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PRÉFACE.

Un petit livre est un gran: bien.

XENOCRATE.

Cette maxime d'un philosophe de l'antiquité n'a point été faite pour ce petit livre; mais ce petit livre a été fait pour cette maxime, c'est-à-dire dans le but de la justifier. Il n'en est point , en effet, de moins ambitieux par la forme , et qui, dans aussi peu de pages , renferme un plus grand nombre d'enseignements. Il reproduit, avec précision, les principaux faits et les principaux événements qui ont signalé le cours de l'annéc 1840, non-seulement en France, mais dans tous les pays que la civilisation unit désormais par le lien d'une solidarité commune et impérissable. Il résléchit et concentre, en quelque sorte, dans son texte, comme dans un foyer intense, les mouvements du monde politique, moral et intellectuel, dans l'année qui vient de s'écouler. Il est, en un mot, le résumé le plus énergique, et l'expression la plus concise à la fois et la plus exacte de cette année tout entière. Ce petit livre, dans la pensée de l'éditeur , est donc un grand bien, et il est impossible de se méprendre sur son caractère d'utilité. Il intéresse tous ceux qui veulent suivre avec attention les rapides développements du grand corps européen, et les transformations progressives de la civilisation générale des peuples. Il intéresse tous ceux pour qui l'histoire contemporaine, plus féconde peut-être en grands événements et en catastrophes sanglantes que loutes les bistoires de l'antiquité, devient tour à tour une leçon , une consolation ou une espérance. Il doit etre, d'ailleurs, particulièrement recherché par les hommes d'étude qui ne souffrent pas plus de lacune dans leur esprit que sur les rayons de leur bibliothèque, et qui seraient désespérés de s'arrêter où s'arretent les histoires qu'ils ont lues ; car elles s'arrètent toutes, comme des voyageurs fatigués , tandis que le temps, dans sa course mystérieuse et rapide à travers les institutions, les lois , les empires, ne se lasse ni ne s'arrète jamais. On a voulu que ce petit livre, auquel le titre d'Annuaire historique Européen peut convenir , fût la continuation de toutes les histoires ethnographiques, et, notamment , des bistoires de France. Ces histoires pleuvent, elles s'abattent, pour ainsi dire, sur notre sol, comme sur une terre promise, et tout est dévoré. Mézeray, Hénault, Anquetil ont eu leurs continualeurs; la grande histoire de Sismondi est achevée, celles de Michelet et de Henri Martin se continuent. L'excellent précis de Théophile Lavallée à peine publié se réimprime déjà. L'Histoire de 1840 vient continuer les continuateurs et compléter les bistoriens les plus

récenls; elle commence une série de publications annuelles dont l'intérêt sera long-temps progressif, comme, celui de l'immense drame qu'elles sont destinées à retracer...

1840 méritait cet honneur. Cette année, populaire avant de naitre, a dignement démenti la réputation que lui avaient faite d'innocentes prophéties. Loin de marquer la fin du monde, elle semble au contraire avoir voulu lui ouvrir une ère nouvelle, et lui faire pressentir une nouvelle vie et de nouvelles destinées. Le canon de Beyrouth a réveillé l'Orient de son long sommeil ; la poussière des ruines s'agite et se transforme; les populations se lèvent à la voix de la civilisation qui fut leur mère. L'Europe est partout ; elle a pénétré en armes jusque dans l'intérieur du céleste empire, et désormais, il n'y a plus de Chinois. En Afrique, l'Europe encore: la France déploie sur les cimes étonnées de l'Atlas son glorieux et immortel drapeau; la barbario recule , et le sang de nos légions va bientôt rendre à la paix et à la fécondité ces terres qui gardent l'empreinte des pas des Scipions et des Métellus. L'Europe elle-même, vaincue par de secrètes douleurs, fait entendre de sourds frémissements, et laisse voir sur ses flancs déchirés la trace de ces longs cnfantements qui portent jusqu'aux extrémités du monde la civilisation et la liberté. L'Angleterre a son paupérisme, son Irlande, ses chartistes, et la faim, comme un spectre menaçant, est assise sur sa poitrine baletante, le poignard à la main. La France, tourmentée par ses souvenirs də gloire et de liberté, doute de son repos; la lave est éteinte et le Vésuve dort. L'Espagne, déchirant le linceul sous lequel ses moines l'avaient ensevelie, soulève lentement son corps affaissé, el étanche le sang qui coule des blessures que lui ont faites ses propres enfants; elle découronne une femme orgucilleuse et faible, ct remet ses destinées aux inains d'un soldat , qui n'a de titres que ses victoires. Bientôt elle tendra la main à cetlo nation voisine qui n'est pas non plus tout à fait épuisée de gloire et de génie, et qui, elle aussi, attend sa résurrection... Tels sont les principaux traits de l'admirable et gigantesque tableau que présente 1840, et dont cet ouvrage est l'esquisse.....

On s'est efforcé do rendre celle esquisse aussi complète et aussi exacte que possible. La forme chronologique a été adoptée , parce qu'elle se préle mieux à l'admission de tous les faits et de tous les événements, et parce qu'elle devient ainsi , en imposant à l'auteur une grande sobriété de réflexions, une garantie de vérité et d'impartialité. La table des matières, faite avec le plus grand soin, facilitera d'ailleurs toutes les recherches, et permettra au lecteur de refaire synthétiquement cette histoire, au point de vue qui lui conviendra le mieux.

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