'ai ordonné qu'on mît sous vos yeux les comptes que mes ministres m'ont rendus de la gestion de leur département. Je suis satisfait de l'état prospère de nos finances ; quelles que soient les dépenses, elles sont couvertes par les recettes. Quelque étendus qu'aient été les préparatifs qu'a nécessités la guerre dans laquelle nous sommes engagés, je ne demanderai à mon peuple aucun nouveau sacrifice.

» Il m'aurait été doux, à une époque aussi solennelle, de voir la paix régner sur le monde; mais les principes politiques de nos ennemis, leur conduite récente envers l'Espagne, en font assez connaître les difficultés. Je ne veux pas accroître le territoire de la France, mais en maintenir l'intégrité. Je n'ai point l'ambition d'exercer en Europe une plus grande influence ; mais je ne veux pas déchoir de celle que j'ai acquise. Aucun état ne sera incorporé dans l'Empire ; mais je ne sacrifierai point mes droits, les liens qui m'unissent aux états que j'ai créés.

» En me décernant la couronne, mon peuple a pris l'engagement de faire tous les efforts que requerraient les circonstances

pour lui conserver cet éclat qui est nécessaire à sa prospérité, et à sa gloire comme à la mienne. Je suis plein de confiance dans l'énergie de la nation et dans ses sentimens pour moi : ses plus chers intérêts sont l'objet constant de mes sollicitudes.

» Messieurs les députés des départemens au Corps législatif, messieurs les tribuns et les membres de mon Conseil d'état, votre conduite pendant les sessions précédentes, le zèle qui vous anime

pour
la patrie,

, pour ma personne, me sont garans de l'assistance que je vous demande, et que je trouverai en vous pendant le cours de cette session. »

Exposé de la situation de l'Empire français.- Lu devant

le Corps législatif par M. Champaguy, ministre de l'intérieur, dans la séance du 10 nivose an 13. (51 décembre 1804.)

« La situation intérieure de la France est aujourd'hui ce qu'elle fut dans les temps les plus calmes : point de mouvement qui puisse alarmer la tranquillité publique; point de délit qui appartienne au souvenir de la révolution ; partout des entreprises utiles, partout l'arnélioratiou des propriétés publiques et privées allestent les progrès de la confiance et de la sécurité.

» Le levain des opinions n'aigrit plus les esprits , le sentiment de l'intérêt général, les principes de l'ordre social, mieux conlus et plus épurés, ont attaché ious les cours à la prospérité commune. C'est ce que proclament tous les administrateurs ; c'est ce qu'a reconnu l'empereur dans tous les départeinens qu'il a parcourus; c'est ce qui vient d'être démontre de la manière la plus éclatanie. Toutes les armées se sont vues à la fois séparées de leurs généraux; lous les corps militaires de leurs chefs ; les tribunaux supérieurs privés de leurs premiers magistrats; le ministère public de ses premiers organes; les églises de leurs principaux pasteurs; les villes, les campagnes délaissées simultanément par tout ce qui a du pouvoir et de l'influence sur les esprits; le peuple partout abandonné à son génie; et le peuple partout s'est inoniré voulant l'ordre et des lois.

» Dans le inême moment le souverain pontife traversait la France. Des rives du Pò jusqu'aux bords de la Seine , partout il a été l'objet d'un hommage religieux que lui a rendu avec amour et respect cette immense majorité qui , fidèle à l'anrique doctrine, voit un père commun et le centre de la commune croyance dans celui que toute l'Europe révère comme un souverain élevé au trône par sa piété et ses vertus.

» Une trame ourdie par un gouvernement implacable allait replonger la France dans l'abîme des guerres civiles et de l'anarchie. A la découverte de cette horrible trame, la Frauce entière s'est émue, des inquiétudes mal assoupies se sont réveillées; et dans tous les esprits à la fois se sont retrouvés des principes qui ont été ceux de tous les sages, et qui furent constamment les nôtres avant que l'erreur et la faiblesse eussent aliéné les. esprits, et que de coupables intrigues eussent égaré les opi

nions.

» On avait éprouvé que le pouvoir pariagé élait sans accord

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et sans force; on avait senti que, confié pour un temps, il n'était que précaire, et ne permettait ni les longs travaux ni les longues pensées ; que, confié pour la vie d'un seul homme, il s'aflaiblissait avec lui, et ne laissait après lui que les chances de discorde et d'anarchie; on a reconnu enfin qu'il n'y avait, pour les grandes nations, de salut que dans le pouvoir héréditaire, que seul il assurait leur vie politique, et embrassait dans sa durée les générations et les siècles.

» Le Sénat a été, comme il devait l'être, l'organe de l'inquiétude commune. Bientôt a éclaté ce veu d'hérédité qui était dans tous les cours vraiment français ; il a été proclamé par les colléges électoraux, par les armées. Le Conseil d'état, des magistrals, les hommes les plus éclairés ont été consultés, et leur réponse a été unanime.

» La nécessité du pouvoir héréditaire dans un état aussi vaste que la France avait été depuis longtemps aperçue par le mier consul. Vainement il avait résisté à la force des principes; vainement il avait tenté d'établir un système d'élection qui pût perpétuer l'autorité et la transmettre sans danger et sans trouble.

L'inquiétude publique, les espérances de nos ennemis accusaient son ouvrage : sa mort devait être la ruine de ses travaux. C'était à ce terme que nous attendaient la jalousie de l'étranger, et l'esprit de discorde el d'anarchie. La raison, le sentiment, l'expérience, disaient également à tous les Français qu'il n'y avait de transmission certaine du pouvoir que celle qui s'opérait sans intervalle; qu'il n'y avait de succession tranquille que celle qui était réglée par les lois de la nature.

» Lorsque de tels motifs appuyaient des voeux aussi pressans, la détermination du premier consul ne pouvait être douteuse. Il résolut donc d'accepter pour lui, et pour deux de ses frères après lui, le fardeau que lui imposait la nécessité des circonstances.

» De ses méditations, inûries par des conférences avec les membres du Sénat, par des discussions dans les conseils, par les observations des hommes les plus sages, s'est formée une série de dispositions qui fixe l'hérédité du trône impérial;

Qui assigne aux princes leurs droits et leurs devoirs; » Qui promet à l'héritier de l'Empire une éducation réglée par les lois, et telle qu'il sera digne de ses hautes destinées ;

Qui désigne ceux qui dans le cas de minorité seront appelés à la régence, et marque les limites de leur pouvoir;

Qui place entre le trône et les citoyens des dignités et des offices accessibles à tous , encouragemens et récompenses des verlus publiques ;

Qui donne aux hommes honorés de grandes distinctions,

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