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» Périssent les monumens élevés par l'orgueil et la flatterie! Mais

que la reconnaissance honore toujours ceux qui sont le prix de l'héroïsme et des bienfaits. Eh! quel bienfait plus inémorable

que celui d'un code uniforme donné à trente mila lions d'hommes ! Le jour où le Code civil reçut dans ceite enceinte la sanction nationale fut le premier jour qui fixa nos destinées : on n'a pu croire à la stabilité du nouveau gouvernement de la France que lorsque toutes les factions, désarmées, ont été contraintes d'obéir aux mêmes lois.

» Les trophées guerriers, les arcs de triomphe , en conservant des souvenirs glorieux , rappellent les mallieurs des peuples vaincus; mais dans celle solenuité d'un genre nouveau tout est consolant, tout est paisible, tout est digne du lieu qui nous rassemble.

L'image du vainqueur de l'Egypte et de l'Italie est sous vos regards; mais elle ne paraît point environnée des attributs de la force et de la victoire; le héros ne rte ici dans sa main, lant de fois triomphante, que le livre de la loi qui doit cominander à la force et à la victoire elle-même.

» Malheur à celui qui voudrail affaiblir l'admiration et la reconnaissance que méritent les vertus militaires ! Loin de noi une telle pensée : pourrais-je la concevoir devant cette slatue , et l'anniversaire même du jour ou le vainqueur de Rivoli (1) défit en quelques heures deux armées ennemies qui se croyaient sûres de l'envelopper, et décida ce grand succès par une de ces heureuses inspirations qui sont envoyées aux grands capitaines sur le champ de bataille, en présence de tous les dangers et de tous les obstacles ? Comment ne pas honorer la valeur au milieu des guerriers qui ont vaincu sous lui, et de ses plus illustres lieutenans? Mais , j'ose le dire devant eux, et je suis sûr qu'ils ne me démentiront point, car l'intérêt de la patrie leur est plus cher

que celui de leur propre renommée , les talens militaires pouvaient tout contre les ennemis du dehors, et ne pouvaient rien contre les ennemis du dedans; invincibles sur la frontiere, nos plus vaillans généraux succombaient quelquefois sous l'audace des factions qui déchiraient la France. Ce n'était point pour

notre salut de ces légions victorieuses qui nous protégeaient contre l'Europe; il était tenips qu'on vit paraître un législateur qui nous protégeât contre nous-mêmes. Ce législateur est venu , et nous avons enfin respiré sous son empire! Que d'autres vantent ses hauts faits d'armes, que loutes les voix de la renommée se fatiguent à dénombrer ses conquêtes ; je ne

assez

(1) La bataille de Rivoli a été gagnée le 25 niroso an 5.

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veux célébrer aujourd'hui que les travaux de sa sagesse. Son plus beau triomphe dans la postérité sera d'avoir défendu contre toutes les révoltes de l'esprit humain le système social prêt à se dissoudre : il a vaincu les fausses doctrines; elles commencent à s'éloigner devant son génie , et bientôt il achevera leur défaite entière en prouvant que la liberté publique n'est bien garantie que par un monarque premier sujet de la loi.

Dans le chans de tant d'opinious, et sous les ruines de tout un empire, combien il était dislicile de retrouver le principe conservateur qui l'anima pendant quatorze siècles! La première place dlait vacante; le plus digne a dû la remplir : en y montant il n'a détrôné que l'anarchie, qui régnait scule dans l'absence de tous les pouvoirs légitimes.

» La fête qui nous rassemble est donc, s'il m'est permis 'de le dire, celle de la renaissance de la société. Les lois civiles l'ont en effet raffermie sur ses fondemeus; et c'est alors que le caractère national s'est hâté de reparaître. Lorsqu’un peuple, longtemps séduit par de faux guides, se rallie autour de la gloire , lorsqu'il recommence à honorer les grandes actions par des monumens durables, les sentimens du juste et du beau rentrent dans tous les cours, et l'ordre social est rétabli. Les statues qu'on érige à ces hommes privilégiés qui sont faits pour conduire la foule indiquent à tous les autres le chemin du véritable honneur. Autour de ces monumens , dressés par la reconnaissance publique, on voit se manifester les affections les plus douces et les plus nobles du coeur huniain ; l'enthousiasme de la gloire et de la vertu se communique à toutes les âmes, élève toutes les pensées , agrandit tous les talens, et peut enfanter tous les prodiges. Tel est l'état de la société réparée.

» Au contraire , quand le corps politique tombe en ruines , tout ce qui fut obscur attaque tout ce qui fut illustre; la bassesse et l'envie parcourent les places publiques en outrageant les images révérées qui les décorent; on persécute la gloire des grands hommes jusque dans le marbre et l'airain qui en reproduisent les traits' : leurs statues tombent; on ne respecte pas même leurs tombeaux; le citoyen fidèle ose à peine déroberen secret quelques unis de ces restes sacrés; il y cherche en pleurant l'ancienne gloire de la patrie, et leur deman:le pardon de tant d'ingratitude; cependant il ne désespère jamais du salut de l'Elat, et même au milieu de tous les excès il attend le réveil de tous les sentimens généreux.

» Ces sentimens se sont ranimés de toute part; mais leur retour fut préparé par l'homme supérieur qui nous rendit peu à peu loutes nos anciennes habitudes. C'est lui qui, dès les

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premiers jours de son gouvernement, honora les cendres de Turenne, et fit placer dans son palais les bustes de tous ces héros dont il égale la renommée. Déjà les artistes, animés par sa voix, se préparent à relever sur nos places désertes les siatues des plus grands hommes français. Celui qui montra tant de respect pour leur mémoire a bien mérité que la sienue vive à jamais. Que ses leçons et ses exemples se perpétuent ; que ses successeurs, formés

par

des freres dignes de lui, obtiennent un jour les mêmes honneurs! Le souvenir de cette solennité peut former une race de héros. Il nous sera loujours présent, il se confondra pour nous avec celui du jour solennel ou l'empereur ouvrit notre session. Quand son trône s'élevait à celle même place, quand sa grande âme s'expriinait tout entière dans des paroles si dignes de ses actions, rien ne manquait sans doute à notre gloire; mais il manquait quelque chose à notre bonheur: celle dont la présence embellit toutes les fêtes n'était point dans cette enceinte. Aujourd'hui nos yeux peuvent la contempler! Les émotions de son cour en ce mo. ment répandent un nouveau charme sur elle, et chacun de nous en la regardant aime encore mieux celui dont elle partage la grandeur, et dont nous venons d'inaugurer l'image.

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Clôture de la session.

Discours de M. Ségur, conseiller d'état. Séance du 15 ventose

an 13. (6 mars 1805.)

« Messieurs , en nous chargeant de vous apporter le décret qui termine cette mémorable session , Sa Majesté l'empereur nous a donné l'ordre de vous exprimer la satisfaction que lui fait éprouver votre utile concours à tout le bien qu'il a voulu faire.

» Avec cette harmonie de volonté, cette unité d'intentions , cet ensemble dans les efforts, aucun obstacle n'est insurmontable , aucune amélioration n'est impossible : les malheurs passés s'oublient; les opinions se confondent, les espérances renaissent , les ressources s'augmentent, les forces se multiplient, et la confiance publique, accélérant la marche du temps, exécute tout ce que le génie a projeté, réalise tout ce qu'il a conçu , consolide tout ce qu'il a créé.

» Ce que vous avez vu , ce que vous avez entendu , ce que vous avez fait pendant le cours de quelques mois suffirait pour occuper de longs souvenirs.

» En vous rassemblant ici de totes les parties de l'Empire,

mettre

dont vous êtes les dignes soutiens , vous êtes venus compleler , décorer et admirer ce noble et louchant spectacle, cette grande cérémonie , cette consécration religieuse et civique, qui semblaient réunir dans une même enceinte tout ce qui doit imprimer le respect , frapper les esprits , élever les åmes, enfin tout ce que l'union de la gloire et de la religion peut offrir d'auguste et de sacré.

» Vous avez vu un pontife vénérable, digne par ses vertus des premiers âges du christianisme , appeler les bénédictions célestes sur Napoléon, sur ses armes victorieuses, et sur son auguste épouse , que depuis longtemps la reconnaissance avait bénie et couronnée.

» En présence de toutes les autorités, de toutes les classes des citoyens, de toutes les députations de nos invincibles armées, vous avez reçu le serment d'un empereur qui n'avait à pro

que la durée de la gloire qu'il nous avait acquise , des lois qu'il avait fait renaître , de la liberté de conscience qu'il avait établie , des institutions qu'il avait créées, de l'Empire qu'il venait de fonder.

» Et tandis que les voûtes du temple retentissaient des acclamations d'un peuple qui lui jurait unanimement une fidélité éternelle, ce peuple lui-même, tout entier répandu sur la surface de l'Empire, et qui se trouvait à la fois privé de chefs, d'administrateurs, de magistrals, de généraux , attestait par sa tranquillité profonde et par son respect pour l'ordre public son adhésion à ce serment d'obéissance , son altachement au noble faisceau qui se formait pour sa gloire , et sa juste confiance dans le chef qui préside à ses destinées.

Voilà , messieurs, la faible esquisse du premiér tableau qui s'est offert à vos regards avant de reprendre le cours de vos utiles travaux.

» Bientôt votre session s'est ouverte , et Napoléon par sa présence est venu imprimer un caractère plus imposant, plus majestueux à vos séances : le respect qu'inspirait cette céréiponie vit dans tous les souvenirs , et le discours qu'a proponcé Sa Majesté est gravé dans tous les esprits.

» Vos acclamations vives , unanimes , prolongées , qu'il me scinble encore entendre, m'avertissent qu'il est superflu de rappeler ici une soleunité dont nous croyons encore être témoins , et un discours dont aucurie parole ne sera perdue.

» Peu de jours après le ministre de l'intérieur est venu vous présenter le tableau de la situation de l'Eunpire. Cet exposé lidele, satisfaisant pour nous , rassurant pour nos alliés, redoutable pour nos ennemis, vous répondait de la sécurité profonde avec laquelle vous pouviez vous livrer à l'exainen inpar

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tial et tranquille des projets qui devaient vous être successivement soumis.

Vous me permettrez sans doute ici , messieurs , de vous présenter avec satisfaction l'énumération rapide des différentes lois

que vous avez rendues. Heureux le temps et le pays où le récit tient lieu d'éloges , et l'histoire de panegyrique

Vous attendiez avec impatience la discussion du Code criminel , du Code de procédure et du Code de commerce , qui vous étaient annoncés; mais l'empereur a pensé qu'ils devaient être encore plus mûris avant de vous être présentés, et vous avez approuvé la sagesse de celui qui sait apprécier la puissance du temps , quoiqu'il en ait si souvent devancé la marche.

» Vos premières lois ont eu pour objet les voeux de quelques localités ; vous avez encouragé leur activité en réalisant leurs espérances.

» La ville d'Anvers a obtenu un tribunal de commerce : le temps approche ou l'on verra renaître partout ce commerce , qu'avait détruit la violence, et sur les débris duquel s'était élevé le colosse britannique.

D'autres villes ont obtenu la translation de quelques tribunaux, et leur établissement dans des lieux où la justice sera plus à portée des justiciables , et plus convenablement placée.

» En élevant un pont sur le Rhône , vous avez rétabli une utile communication entre les deux rives d'un fleuve rapide et dangereux.

» Vous avez débarrassé la Saône des entraves qui arrêtaient les navigateurs, et vous payez l'art industrieux qui rend dans cette partie la vie au commerce en lui donnant pour

récompense les terrains qu'il doit conquérir sur les eaux. Après avoir

par une loi délivré la ville de Lyon de la contribution mobilière, de l'arbitraire qui l'accompagne, des vexations qu'elle entraîne ; après avoir remplacé cette contribution par une taxe légère sur les consominations , impôt volontaire qui n'offre point de non-valeurs, et qui se perçoit sans gêne et sans injustice, vous avez pris des mesures qui feront disparaître les ruines de cette cité celebre, et rendront la place Bonaparte digne du nom que lui donne la reconnaissance.

» D'autres lois autorisent des échanges, des aliénations, des impositions avantageuses pour une grande quantité de communes, et vous facilitez par ce inoyen la construction des ports, le rétablissement des bacs , l'édification des monumens utiles, l'amélioration du sort des hospices , le service des cultes, et tout ce que l'intérêt, guidé par la sagesse , devait altendre des législateurs. » Tandis

quc chez nos ennemis tout fermentc , lout s'agite,

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