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» La république italienne, administrée et gouvernée par les mêmes principes que la France, demande comme elle une organisation définitive qui assure à la génération présente et aux générations futures tous les avantages du pacte social. Uni à celle république par les devoirs qui lui sont imposés, et comme président et comme fondateur de cet état, l'empereur répondra à la confiance qu'elle lui témoigne, et assurera ses destinées et son indépendance en servant les intérêts du peuple français, auquel aussi elle doit son existence, et en conciliant les intérêls des deux peuples amis avec les intérêts bien entendus des puissances limitrophes. Par ces changemens, que réclament la volonté d'une nation et l'intérêt de toutes, tomberont enfin d'absurdez calomnies, et la France, ayant elle-même élevé des barrières là où elle avait posé ses limites , ne sera plus accusée de vouloir les franchir.

» L'Helvétie jouit en paix des bienfaits de sa constitution, de la

sagesse de ses citoyens et de notre alliance. » La Batavie gémit encore, sous un gouvernement olygarchique, sans union dans ses vues sans patriotisme et sans vigueur; ses colonies ont été vendues une seconde fois , et livrées sans un coup de canon à l'Angleterre. Mais cette nation a de l'énergie, des meurs et de l'économnie; il ne lui manque qu’un gouvernement ferme, patriote et éclairé.

» Le roi de Prusse, dans toutes les occasions, s'est montré l'ami de la France , et l'empereur a saisi toutes celles qui se sont présentées de consolider cette heureuse harmonie.

» Les électeurs et tous les membres du corps germanique entretiennent fidèlement les rapports de bienveillance et d'annitié qui les unissent à la France.

» Le Danemarck suit les conseils d'une politique toujours sage, modérée et judicieuse.

L'esprit de Catherine la Grande veillera sur les conseils d'Alexandre ser ; il se souviendra que l'amitié de la France est pour lui un contre-poids nécessaire dans la balance de l'Europe ; que, placé loin d'elle, il ne peut ni l'atteindre ni troulbler son repos , et que son grand intérêt est de trouver dans ses relations avec elle un écoulement nécessaire aux productions de son empire.

» La Turquie est vacillante dans sa politique; elle suit par crainte un système que son intérêt désavoue. Puisse-t-elle ne pas apprendre, aux dépens de sa propre existence, que la crainte et l'incertitude accélèrent la chute des empires, plus funesles mille fois que les dangers et les pertes d'une guerre malheureuse !

Quels que soient les mouvemens de l'Angleterre, les des

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tins de la France sont fixés; forte de son union, forte de ses richesses et du courage de ses défenseurs, elle cullivera lidelement l'alliance des peuples amis, et ne saura ni mériter des ennemis ni les craindre.

Lorsque l'Angleterre sera convaincue de l'impuissance de ses efforts pour agiter le continent; lorsqu'elle saura qu'elle n'a qu'à perdre dans une guerre sans but comme sans motifs ; lorsqu'elle sera convaincue que jamais la France n'acceptera d'auires conditions que celles d'Amiens , et ne consentira jamais à lui laisser le droit de rompre à plaisir les traités en s'appropriant Malte, l'Angleterre alors arrivera à des sentía mens pacifiques : la haine, l'envie n'ont qu'un temps. »

ADRESSE du Corps législatif à l'empereur; rédigée et

présentée par M. Fontanes, président (1). — Audience impériale du 12 nivose an 13, au palais des Tuileries ; les membres du Corps législatif en corps et en grand costume. ( 2 janvier 1805.)

« Sire, vos tres fidèles sujets (2) les membres du Corps législatif viennent apporter au pied du trône l'adresse de remerciment et de félicitations qu'ils ont votée pour

les sentimens contenus dans le discours de Votre Majesté.

» L'ouverture de cette session sera une époque mémorable de notre histoire. Jamais le trône et la nation ne se prêtèrent l'un à l'autre tant d'éclat et tant d'appui.

Les droits du chef de l'État se sont accrus de tout l'intérêt qu'il a témoigné pour ceux du peuple français.

Nous goûtons déjà les biens qu'assure la force du pouvoir

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(1) Nommé président pour la session de l'an 12, conformément au senatus-consulte du 28 frimaire de la même année, Fontanes avait été réélu président pour la session suivante par décret impérial du 29 brumaire an 13.

(2) « Cette forme est celle usitée par la chambre des communes. » (Note insérée dans le procès-verbal par ordre du président.)

Dans un comité général tenu le 7 nivose , le Corps législatif avait autorisé son président à rédiger l'adresse à l'empereur; il adopta même le premier projet qui lui en fut présenté , et commençant par : Sire, les membres du Corps législatif viennent, etc. Mais lorsque ensuite Fontanes proposa , comme un amendement de pure forme, l'expression de fidèles sujets, de vifs murmures s'élevèrent ; et il se permit de les dédaigner. Une observation anglo-française , furtivement glissée dans le procès-verbal , lui pamut suffisante pour répondre à la majorité des "Beprésentans , dont il venait de compromettre la dignité.

suprême ; et, grâce à vos soins, nous 'serons garantis des maux que son excès pourrait entraîner,

» Les ressources nationales se développeront avec d'autant plns d'énergie que Votre Majesté promet d'en ménager l'emploi avec plus de surveillance.

» Vous ne proposez point de nouveaux subsides , malgré les préparatifs immenses de la guerre. Vous méritez, Sirc , que les Français ne comptent jamais leurs sacrifices , puisque vous comptez si bien leurs besoins.

» Ce grand peuple , adorateur des grands hommes, se précipita toujours à leur suite, et quand des chefs illustres l'appellent au combat on a besoin de retenir son courage plutôt que de l'exciter. Fidele à vos grands desseins, il protégera les états que vous avez créés , et dont une sage politique doil assurer l'existence.

» Mais si, comme vous , ce peuple généreux est prêt à la .guerre, comme vous il ne désire que la paix ; et, trop prudent pour

céder ses droits légitimes , il est trop fort pour exagérer ses prétentions.

» Votre Majesté déclare elle-même qu'elle ne veut point agrandir le territoire de la France , mais en maintenir l'itėgrité. Ces paroles doivent ôter tout prétexte à nos enneinis. En effet , Sire, vous n'avez plus besoin de la gloire des conquêtes : vous serez aussi grand dans les détails de l'administration intérieure que sur le charap des batailles ; on parlera de vos institutions autant que de vos victoires.

» Un long avenir est devant vous. Tout ce que Votre Majesté médite

pour

le bonheur de la France aura son exécution ; le plus beau destin ne sera point interrompu; et d'ailleurs il est un genre de gloire qui ne meurt jamais. Les traités peuvent être abolis par des traités nouveaux ; le fruit des victoires est quelquefois perdu ; la grandeur mêine des empires nuit à leur durée; mais l'amour et l'admiration perpétuent les exemples de ceux qui ont fondé ou rétabli la société sur la triple base des lois , des moeurs et de la religion. L'ouvrage de ces homines rares se conserve longtemps, et leur esprit gouverne la postérité.

» Cette gloire, Sire, un jour sera la vôtre. Vos actions comme vos paroles nous en donnent l'assurance.

Aujourd'hui la voix de tous les départemens se fait entendre à votre Majesté ; ils sont réunis en quelque sorte autour d'elle dans la personne de leurs députés. Chacun de nous n'a pu concourir encore que par son opinion individuelle au grand acte qui vous a donné la conronne : c'est en corps maintenant que nous manifestons le même væu. peuple et ses députés

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ne se 'repentiront jamais de l'avoir formé : ils serviront avec le même zèle un pouvoir dont votre génie prouve de plus en plus tous les avantages , et dont votre sagesse a discerné toutes les limites. »

Réponse de l'empereur. « Messieurs les députés des départemens au Corps législatifs, j'agrée les sentimens exprimés dans l'adresse que vous venez de me présenter ; je désire qu'ils soient toujours vos guides dans vos discussions et dans vos délibérations. Les senlimens que j'ai exprimés moi-même à l'ouverture de votre session seront aussi constamment les guides et les principes de mon gouvernement et de mon administration. Inauguration de la statue de Napoléon dans le lieu des

séances du Corps législatif. ( Voyez , dans le tome précédent , l'arrêté pris à ce sujet sur la proposition de Marcorelle, le 3 germinal an 12. La statue de Napoléon fut exécutée par Chaudet , à qui le Corps législatif vota des témoignages de satisfaction pour la beauté du travail de ce monument. — L'inauguration en fut célébrée avec pompe et enthousiasme ; l'impératrice et la plupart des grands personnages de l'empire étaient présens. MM. Vaublanc et Fontanes prononcèrent chacun un discours. Après la cérémonie il y eut banquet , bal, illumination. Pendant une heure environ que l'empereur parut à cette fête il ne cessa d'y recevoir l'expression bruyante des senti. mens qu'il inspirait. )

Discours prononcé par M. Vienot-Vaublanc, questeur du Corps

législatif, pour l'inauguration de la statue de l'empereur. 24 nivose an 13. (14 janvier 1805.)

Le

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Messieurs, vous avez signalé l'achèvement du Code civil des Français par un acte d'admiration et de reconnaissance. Vous avez décerné une stalue au prince illustre dont la volonté ferine et constante a fait achever ce grand ouvrage, en même temps que sa vaste intelligence a répandu la plus vive luiniere sur cette noble partie des institutions humaines. Premier consul alors, empereur des Français aujourd'hui, il paraît dans le temple des lois la tête ornée de cette couronne triomphale doni la Victoire l'a ceinte si souvent en lui présageant le bandeau des rois, et couvert du manteau impérial, le noble attribut de la première des dignités parmi les hommes.

» Sans doute dans de jour solennel, en présence des princes

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et des grands de l'Etat, devant la personne auguste que l'Empire désigne par son penchant à faire le bien plus encore que par le haut rang dont cette vertu la rend si digne; dans cette fête de la gloire, où nous voudrions pouvoir réunir tous les Français, vous permettrez à ma faible voix de s'élever un instant, et de vous rappeler par quelles actions immortelles Napoléon s'est ouvert celle inimense carrière de puissance et d'honneurs. Si la louange corrompt les âmes faibles, elle est l'aliment des grandes âmes. Les belles actions des héros sont un engagement qu'ils prennent envers la patrie : les rappeler c'est leur dire qu'on aliend d'eux encore ces grandes pensées , ces généreux sentimens, ces faits glorieux si noblement récompensés par l'admiration et la reconnaissance publiques.

Quel homme, plus que Napoléon, merita de ses contemporains, comme de la postérité, cet honneur suprême que vous lui décernez aujourd'hui! Né pour les grandes choses, impatient de briser les entraves qui l'arrêtaient, des l'âge de vivgt ans il rendait d'importans services à l'Etat. Echappé si jeune encore aux dangers de la guerre, un plus grand péril le menaçait, et le démon du mal, parcourant la République et la couvrant de victimes , fut près de joindre à cet holocauste impie celui qu'attendait une si belle destinée. Mais à peine la France, glorieuse au delà de ses frontières autant qu'infortunée au dedans de ses cités, espère enfin des jours plus sereins, qu'elle voit tout à coup une nouvelle auréole de gloire milia taire environner sa tête auguste, qui s'élevait péniblement du sein des ruines. Etonnée, elle regarde d'ou partent ces nouveaux rayons ; ses yeux se fixent sur l'Italie , où elle voit un jeune guerrier marquant chaque jour par un nouveau triomphe !

» L'armée française était peu nombreuse, et souffrait toutes les privations : Bonaparte lui montre l'abondance dans le chemin de la gloire. Bientôt il a vaincu dans les champs de Montenotte, de Millesimo, de Dego; quatre nouvelles victoires et le passage

dú Pò lui ouvrent la roule de l'Italie. Mais Lodi lui prépare un plus grand péril, une plus grande gloire ; Lodi, défendu

par

l'armée entière de Beaulieu; Lodi, dont le pout, couvert du feu de trente bouches de bronze, semblait opposer une barrière insurinontable. Il a peint lui-même dans ses dépêches la colonne formidable de nos grenadiers paraissant hésiter un instant; il a peint les généraux Berthier, Massena, Dallemagne, et une foule de braves se précipitant à la tête, et fixant la victoire encore incertaine. Quinze jours, chose incroyable! ont suffi.pour tant d'exploits, et montrent à la France et à l'Europe, comme un météore éclatant, la jeunesse d'un

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