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JANVIER.

Le mois de janvier tient une place importante dans les annales constilutionnelles de l'Europe. C'est dans ce mois que les chambres françaises , à peine réunies (23 décembre), inaugurent leurs travaux par la solennelle discussion de leurs adresses, en réponse au discours de la couronne : c'est dans ce mois que se rassemblent les cortès de Portugal (2 janvier), les états de Bavière (8), le parlement d'Angleterre (16) et la diète de Suède (25). La rupture de l'Angleterre avec la Chine (10) ; la découverte en Grèce d'une conspiration contre le roi Othon (5); une nouvelle déclaration du roi de Hanovre contre la constitution arbitrairement abrogée de 1833 (17); une manifestation publique de plusieurs centaines de gardes nationaux de Paris en faveur de la réforme électorale (12); l'annonce du mariage du duc de Nemours, et la présentation d'un projet de loi de dotation du prince (25); la condamnation, par la cour des pairs, de la seconde catégorie des accusés de l'altentat des 12 et 13 mai 1839 (31); tels sont les principaux événements qui résument l'histoire de ce mois.

En France, l'année diplomatique commence, selon l'usage , par les félicitations des corps constitués au roi. La conservation de la paix fait le fond de la plupart de ces discours d'apparal : les allusions au récent voyage

du prince royal dans les départements du midi viennent seules jeter quelque variété dans la monotonie banale des barangues officielles.

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Le cabinet français, nommé le 12 mai 1839, est com posé de MM. :

Le maréchal DUC DE DALMATIE, président du conseil, ministre des affaires étrangères ;

TESTE, garde-des-sceaux, ministre de la justice et des

cultes ;

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Le lieutenant-général SCHNEIDER, ministre de la guerre;

L'amiral baron DUPERRÉ, ministre de la marine et des colonies;

DUCHATEL , ministre de l'intérieur;
CUNIN-GRIDAINE, ministre du commerce ;
DUFAURE, ministre des travaux publics;
VILLEMAIN, ministre de l'instruction publique ;
Hippolyte PASSY, ministre des finances.

Les chambres sont réunies à Paris depuis le 23 décembre 1839, jour auquel le roi Louis-Philippe a fait en personne l'ouverture de la session, et prononcé le discours suivant :

« Messieurs les pairs et messieurs les députés, » Depuis la fin de votre dernière session, le calme intérieur que votre loyale assistance avait contribué à raffermir n'a plus été troublé.

» J'ai recueilli, par un témoin qui m'est bien cher, de nouvelles marques de la confiance et de l'affection des Français. L'aîné de mes fils, en visitant cette année une partie considérable du royaume, a trouvé partout sur son passage le développement du travail, le progrès de l'industrie, le respect des institutions et l'obéissance aux lois. Mon cæur, vivement touché, a vu dans l'adhésion nationale qui a entouré mon fils, un engagement de plus, pour ses frères et pour lui, de se dévouer sans cesse et en tout lieu, pour le service de la patrie et l'honneur de la France. » Mes rapports avec les puissances étrangères ont con: servé ce caractère pacifique et bienveillant que prescrit l'intérêt commun de l'Europe. Notre pavillon, de concert avec celui de la Grande-Bretagne, et fidèle à l'esprit de cette union, toujours si avantageux aux intérêts des deux pays, a veillé sur l'indépendance et la sûreté immédiate de l'empire ottoman. Notre politique est toujours d'assurer la conservation et l'intégrité de cet empire, dont l'existence ést si essentielle au maintien de la paix générale. Nos efforts ont au moins réussi à arrêter dans l'Orient le cours des hostilités que nous avions voulu prévenir; et quelles que soient les complications qui résultent de la diversité des intérêts, j'ai l'espérance que l'accord des grandes puissances amènera bientôt une solution équitable et pacifique.

» Un grand changement a été opéré dans la situation de l'Espagne, et si j'ai le regret de ne pouvoir pas encore vous annoncer que la guerre civile, qui a si long-temps désolé ce royaume, soit entièrement éteinte ; cependant cette guerre a perdu le caractère de gravité qui pouvait entretenir des alarmes sur la stabilité du trône constitutionnel de la reine Isabelle II. La plus grande partie des provinces du Nord est pacifiée, et tout permet d'espérer que celles de l'Est ne tarderont pas à l'être également. Cet important résultat est l'ouvrage de la sage politique du gouvernement de la reine-régente et de la valeur persévérante de l'armée espagnole, soutenues par l'appui que leur ont donné mon gouvernement et celui de sa majesté britannique, pour la fidèle exécution des traités de 1834.

» En Amérique, le gouvernement mexicain remplit les engagements du traité que j'ai conclu avec cette république. Le blocus des ports de la république Argentine re

tient encore une de nos escadres. De nouvelles forces ont été dirigées sur ce point éloigné, pour hâter la satisfaction qui nous est due.

» En Afrique, d'autres hostilités appellent une répreszion décisive. Nos braves soldats et nos cultivateurs, auxquels mon fils venait de porter par sa présence un gage de ma sollicitude, ont été perfidement attaqués. Le progrès de nos établissements dans la province d'Alger et dans celle de Constantine est le véritable motif d'une agression insensée. Il faut que cette agression soit punie et que le retour en devienne impossible, afin que rien n'arrête le développement de prospérité que la domination française garantit à une terre qu'elle ne quittera plus. De nouvelles troupes sont déjà transportées en Afrique, et des moyens de tout genre se préparent pour abréger la durée de la guerre, en la poussant avec vigueur, et pour que désormais les habitants de l'Algérie et les tribus indigènes fidèles à la France trouvent partout une protection efficace. La dépense, immédiatement ordonnée dans ce but, sera présentée au vote régulateur des chambres. J'ai la confiance qu'elle obtiendra cet assentiment toujours assuré parmi vous, lorsqu'il s'agit de l'honneur de nos armes et des in. térêts permanents de la France.

» La situation de nos finances permet de suffire à ces charges nouvelles.

» La question des sucres, que les chambres avaient lais. sée indécise dans la session dernière, a dû recevoir en leur absence une solution provisoire. Un projet de loi vous sera présenté sur cette matière, dans la vue de concilier l'intérêt public avec les intérêts privés.

» Des mesures pour l'amélioration du sort des sous-officiers et soldats vous seront proposées.

» Vous aurez à vous occuper de dispositions relatives à l'organisation du conseil d'élat, à la propriété litté raire et à l'instruction publique.

» D'autres propositions auront pour objet la fixation d'un système sur les pensions civiles, l'exécution de grandes lignes de chemins de fer, le perfectionnement de nos voies de navigation , le régime des prisons et l'introduction du système pénitentiaire.

» Dans vos divers travaux, votre patriotisme éclairé cherchera toujours ce qui peut contribuer à l'accroissement de la prospérité publique et à l'affermissement du principe conservateur de nos institutions. Les maintenir dans les limites établies est le devoir de mon règne; le bonheur de l'avoir accompli sera la plus douce récompense de mon dévouement. Déjà près de dix années se sont écoulées depuis le grand acle qui m'a appelé au trône, et depuis que pour la première fois vous m'avez entouré de ce concours et de cet appui que je viens vous demander de nouveau. C'est avec vous, c'est au milieu de vous que j'aime à féliciter la France de ses heureux progrès dans celte carrière de civilisation et de liberté légale, que quelques passions turbulentes et insatiables travaillent encore à interrompre. Grâce à Dieu et à votre loyal concours, leurs efforts demeureront inpuissants, et ces derniers vestiges des désordres passés disparaîtront devant la raison publique et la volonté nationale.

»

2.- PORTUGAL. Ouverture des cortès.-La reine dona Maria ouvre en personne, à Lisbonne, les cortès qu'elle ne tardera pas à dissoudre. On remarque dans sou discours les passages suivants : « Le gouvernement de S. M. britannique a obtenu du

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