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du monde, aux anges, à l'homme et à la divine Providence; celui de la sainte Trinité, où l'on insiste principalement sur la divinité du Verbe; celui de l'Incarnation, où l'on montre que le Fils de Dieu s'est fait homme; celui de la Grace; et les traités sur les sacrements en général et en particulier, pour toutes les questions dogmatiques qui s'y rapportent, spécialement pour les dogmes de la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, et de la confession sacramentelle.

DOGMATIQUE.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

SUR LA THÉOLOGIE.

1. La théologie, comme le mot l'indique, est la science de Dieu et des choses qui se rapportent à Dieu. On peut la définir : la connaissance raisonnée de la religion considérée dans ses dogmes, sa morale et son culte. En effet, la théologiè comprend l'examen des dogmes que Dieu nous a révélés, des lois qu'il nous a données, et du culte qu'il nous a prescrit. De là la distinction de la théologie dogmatique, qui établit les vérités que nous devons croire ; de la théologie morale, qui explique les obligations que nous avons à remplir; et de la théologie canonique, qui traite du culte divin et de la discipline qui s'observe dans l'Eglise.

Nous disons que la théologie est une connaissance raisonnée ; c'est une connaissance exacte et approfondie, qui nous donne la raison de nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes et envers le prochain. Cette connaissance distingue le théologien du simple fidèle, qui peut connaitre suffisamment ce qu'il croit et ce qu'il doit faire, sans pouvoir raisonner sur la religion.

2. Quelques auteurs modernes divisent la théologie en théologie naturelle et en théologie surnaturelle, suivant la manière dont on procède en établissant certains dogmes de la religion. La théologie naturelle, disent-ils, est celle qui traite des choses divines par les seules lumières de la raison; et la théologie surnaturelle est celle qui s'appuie principalement sur la révélation. Mais cette distinction a bien peu de fondement; car c'est un fait, qu'il n'est pas une seule vérité de la religion qui ne soit révélée, et qui puisse être absolument isolée de la révélation. Quoique le Créateur se soit manifesté par ses Quvres, au point, dit saint Paul, que les Gentils sont inexcusables, parce que, ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu (1), la connaissance que l'on peut acquérir de sa divinité et de ses desseins, en dehors de toute révélation proprement dite, est si faible, si bornée, si imparfaite, qu'on ne peut guère lui donner le nom de science. Aussi les philosophes anciens et modernes, qui n'ont voulu prendre pour guide que la raison de l'homme, sont-ils tombés dans les erreurs les plus graves sur la religion, comme le prouve l'histoire de leurs égarements et de leurs contradictions. Quoi qu'il en soit, comme il s'agit, dans cet ouvrage, de la science sacrée que le Sage appelle la science des saints, scientiam sanctorum (2), des connaissances que Dieu nous a données lui-même par les Patriarches, par les Prophètes et par Jésus-Christ, ainsi que par les Apôtres et ceux que Jésus-Christ a établis dépositaires de sa doctrine, nous suivrons, pour l'exposition des dogmes catholiques, les enseignements de la révélation , dont le flambeau , semblable à la colonne de feu qui éelairait, pendant la nuit, la marche des Israélites voyageant dans le désert, dissipe les ténèbres de notre entendement, et nous dirige dans la voie de la vérité.

3. Enfin, on distingue la théologie positive et la théologie scolastique, ou plutôt la méthode positive et la méthode scolastique; car la théologie positive ne diffère de la scolastique que par la manière de traiter les questions théologiques. La première méthode, plus libre dans sa marche, est moins serrée que la scolastique; elle se borne ordinairement à établir une vérité par l'Écriture sainte, la tradition, l'autorité de l'Église et les raisonnements qui dérivent d'un autre dogme révélé, sans entrer dans toutes les discussions qui peuvent avoir quelque rapport avec cette même vérité. La méthode scolastique, ainsi appelée parce qu'elle a été généralement suivie dans les écoles depuis le XIIe siècle, consiste : 1° à réduire toute la théologie ou les différents traités de théologie en un seul corps, distribuant les questions par ordre, de manière que l'une puisse contribuer à éclaircir l'autre qui en dépend, et à faire ainsi du tout un système lié, suivi et complet; 2° à observer scrupuleusement dans la discussion les formes de la dialectique, ayant une allure plus contentieuse, plus subtile, plus raisonneuse que la méthode positive.

4. On a certainement abusé de la scolastique ; et de quoi n'abuse-t-on pas ? Les hérétiques et les incrédules n'ont-ils pas

(1) Epitre aux Romains. C. I. v. 20 et 21.

(2) Livre de la Sagesse. C. X,

abusé de la méthode positive, en remplaçant le raisonnement par le sophisme et la déclamation ? On peut, nous en convenons, reprocher à plusieurs anciens scolastiques d'avoir voulu sonder les secrets de la nature et de celui qui en est l'auteur, d'avoir traité une foule de questions inutiles, frivoles et parfois ridicules, et de s'être forgé un langage barbare, apparemment aussi inintelligible pour eux-mêmes que pour le lecteur. Aujourd'hui encore, un professeur de théologie peut facilement abuser de la scolastique; ce qui arrive, soit lorsque, faute de discernement, il met autant d'importance à l'examen de certaines questions secondaires non contestées qu'à l'examen des questions principales ; soit lorsque, pouvant plus utilement exposer et réfuter en peu de mots les objections des adversaires, il s'arrête à une argumentation souvent stérile et oiseuse, qui ne laisse dans l'esprit que des mots vides de sens; soit lorsque, au lieu de se borner à une simple exposition des opinions de l'École, qu'on peut admettre ou rejeter sans aucun danger, il se livre, au sujet de ces mêmes opinions, à des discussions dépourvues d'intérêt, qui n'ont pas d'autre résultat que de faire perdre un temps précieux aux jeunes gens, et de leur inspirer du dégoût pour la science sacrée.

5. Mais il ne faut pas confondre une chose avec l'abus qu'on en fait. La scolastique est vraiment utile à l'étude de la théologie. Quand on juge sans prévention, on ne peut pas nier que la scolastique ne nous ait rendu un très-grand service : nous lui sommes redevables de l'ordre et de la méthode qui règnent dans nos compositions modernes, et qu'on ne trouve pas dans les anciens. Définir et expliquer les termes afin de prévenir toute équivoque, poser des principes dont on convient de part et d'autre dans une controverse, en tirer les conséquences et résoudre les objections, c'est la marche des géomètres : elle est lente, mais elle est sûre; elle amortit le feu de l'imagination, mais elle en prévient les écarts ; elle déplait à un génie bouillant, mais elle satisfait un esprit juste. Les hérétiques et les ennemis de la religion la détestent, parce qu'ils veulent déraisonner en liberté, séduire, et non persuader (1). « Ce qu'il y a à considérer dans les scolastiques et a dans saint Thomas, dit Bossuet, est ou le fond ou la méthode. « Le fond, qui sont les décrets, les dogmes, les maximes constantes « de l'École, n'est autre chose que le pur esprit de la tradition des * Pères. La méthode, qui consiste dans cette manière contentieuse

(1) Bergier, Dictionnaire de théologie, au mot Théologie.

« et dialectique de traiter les questions, a son utilité, pourvu qu'on a la donne, non comme le but de la science, mais comme un « moyen d'y faire avancer ceux qui y commencent. C'est ce qui « est aussi le dessein de saint Thomas dès le commencement de « sa Somme, et ce qui doit être celui de tous ceux qui suivent sa « méthode. On voit par expérience que tous ceux qui n'ont pas « commencé par là, et qui ont mis tout leur effort dans la critique, « sont sujets à s'égarer beaucoup, lorsqu'ils se jettent sur les ma« tières de la théologie. Les Pères , grecs et latins, loin d'avoir * « méprisé la dialectique, se sont servis souvent et utilement de ses

définitions, de ses divisions, de ses syllogismes, en un mot, de « la méthode, qui n'est dans le fond que la scolastique (1).»

6. La théologie est nécessaire à l'Église, comme la jurisprudence l'est à un gouvernement. « Jésus-Christ, dit saint Paul, a donné « lui-même à son Église quelques-uns pour être apôtres, d'autres « pour être prophètes, d'autres pour être évangélistes, d'autres « pour être pasteurs et docteurs, afin qu'ils travaillent à la per« fection des saints (2). » Il est nécessaire que les pasteurs connaissent tout ce qui se rapporte à la religion, comme il est nécessaire que les magistrats connaissent les lois de l'État. « Il faut, dit en« core le même apôtre, que l'évêque soit fortement attaché aux « maximes qui sont conformes à la foi et à la doctrine de Jésus« Christ, afin qu'il soit capable d'exhorter selon la saine doctrine, a et de convaincre ceux qui la contredisent (3). » Mais il n'en est pas de même des simples fidèles ; ils ne sont pas plus obligés d'étudier la théologie, que les simples citoyens ne le sont d'étudier la jurisprudence. Dieu a établi dans son Église des apôtres , des prophètes et des docteurs, mais tous ne sont pas apôtres, tous ne sont pas prophètes, tous ne sont pas docteurs : Numquid omnes doctores (4). Ce qui a fait dire à saint Augustin : a Ce n'est point « par la science que se distinguent les fidèles; ils se distinguent * surtout par leur foi. Car autre chose est de savoir seulement ce « que l'homme doit croire pour être admis à la vie éternelle, autre

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(1) Défense de la Tradition et des saints Pères, liv. III, C. XX. (2) Ipse (Christus) dedit quosdam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, alios vero evangelistas, alios autem pastores et doctores, ad consummationem sanctorum. Epist. ad Ephesios, c. IV. V. 11 et 12. — (3) Oportet episcopum sine crimine esse...., amplectentem eum, qui secundum doctrinam est, fidelem ser. monem, ut potens sit exhortari in doctrina sana, et eos, qui contradicunt, ar. guere. Epist. ad Titum. c. I. v. 7 et 9. - (4) Epist. ia ad Corinth. C. m.

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